Crue dans l'Himalaya: le Népal commence les enterrements de masse de victimes impossibles à identifier
Alors que le bilan de la crue dévastatrice qui a frappé le Népal s'alourdit à 903 mort et plus de 4 200 disparus, l’armée, la police et de nombreux bénévoles travaillent d’arrache pieds pour retrouver des survivants, identifier les morts et acheminer des vivres aux personnes encore de zones sinistrées et enclavées. Face à une telle catastrophe, les opérations restent compliquées et l'état de décomposition des corps oblige le pays à commencer les enterrements de masse de victimes impossibles à identifier.
Publié le : 31/08/2026 - 08:28
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À Bidur, à une cinquantaine de kilomètres de Katmandou un camp de l’armée Népalaise sert de poste de commandement pour orchestrer la recherche des disparus, rapporte notre envoyée spéciale sur place, Juliette Chaignon. Une dizaine d’hélicoptères décollent et se posent tour à tour sous le regard désorienté de Manisha, 19 ans, venue ici tout seule, depuis Katmandou.
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« Mon père est mort dans la catastrophe. Ma mère vit à l’étranger. Je suis ici pour retrouver mon frère et ma sœur de 8 et 10 ans. On m’a dit qu’ils étaient encore vivants. S’il vous plait aidez moi à les retrouver », supplie-t-elle.
Ses proches sont coincés de l’autre côte de la rivière Trishuli. La route est coupée. Derrière une clôture barbelée, un militaire note le nom de Manisha ; elle espère monter dans un hélicoptère, mais déjà 30 personnes patientent devant elle.
À côté, Ram, un paysan, a fait 12 heures de mobylette dans l’espoir d’avoir des nouvelles de son gendre et d’un ami. « Même s'ils sont morts, j’espère au moins qu'on nous ramènera les corps et qu’on pourra les identifier », raconte-t-il.
Des recherches difficiles
Il y a tout de même des survivants. Des listes de dizaines de personnes secourues sont affichées au mur du centre militaire. Parmi eux Dawa, sa femme et ses enfants, héliportés après trois jours réfugiés en hauteur de leur village. « Je pense qu’au moins 20 à 25 de mes proches sont morts. Et des personnes âgées sont encore coincées dans mon village. Personne n’a encore pu les secourir ».
Cinq jours après la catastrophe, et malgré les efforts déployés, les opérations de secours restent difficiles, dans des zones souvent isolées, rendues dangereuses d’accès par la catastrophe et la pluie des derniers jours.
Les secouristes s'affairent sans relâche, dans des conditions périlleuses et malgré les risques causés par une nouvelle montée des eaux, espérant en particulier sauver une centaine d'ouvriers bloqués dans un tunnel. Mais cinq jours après la catastrophe, l'espoir de retrouver des rescapés dans la mer de boue et de débris qui a ravagé des villages entiers s'amoindrit.
Familles et proches des disparus se pressent dans les hôpitaux et morgues pour tenter de retrouver leurs êtres chers, notamment à Bharatpur, dans le sud du Népal, où des images de cadavres défilent sur un écran.
Premières inhumations de masse
Un long et difficile travail mené sous la pression du temps: dimanche, pour des raisons sanitaires, les autorités népalaises ont commencé à enterrer des victimes sans même attendre l'identification des dépouilles, pour des raisons de santé publique.
Ces inhumations ont lieu après prélèvement d'un échantillon ADN, ont précisé les autorités, et à titre provisoire pour les victimes de confession hindoue. Ce prélèvement permettra à leurs familles, après leur identification formelle, de les exhumer et de les brûler, comme le veut la tradition. « De nombreux corps ont été récupérés et ils ont commencé à se décomposer », a justifié le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Amrit Bahadur Rai.
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En cause, notamment: des infrastructures sous-dimensionnées par rapport au nombre de corps. La morgue de Bharatpur ne pouvant en accueillir qu'une vingtaine, les autorités ont ainsi dû entreposer les cadavres dans des locaux sous air conditionné de l'association des commerçants.
Cimetières temporaires
Dans la plaine, à près de 200 kilomètres des vallées de Rasuwa où la catastrophe a eu lieu mercredi, les autorités ont creusé plusieurs centaines de tombes dans la forêt de Devhgat. Les lieux étaient jusqu'ici surtout connus pour des sentiers de marche très prisés. Ils se sont transformés en un cimetière temporaire pour les dépouilles dont l'état de décomposition est trop avancé pour rendre dans l'immédiat toute identification possible.
« Nous n'avions pas d'autre option, et nous devions franchir ce pas. Notre souci était le risque pour la santé publique posé par la décomposition rapide des corps », a expliqué Ganesh Aryal, directeur du district de Baratpur. Selon les autorités, chaque site d'inhumation est soigneusement enregistré, avec des marqueurs d'identification placés au fond et au dessus des tombes accompagnés d'une sauvegarde des données de localisation précises.