L’âge des femmes n’est pas un sujet dans cette suite des Ensorceleuses, comédie hollywoodienne plus profonde qu’on ne le croit sortie en 1999 mais, où deux sœurs (Sandra Bullock et Nicole Kidman) se débattaient avec leurs pouvoirs magiques, distillant les notions bienfaitrices de sororité tout en dénonçant les violences sexuelles.

Mais dans ce second volet signé Susanne Bier, tout en reprenant le rôle des deux sœurs confrontées ici à une malédiction familiale condamnant les hommes qu’elles aiment, les deux actrices semblent avoir avalé un philtre magique anti-vieillissement. Pommettes tendues, lèvres rebondies, paupières intactes, beauté quasi cryogénisée, elles défient le temps à respectivement 62 et bientôt 60 ans.

Les Ensorceleuses
Les Ensorceleuses ©Warner Bros.

Et si le vrai sortilège de ce film sororal dédié à “toutes les sœurs” – outre l’espièglerie de Kidman et le jeu autopersuasif de Bullock qui fait miracle – était de nous montrer comment les actrices hollywoodiennes s’autorisent à ne pas vieillir ? “À un moment de nos vies, la jeunesse meurt et une seconde femme entre en scène” : c’est à partir de cette phrase de Gena Rowlands dans le film Opening Night, que la critique de cinéma Muriel Joudet a écrit La Seconde femme. Ce que les actrices font à la vieillesse, un essai brillant paru chez Premier parallèle en 2022.

Au cinéma, les actrices ne vieillissent pas, elles disparaissent

L'âge des femmes au cinéma

À travers huit portraits d’actrices (Nicole Kidman, Bette Davis qui disait “vieillir ce n’est pas pour les chochottes”, Isabelle Huppert, Brigitte Bardot, Meryl Streep…), Muriel Joudet s’interroge sur la manière dont les actrices s’organisent face au temps qui passe, “spectacularisant à l’écran la condition du féminin”, quitte à abuser du scalpel ou affronter le “botox shaming”.

Les Ensorceleuses
Les Ensorceleuses ©Warner Bros.

On pourrait y ajouter l’incroyable résurrection de Demi Moore dans The Substance de Coralie Fargeat (2024, disponible sur la plateforme Sooner), où l’actrice s’administre un filtre de jouvence et se dédouble dans sa version jeune. Ce film écrabouille -au sens littéral- dans son propre récit le diktat de l’éternelle jeunesse. De manière similaire, la filmographie de l’actrice et productrice australienne Nicole Kidman joue aussi de cette féminité performative avec des rôles extrêmes : la journaliste arriviste de Prête à tout, la bourgeoise de Eyes wide Shut, la boss amoureuse de son stagiaire dans le récent Babygirl, où on la voit carrément se faire des injections puis se faire traiter de “poisson mort” par sa fille. Kidman encaisse tout.

Nicole Kidman prête à tout dans "Babygirl" au cinéma

Rajeunir ou disparaître

Pour Muriel Joudet, ces performances d’actrices sont des “stratégies” face au Double standard du vieillissement déjà dénoncé par l’essayiste américaine Susan Sontag dans un article manifeste paru en 1972. Il dénonçait l’injustice de nos sociétés modelées par le regard masculin, dans lesquelles “seuls les hommes sont autorisés au vieillissement”. L’adage se répercute sur grand écran. Si les acteurs sont supposés “se bonifier avec l’âge” -Clint Eastwood et autre De Niro-, les actrices de plus de 50 ans sont mises à l’écart, réduites à des rôles de “mamies” asexuées, privées de désir ou carrément invisibilisées.

Les Ensorceleuses
Les Ensorceleuses ©Warner Bros.

L’asymétrie se voit dans les statistiques. Dans le cinéma français en 2025, les femmes de plus de 50 ans ne représentent que 11 % des rôles (source : AAFA) confirmant le “tunnel de la comédienne de 50 ans”, alors qu’une femme majeure sur deux a plus de 50 ans (source : Insee). On se souvient des hauts cris lorsque Monica Bellucci fut promue James Bond Girl à 50 ans dans Spectre de Sam Mendes. Le rôle de Bellucci néanmoins, était considérablement réduit par rapport à d’autres James Bond Girl, Léa Seydoux ou Eva Green, respectivement 17 et 11 ans de moins que l’agent 007.

Rajeunir ou disparaître”, tel est donc l’horizon pour les actrices de plus de 50 ans, comme le notait le média en ligne The Conversation. Publié en 2026, l’article analyse les stéréotypes de rôles imposés aux actrices à travers la pop culture. “40 ans pour une actrice, c’est 60 ans pour une femme et 80 pour un homme !”, se lamente Cécile de France face à son agent dans la série Dix pour cent.

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Mais à travers le (non) vieillissement des actrices, que voyons-nous vraiment à l’écran interroge Muriel Joudet ? Un asservissement au marché capitaliste de l’éternelle jeunesse ou une prise de liberté ultime ? À voir Nicole Kidman de plus en plus lisse, l’autrice montre comment l’actrice joue avec le “devoir-être” de la perfection féminine, ouvrant ses films à une sorte de “performance plastique” qui viendrait dynamiter les injonctions qui s’imposent à la condition féminine. Magique on vous dit.

Fantastique, Les Ensorceleuses 2 réalisé par Susanne Bier. Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley. 130’

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