De son organisation disputée aux lignes de fracture entre les candidats, le récit de la primaire socialiste qui s'achève par un vote décisif à gauche

Publié aujourd'hui à 07h22

Lire dans l'app
"Vous président", le débat de la primaire social-démocrate sur BFMTV le 4 octobre 2026.

"Vous président", le débat de la primaire social-démocrate sur BFMTV le 4 octobre 2026. - BFMTV

La famille socialiste a exposé ses désaccords stratégiques en vue de la présidentielle 2027 lors de sa primaire. Place au vote désormais, alors que s'ouvre ce vendredi le premier tour du scrutin.

"Aujourd’hui, je suis découragée de vous voir vous chamailler de cette façon-là. Découragée et triste, vraiment triste de me dire que l’on ne va peut-être pas y arriver. Et cela m’afflige beaucoup". Dimanche 4 octobre, Claire, psychologue de 68 ans, interpelle les candidats de la primaire du pôle socialiste, réunis pour un dernier débat sur BFMTV, à une semaine du premier tour du scrutin, organisé ces vendredi et samedi.

Entre eux, le ton est monté pendant plusieurs dizaines de minutes. La stratégie à adopter vis-à-vis de La France insoumise est à l’origine de la discorde. Un dialogue de sourds. "Je ne pense pas que l’on ait été au niveau", reconnaît Raphaël Glucksmann face à son interlocutrice.

Après coup, un socialiste va plus loin: "si je me limite à la première demi-heure de ce débat, j’ai envie de dire: 'au secours'. Aucun des candidats ne peut prétendre à un poste de président de la République. Cela s'est amélioré ensuite, sur le fond. Mais aucun d'entre eux ne coche toutes les cases", griffe-t-il.

De l'avènement de la primaire à l'affaire Philippe Brun

Depuis le départ, cette primaire n’a rien de simple. Il a d’abord fallu qu’elle aboutisse. Les deux principaux candidats du scrutin avaient des positions antagonistes. Olivier Faure, patron du Parti socialiste, réclamait un système de départage comprenant Les Écologistes et des anciens insoumis comme François Ruffin ou Clémentine Autain. Raphaël Glucksmann, lui, s’y refusait, espérant pouvoir s'imposer après avoir menés les roses à la troisième place des élections européennes, en tête de la gauche, en 2024.

Le 10 juillet dernier, les militants socialistes tranchent: ils se prononcent pour une primaire "fermée". Un désaveu pour Olivier Faure et une ouverture pour Raphaël Glucksmann, qui ne peut se passer du soutien du PS. À la fin août, l’un et l’autre se déclarent candidats à une semaine d’intervalle.

Après des mois de tergiversations, la primaire a deux têtes d’affiche, en plus de Ségolène Royal, qui tente un nouveau come-back, et des députés Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Philippe Brun.

C’est parti? Pas vraiment. Le 16 septembre, date à laquelle les différents candidats sont censés avoir réuni des parrainages nécessaires pour concourir, l’un d’eux n’est plus sur la ligne de départ: Philippe Brun.

Le député socialiste, qui était le premier à s’être lancé dans la course, est écarté et suspendu du PS "en raison d'accusations de violence" d’une ancienne collaboratrice. La nouvelle tombe dans la matinée. Philippe Brun dénonce le timing et la méthode du parti. Il accuse celui-ci de vouloir le "tuer politiquement" lors d'une conférence à l'Assemblée nationale.

Cette première journée de primaire est longue. La campagne commence mal. L'affaire Philippe Brun s'étire pendant une semaine. Le temps que la justice rejette définitivement la demande de réintégration du candidat, le 23 septembre. "C'est vraiment un épiphénomène médiatique", relativise aujourd'hui le député Laurent Baumel, proche d'Olivier Faure. "Ça n'avait pas de pesanteur, cette affaire Brun."

Trois débats pour une seule chorégraphie

Le 23 septembre marque également le premier débat des cinq candidats restants, organisé par LCI. Les thématiques économiques et sociales font consensus, mais deux sujets attisent la fracture. D'abord Gaza. Pour qualifier les massacres, Olivier Faure souhaite que l'on parle de "génocide". Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann refusent d'en faire autant.

Ensuite, il y a surtout le rapport à La France insoumise et à son leader Jean-Luc Mélenchon. D'un côté Olivier Faure et Ségolène Royal. De l'autre, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann. Les premiers refusent d'exclure toute alliance avec LFI - notamment pour faire barrage à l'extrême droite. Les seconds sont catégoriques et se retrouvent accusés de vouloir se rapprocher du centre et de la droite.

