Des archéologues turques ont découvert 184 tablettes et fragments cunéiformes vieux de 3 400 ans
Les tablettes cunéiformes mises au jour à Kayalıpınar en Turquie documentent une épidémie, la mort d’une princesse et des appels au secours militaires datant du règne de Tudhaliya II

Rédacteur scientifique
Publié le 23/10/26 à 13:00
- En octobre 2026, l'université Koç découvre 184 tablettes cunéiformes à Kayalıpınar, Turquie, datant de 3 400 ans, sous le règne de Tudhaliya II.
- Les tablettes révèlent des crises sous Tudhaliya II, incluant une épidémie et des appels à l'aide militaire, documentant aussi des rituels divinatoires.
- Explorez comment ces découvertes enrichissent notre compréhension des Hittites et de leur histoire fascinante à travers ces archives exceptionnelles.
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L’université Koç a exhumé 184 tablettes cunéiformes et fragments à Kayalıpınar, dans la province de Sivas en Turquie. Le ministère turc de la Culture a rendu publique cette découverte en octobre 2026. Ces textes vieux de 3 400 ans documentent le règne du roi hittite Tudhaliya II. Ils forment la plus vaste archive de cette civilisation mise au jour au XXIᵉ siècle.
Fièvre, mort et appels au secours sur des tablettes cunéiformes
Sous le règne de Tudhaliya II, l’empire traverse plusieurs crises simultanées. Une épidémie de forte fièvre se propage de ville en ville. Les devins surveillent alors l’état de santé des jeunes princes et princesses au moyen de rituels divinatoires. Le sort des enfants de hauts fonctionnaires fait aussi l’objet de consultations. Parmi les individus observés figure une princesse encore nourrisson.
Une première tablette rapporte les présages lus au-dessus de cette enfant lorsqu’elle est allaitée. À Ziulila, un lieu dont personne n’a retrouvé la trace, l’enfant tombe malade selon un deuxième texte. Le troisième enregistre sa mort et son enterrement. Aucun écrit ne précise la cause du décès.
D’autres documents contiennent des lettres adressées au souverain par des généraux postés en Anatolie occidentale. