Décès de Philippe Bouvard : « Les gens ne savent pas à quel point il était gentil, généreux et bon », confie Stéphane Bern, son « fils spirituel »
« De la tristesse et beaucoup de reconnaissance ». C’est ce qu’a ressenti Stéphane Bern à l’annonce du décès de Philippe Bouvard, ce lundi matin. « Il était très impertinent, très moqueur, voire railleur, mais les gens ne savent pas à quel point il était gentil, généreux et bon, poursuit l’animateur vedette de France 2 (1), qui vante son esprit et son humour. C’était mon mentor et un père spirituel affectueux. Et même si je n’attendais pas d’être couché sur le testament, il a fait de moi celui que je suis devenu, m’a tout appris. »
Ces dernières années, les deux hommes de télé et de radio continuaient à se donner des nouvelles, comme ils pouvaient. « On s’écrivait, je lui envoyais un petit message de temps en temps, y compris pour les anniversaires, raconte le présentateur du Monument préféré des Français qui a récemment élu domicile au Lavandou, à 140 km de Cannes où résidait l’ancienne plume du groupe Nice-Matin. Il faut dire qu’à la fin c’était difficile, il était sourd et aveugle quand même. Mais il n’avait pas perdu ses capacités cognitives, il avait toujours cet esprit vif. »
Au fil de sa carrière, Stéphane Bern a intégré les conseils donnés par Philippe Bouvard, qui lui a notamment confié « la recette des Grosses têtes » avant son départ pour France Inter, où il a animé Le fou du roi : « Il m’a dit : “À défaut d’avoir du talent, entourez-vous de gens qui ont plus de talent que vous”. C’est ce qu’il a fait toute sa vie. S’il ne croyait pas en son talent, il avait le talent d’être chef d’orchestre. À ses côtés sur RTL (fin des années 90, Ndlr), j’ai pu côtoyer des gens comme Jean Dutourd, Jacques Martin, Pierre Bellemare, Olivier de Kersauson, Sim, Castelli. C’était une époque incroyable. »
Autre « leçon » transmise au cours de leur amitié. « Il m’a aussi dit : “Quand quelqu’un vous écrit et qu’il a fait l’effort de mettre un timbre sur une enveloppe, vous devez lui répondre.” C’est ce que j’ai toujours fait, même quand je suis devenu un animateur populaire et que parfois, je pouvais en avoir marre. » Philippe Bouvard, homme de radio, de télé, de presse écrite ou encore auteur de livres, a tout autant été une source d’inspiration en lui indiquant qu’« une même matière première pouvait être raffinée différemment » et qu’« une activité est la récréation d’une autre ».
« Il se souvenait d’avoir été pauvre »
Plutôt que son addiction aux jeux d’argent, Stéphane Bern a davantage connu « sa passion de la bonne bouffe et des vins les plus délicats qu’il partageait dans son hôtel particulier parisien ». « Même s’il se souvenait d’avoir été pauvre et qu’il voulait réussir comme tous les autodidactes, il ne courait pas pour autant après l’argent », ajoute ce fils spirituel à qui Philippe Bouvard voulait confier la succession des Grosses têtes, plutôt qu’à Laurent Ruquier. « C’était son vœu le plus cher, confirme Stéphane Bern. Mais je pense que RTL a fait le bon choix en choisissant Laurent. Parce qu’il anime Les Grosses Têtes dans un style totalement différent. Moi, j’aurais été la pâle copie du maître. »
Le « souvenir personnel » qu’il gardera ? Le jour où il est monté dans sa voiture pour la première fois. « J’avais l’impression d’entrer dans un bureau de grand patron. Il y avait de quoi écrire, de quoi enregistrer et même un téléphone. C’était fascinant. Philippe Bouvard était un vrai boulimique de travail. Il ne pensait qu’à ça. Et pour ne pas perdre de temps, il ne s’arrêtait jamais. »
(1) France 2 rediffusera ce mardi soir une version raccourcie de la soirée 50 ans de rire, que Stéphane Bern avait animée en 2010 pour célébrer la longévité médiatique de Philippe Bouvard.