Dégustations, chefs et produits locaux : le festival « Oui, Chef ! » a trouvé sa recette à Roquebrune-Cap-Martin
À l’heure du déjeuner, les odeurs de cuisine se mélangent sous les oliviers du parc du Cap-Martin. Un peu plus loin, un couple lève ses coupes de champagne devant le stand où se préparent les crêpes Suzette. Deux hommes ont choisi le rosé, accompagné d’un plateau de fromages. Devant les farcis et les raviolis à la daube, la file commence à s’allonger.
Pour sa première édition, samedi 3 octobre 2026, le festival gastronomique « Oui, Chef ! » semble avoir trouvé sa recette : faire venir les chefs, artisans et producteurs, mais surtout laisser le public goûter, discuter et s’attabler. « La convivialité marche avec la gastronomie », lance Antonio Fochi, l’instigateur de l’événement, lors de son discours inaugural.
Organisé par la Ville avec les Disciples d’Escoffier Riviera Côte d’Azur-Corse-Monaco, le rendez-vous rassemble pendant deux jours plus de quinze chefs et 24 stands d’artisans et de producteurs, entre démonstrations, ateliers, conférences et dégustations. Son fil rouge ? « La transmission, le partage et l’excellence », résume Jean-Claude Brugel, président de la délégation locale des Disciples Escoffier.
On goûte avant d’acheter
Magali est venue par curiosité. Elle butine d’un stand à l’autre. Un arrêt devant un exposant, quelques questions, puis elle repart quelques mètres plus loin. Chez Émilie Basin, agrumicultrice mentonnaise, elle goûte une guimauve avant de demander où retrouver ses produits.
Une boutique ? « On est une petite exploitation, ma boutique est chez moi », répond la productrice en lui tendant sa carte. « Si vous êtes intéressée, vous pouvez m’appeler pour prendre rendez-vous. »
La scène résume assez bien l’ambiance. Ici, les stands servent autant à vendre qu’à faire découvrir. Les producteurs racontent leurs produits, pour la plupart issus de la région PACA. Côté roquebrunois, on retrouve la Boucherie du Midi, Au chai du fromager et le miel de Bee Riviera.
Les produits locaux partagent l’affiche avec d’autres spécialités régionales : escargots varois (L’Espigaou), vins de pêche et pastis de Forcalquier (Le Domaine de Provence), ou encore soupe de poissons mise en bouteille dans les Bouches-du-Rhône (Maison Ferrigno).
Au centre de ce village gourmand, les chefs racontent leurs gestes. À quelques mètres, des enfants mettent la main à la pâte pendant que leurs parents jouent les commis. Plus loin, une démonstration culinaire attire les curieux. Au menu : cuisse de volaille croustillante, ravioles de légumes de saison préparées par Jean-Claude Brugel, Meilleur ouvrier de France 1996.
Même le maire s’est laissé prendre au jeu. Patrick Cesari assure avoir « pratiquement goûté à tout » : chocolat noir à 100 %, huiles à la truffe noire du Périgord et à la truffe blanche d’Italie, ou encore un miel récolté dans le quartier de Fighiera, dont il ignorait jusqu’alors l’existence.
Après seulement quelques dizaines de minutes, l’élu retenait surtout « une ambiance de convivialité formidable » et « le plaisir » des visiteurs comme des professionnels à être là.
« Rendre les gens heureux »
C. M.
Parrain de cette première édition, Marcel Ravin connaît bien le terrain. Le chef multi-étoilé travaille depuis vingt ans à Monaco et vit depuis bientôt cinq ans à Roquebrune-Cap-Martin. Pour lui, ce nouveau rendez-vous colle à l’esprit même de la cuisine.
« Nous sommes aussi des transmetteurs », insiste-t-il lorsqu’il évoque Auguste Escoffier, dont il a appris les fondamentaux lorsqu’il était encore en Martinique. Pour le chef, la cuisine ne se limite pas à la technicité : « Ce qui est extraordinaire, c’est de rendre les gens heureux. J’aime apporter du plaisir et du bonheur aux gens. »
À quelques mètres de là, les tables sont pleines et les dégustations se poursuivent. Goulument.
Le musée Escoffier, installé dans son ancienne demeure à Villeneuve-Loubet, a lui aussi fait le déplacement. À son stand, Yvon Bertorello dédicace la bande dessinée consacrée au célèbre cuisinier, parue au printemps. Une autre manière de raconter la gastronomie et transmettre son héritage autrement.
La Ville espère désormais installer « Oui, Chef ! » dans le calendrier roquebrunois. Patrick Cesari ne cache pas son souhait de voir la manifestation revenir chaque année. « Une cité qui abrite, entretient et vénère un olivier millénaire peut aussi proposer aux visiteurs de découvrir l’art culinaire », estime-t-il. Et pour ceux qui l’auraient raté, le rendez-vous se poursuit ce dimanche, de 10 à 18 heures, à l’ombre des oliviers.