Décryptage. Attaques russes en Europe : comment la France se muscle face aux risques de guerre hybride
Un état d’alerte de sécurité nationale, un nouveau régime d’exception, a été créé cet été, un cran au-dessous de l’état d’urgence. Les services de sécurité s’inquiètent particulièrement de la vulnérabilité des réseaux électriques.
Luc Chaillot -
Aujourd’hui à 19:50 | mis à jour aujourd’hui à 19:53
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Les services de sécurité prennent de plus en plus au sérieux le scénario d’attaques hybrides visant la France. Un nouveau régime d’exception existe depuis cet été pour pouvoir muscler la réponse à d’éventuelles menaces, au moment où les tensions avec la Russie restent à un niveau très élevé. Un état d’alerte de sécurité nationale a été créé par la loi d’actualisation de la programmation militaire promulguée le 16 août dernier. Ce nouveau dispositif donne des pouvoirs supplémentaires à l’État, en restant un cran au-dessous de l’état d’urgence. Il pourra être décidé par décret en Conseil des ministres et sera soumis à un contrôle parlementaire.
Le risque d’une guerre conventionnelle sur le territoire hexagonal n’est pas jugé crédible par la Revue nationale stratégique révisée en 2025. Mais ce document, orientant les politiques de défense et de sécurité nationale à la lumière du retour de la guerre en Europe et de la montée des menaces, n’exclut pas la possibilité « d’actions déstabilisatrices de nature hybride », notamment si les armées françaises étaient engagées dans un conflit dans le voisinage de l’Europe. À l’approche de l’élection présidentielle 2027, les services de sécurité se préparent aussi au risque de recrudescence d’attaques hybrides à partir de l’automne.
Un black-out simulé en 2027
Les services de sécurité s’inquiètent particulièrement de la vulnérabilité des réseaux électriques, d’eau potable et de télécommunications. Le niveau d’alerte a été relevé après une cyberattaque attribuée à la Russie qui a failli provoquer un black-out en décembre 2025 en Pologne. Des hackeurs russes étaient sur le point de réussir à plonger dans le noir et à priver de chauffage les foyers polonais en plein hiver. « Cet événement illustre concrètement le scénario auquel la France se prépare : une augmentation massive - d’ici 2030 - des attaques "hybrides" avec des effets concrets voire destructeurs sur nos infrastructures critiques », explique Vincent Strubel, le directeur général de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) dans le Panorama de la cyber-menace publié en mars 2026.
La panne électrique géante qui a paralysé l’Espagne et le Portugal pendant plus de 12 heures en avril 2025 a montré la fragilité des réseaux électriques, même si elle n’était pas la conséquence d’un acte de malveillance. Le Comité interministériel pour la résilience nationale, réuni le 8 juillet dernier, a d’ailleurs décidé d’organiser un exercice majeur qui simulera un black-out électrique généralisé en France en 2027.
Des stocks stratégiques de biens vitaux
Pour faire face à la menace d’attaques de drones comme celle qui a eu lieu sur l’aéroport de Leipzig en Allemagne le 4 août, la France va autoriser des opérateurs privés à se doter de capacités de lutte anti-drones. Les drones explosifs de Leipzig ciblaient la chaîne de fourniture de matériel militaire pour l’Ukraine. L’attaque attribuée à la Russie a échoué mais elle sert d’avertissement.
Une autre inquiétude porte sur les risques de rupture d’approvisionnement de certains biens vitaux en cas de crise majeure. Le gouvernement en a dressé une liste « secret-défense » qui comprend entre autres couvertures de survie, groupes électrogènes, médicaments, appareils de télécommunication et matières premières critiques. La loi d’actualisation de la programmation militaire oblige certains opérateurs à constituer des stocks stratégiques, comme c’était déjà le cas pour les industriels de l’armement depuis 2024.