l'essentiel L'ancien procureur Jacques Dallest, ex-membre de la commission "cold-case", estime qu'il y a toujours moyen de découvrir de l'ADN sur l'arme retrouvée au fond du lac d'Annecy (Haute-Savoie), le 20 août 2026. Un pistolet présentant des similitudes avec le Luger P 06 utilisé dans la tuerie de Chevaline, en septembre 2012, où quatre personnes avaient été abattues. Un quadruple crime toujours instruit par le pôle des affaires non élucidées de Nanterre.

Le pistolet retrouvé au fond du lac d'Annecy, le 20 août par des touristes britanniques, est-il l'arme ayant servi à abattre quatre personnes en septembre 2012, à Chevaline (Haute-Savoie) ? Quatorze ans après, cette tuerie est l'une des affaires criminelles les plus mystérieuses de ces dernières années. Depuis 2022, le pôle cold-case de Nanterre se penche sur cette énigme, exploitant le moindre indice.

Révélée par le magazine "Marianne" le 30 août, la découverte de cette arme, un pistolet Luger, présenterait des similitudes avec celle utilisée le 5 septembre 2012 sur un chemin forestier. Ce jour-là, sans mobile apparent, trois membres d'une même famille anglo-irakienne et un cycliste ont été criblés de balles.

Alors que des expertises sont toujours en cours, rien n'indique que cette arme corresponde en tout point à un Luger P 06, calibre 7,65, l'arme utilisée par le tireur et jusqu'ici jamais retrouvée. Il pourrait en effet s'agir d'un autre modèle de Luger sans aucun lien avec celui recherché.

Des indices exploitables

"Des expertises sont en cours mais il y a un doute sur ce pistolet", affirme Jacques Dallest, L'ancien procureur Jacques Dallest, ex-membre de la commission "cold-case"*, à La Dépêche du Midi. Le lac d'Annecy se situe à quelques kilomètres du lieu des crimes. Si l'arme retrouvée dans ce lac est un 9 mm, on peut dire que c'est terminé et que ce pistolet n'a aucun lien avec la tuerie. Le tireur qui, selon moi, correspondrait à un profil type survivaliste passionné d'armes, a utilisé du calibre 7,65, un calibre plus petit avec un chargeur de huit cartouches, en laissant une vingtaine de projectiles au sol."

Experts et enquêteurs devraient être fixés rapidement sur l'origine de ce pistolet. Malgré un séjour prolongé dans l'eau, des indices peuvent encore être exploités. "Il faudra d'abord regarder si un numéro de série figure sur cette arme, s'il n'a pas été limé", poursuit Jacques Dallest. Si cet élément est exploitable, on peut alors tracer cette arme. On sait que des éléments de crosse ont été retrouvés sur la scène de crime. On devrait donc savoir rapidement si ces mêmes éléments manquent sur ce pistolet retrouvé. Enfin, il est possible de retrouver de l'ADN à l'intérieur du pistolet. Certains tireurs peuvent laisser des traces sur les éléments d'une arme qu'ils remontent ou nettoient. Mais tout va dépendre de l'état de conservation de ce pistolet qui a séjourné dans l'eau."

"Tout vérifier"

Dans cette affaire hors norme, les enquêteurs de la gendarmerie n'ont négligé aucune piste. Depuis 14 ans, toutes les hypothèses ont été explorées sans succès. "Il peut s'agir d'un individu de passage, d'une rencontre fortuite de quelqu'un qui s'entraîne au tir", estime l'ancien procureur général de Chambéry (2013) qui avait transmis ce dossier au pôle des affaires non élucidées.

Circulant au volant de sa BMW familiale sur cette route forestière, à l'approche du parking du Martinet, à Chevaline, le Britannique d'origine irakienne Saad al-Hilli, 50 ans, ingénieur, ainsi que son épouse, Iqbal al-Hilli, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila al-Allaf, 74 ans, ont été abattus. Tout comme un cycliste français, Sylvain Mollier, 45 ans, qui n'avait aucun lien avec eux.

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La piste irakienne étudiée, l'espionnage industriel, un conflit familial sur fond d'héritage entre le père de famille et son frère et de multiples commissions rogatoires à l'étranger lancées par les juges n'ont jamais permis de résoudre cette affaire. "Il n'est pas pensable que le tireur ait pu conserver l'arme à son domicile", précise Jacques Dallest. Il a pu s'en débarrasser. Le lac d'Annecy se trouve à environ 35 kilomètres de Genève, en Suisse. L'arme a été retrouvée plutôt en bordure de plage. Autant d'éléments qui poussent les enquêteurs à tout vérifier".