DECRYPTAGE. Trafic de drogue : comment les narcotrafiquants réinventent les routes de la cocaïne en Occitanie
l'essentiel Le durcissement de la sécurité des ports d'Europe du Nord contraint les narcotrafiquants à rediriger la cocaïne colombienne vers les ports secondaires d'Espagne et du Portugal. Pour éviter les contrôles, les passeurs délaissent les grands axes routiers, vers la France, au profit des villages de la vallée du Tech (66) ou du Lauragais, en Haute-Garonne.
Les petites routes sont devenues de véritables boulevards pour les passeurs de drogue. La dernière grosse saisie de 930 kg de cocaïne (valeur marchande, 20 millions d’euros), à Montbolo, un bourg de 200 habitants niché dans les Pyrénées-Orientales, le 5 septembre dernier, illustre un phénomène de plus en plus marqué : les passeurs de drogue désertent les grands axes routiers au profit des routes de campagne.
"Ils privilégient les axes secondaires, ou les voies communales. Ceux qui sont au volant sont souvent des seconds voire troisièmes couteaux de ces trafics internationaux. Les grands barons se trouvent au Maghreb ou en Turquie. Ces convoyeurs évitent les barrages de police ou de gendarmerie aux péages et espèrent trouver plus de sérénité en quittant les grandes agglomérations", décrypte, pour La Dépêche du Midi, Cyril Mancone, coordonnateur de l’investigation nationale pour le syndicat de police Alliance.
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Tendance confirmée chez les douaniers et les policiers de l’Ofast. "Le flux s’est inversé, observent ces spécialistes. La cocaïne arrivée par conteneurs commerciaux depuis l’Amérique latine redescendait des ports du nord de l’Europe (Anvers, Hambourg, Rotterdam). Mais le renforcement des mesures de sécurité sur ces plateformes portuaires oblige les organisations criminelles à changer de stratégie. Elles livrent désormais la marchandise sur les côtes espagnoles et portugaises avant de la remonter vers la France."
Ports espagnols et portugais
La cocaïne transportée par bateau est traditionnellement récupérée en mer par des hors-bords (narcolanchas), petits bolides des mers ultrarapides (cocaïne Highway). Elle est ensuite réceptionnée sur des ports secondaires, en Galice ou en Algarve, au sud du Portugal.
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Une fois la marchandise chargée à bord de gros SUV ou de camions, les véhicules remontent vers la frontière franco-espagnole. Mais en évitant les péages et les grands axes routiers, trop risqués. "Sur les autoroutes, vous laissez forcément des traces, prévient ce spécialiste de la lutte antidrogue. Il y a des caméras, des systèmes de lecture de plaques d’immatriculation. Aujourd’hui, la fréquentation de ces petites routes, par les narcotrafiquants, est de 5 à 10 % plus importante que ce que l’on pouvait observer il y a 5 ans."
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Entre l’Espagne et la France, le col d’Arès reste l’une des portes d’entrée vers le Nord de l’Europe. Les applications de navigation routière guident les convoyeurs vers des routes moins contrôlées par les forces de l’ordre. Au nord de l’Espagne, la ville de Figueras est identifiée par de nombreux spécialistes comme un véritable "hub" du trafic avant un redéploiement de la marchandise vers le nord de l’Europe.
"Démanteler les têtes de réseau"
À la tête de ces réseaux : les groupes criminels comme la ‘Ndrangheta calabraise, très présente en Espagne, ou les Colombiens de Barcelone. Désormais, le narcotrafic européen, avec ses passeurs qui sillonnent les petits villages à bord de gros SUV, dans les Pyrénées-Orientales, ou le Lauragais, en Haute-Garonne, réinvente les routes de la drogue vers l’Hexagone. Ces organisations criminelles redessinent le visage du narcotrafic en Europe qui ne cesse de s’adapter en réorientant sans cesse ses stratégies logistiques. Dans le même temps, elles n’abandonnent pas complètement les autoroutes. L’A7 qui traverse la vallée du Rhône ou l’A63, dans les Landes, restent des points chauds du trafic.
Le marché français de la drogue représentait 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, soit cinq fois plus qu’en 2000. "La saisie de 930 kg de cocaïne dans les Pyrénées-Orientales est une grande satisfaction. Mais combien de tonnes passent entre les mailles ?" interroge Cyril Mancone, rappelant que le vrai combat c’est le démantèlement des têtes de réseau.