Face à Olivier Faure, qui lui a coupé la parole sur ce sujet, Raphaël Glucksmann s'agace: "tu me laisses parler maintenant." L'ex-socialiste Emmanuel Maurel est sur une position similaire à celle du duo Faure-Royal, mais il récite une partition au-dessus de la mêlée. "Je ne voulais pas que ça se termine comme ça", lâche le patron du petit parti "Gauche républicaine et socialiste" à ses camarades.

La même chorégraphie se joue lors des deux joutes cathodiques suivantes. Tout le monde est dans son rôle. Au-delà d'un Emmanuel Maurel en arbitre, l'on retrouve Raphaël Glucksmann et Olivier Faure en duel, respectivement rejoints sur leurs positions par Jérôme Guedj et Ségolène Royal, souvent offensifs.

Le débat sur BFMTV est peut-être le plus tendu. Le rapport à LFI mis à part, une petite phrase alimente les tensions. Dans un extrait filmé à l'insu de Raphaël Glucksmann et diffusé par Le Média, l'eurodéputé déclare lors d'une réunion de campagne que Ségolène Royal a "fait la danse du ventre" pour avoir un poste auprès d'Emmanuel Macron.

Une "agression à connotation sexuelle", dénonce la finaliste de la présidentielle de 2007, qui a concentré ses critiques contre le chef de file de Place publique lors de la campagne, qu'elle a déjà qualifié de "chouchou des médias" ou de "stagiaire" en politique.

Tous derrière le vainqueur?

Difficile de décerner un vainqueur au terme des débats. Raphaël Glucksmann comme Olivier Faure, considérés comme les deux favoris, restent à des niveaux similaires dans les sondages: entre 10 et 13% pour le premier, quand le second varie de 3 à 5,5% des intentions de vote.

Les gagnants sont-ils à l'extérieur du processus, qui a parfois pris des airs de congrès du PS? "Je ne vois pas pourquoi à chaque fois qu'il y a un débat entre nous, le vainqueur par contumace devrait être Jean-Luc Mélenchon", a regretté Olivier Faure face aux nombreuses évocations du leader insoumis.

Autre absent dont l'ombre pèse sur cette primaire: François Hollande. L'ancien président a refusé de participer au scrutin, pariant sur son échec dans une stratégie du dernier recours. "Très honnêtement, je pense qu'il a bien fait de ne pas aller à la primaire", avance un socialiste déjà cité précédemment, qui voit d'un bon œil sa démarche.

À chacun son récit. Les partisans des candidats de la primaire défendent le bien-fondé de cette élection. 140.000 personnes se sont inscrites, soit "plus de monde que prévu", souligne Nicolas Mayer-Rossignol, soutien de Raphaël Glucksmann, alors la commission d'organisation tablait au départ sur quelque 90.000 participants potentiels. Un chiffre toutefois nettement inférieur à ceux des primaires de 2011 et 2016.

Aussi, Nicolas Mayer-Rossignol ne regrette pas les nombreuses évocations des questions stratégiques. "Je trouve normal que chacun expose la façon dont il souhaite constituer des alliances et gouverner". Pour lui, cela n'a pas empêché son candidat d'exposer ses propositions sur "la taxation des méga héritages", "pour que le travail paye" et "sur l'école publique".

"Plus on va avancer dans l'élection, plus les gens vont faire des calculs stratégiques", défend également le député Laurent Baumel. "Qui peut être face à Le Pen? Est-ce que Mélenchon peut vraiment gagner? Si ce n'est pas lui, par qui je peux le remplacer? Ces questions vont se poser."

Si les socialistes relativisent et justifient les querelles stratégiques autour de LFI, les différents candidats pourront-ils vraiment se réunir au terme de la primaire? Emmanuel Maurel a résumé le dilemme sur BFM:

"Est-ce que ce sera une primaire comme en 2011? C’est-à-dire [une élection] où Martine Aubry, battue au deuxième tour par François Hollande, a été hyper loyale et a soutenu François Hollande jusqu’à la victoire. Ou, est-ce que ce sera une primaire de type 2017 où Benoît Hamon chaque semaine voyait un nouveau traître partir chez Emmanuel Macron?"

Les socialistes soulignent que la charte signée par les différents candidats en marge de la primaire veut que ces derniers se rangent derrière le vainqueur. L'issue du premier tour sera connue ce samedi soir, avant un potentiel second tour le week-end prochain.

Sujets liés :