C’est au festival de Locarno, cet été, que l’Américaine Olivia Wilde a dévoilé avec succès son troisième long-métrage L’Invitation, remake d’un film espagnol tiré d’une pièce de théâtre catalane (Les Voisins du dessus) multi-adaptée dans le monde (dont Et plus si affinités en France). À savoir, l’histoire d’un couple en bout de course qui relationne avec ses voisins libérés. Lors d’un dîner improvisé, une proposition (sexuelle) inattendue va venir dynamiter les faux-semblants, rappelant le dispositif efficace de Qui a peur de Virginia Woolf ou Carnage.

Huis clos jouissif dans un appartement de San Francisco revisité à la sauce hollywoodienne (pour le casting), finement réécrit par Rashida Jones et Will McCormack, L’Invitation se regarde comme une comédie de mœurs où chaque personnage joue avec les postures sociales comme avec ses propres failles.

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Joe et Angela

Excellente en hôtesse névrosée, Olivia Wilde incarne Angela, une épouse qui a dilué sa “créativité” (mot-clé agaçant de l’époque) dans la déco et la domesticité (on adore ses chemisiers assortis au papier peint). À ses côtés, déambule son mari Joe (impertinent Seth Rogen, collaborateur fréquent de Jude Apatow) qui a, lui aussi, perdu le mojo rock de sa jeunesse. Face à eux, Pina (Penélope Cruz géniale en sexologue “bi curieuse”) et Hawk (Edward Norton, le sex-appeal discret mais efficace) leur tendent un effet miroir.

Ça cause périménopause et plaisir féminin, vertus du bondage et méfaits de la jalousie. De quoi dégeler l’ambiance entre Joe et Angela (c’est aussi la limite du film, qui ne déboulonne pas le cadre hétéro, mais joue joyeusement avec ses normes).

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Pour Diane Keaton

Olivia Wilde a choisi de dédier son film à Diane Keaton disparue l’année dernière (héroïne des films de Woody Allen, inoubliable dans Annie Hall), dont elle jouait la fille dans Noël chez les Cooper (2015). D’abord actrice, Wilde fait désormais partie des réalisatrices post #MeToo qui comptent. On avait adoré Booksmart (2019, visible sur Netflix) sur la rébellion de deux ados studieuses.

En 2022, elle signait l’intéressant Don’t worry Darling, un thriller féministe situé dans les années 1950 où une femme (Florence Pugh) se retrouvait piégée dans une banlieue pavillonnaire. La sexualité – et ce qu’elle dit de nos refoulés – constitue l’un des fils rouges du travail de Wilde.

Comme actrice, elle incarnait récemment l’héroïne sulfureuse de I want your sex (pas encore sorti chez nous, comparable en termes de crudité à Pillion) du réalisateur queer et culte Gregg Araki (Mysterious Skin), l’histoire d’une artiste célèbre qui entretient une liaison avec son stagiaire, film en forme de dialogue autour du sexe et des rapports de domination à l’heure du backlash américain. Une actrice et réalisatrice à suivre absolument.

Drame - L’invitation - Réalisé par Olivia Wilde. Avec Seth Rogen, Penelope Cruz, Edward Norton 107’

L'invitation
L'Invitation ©Searchers

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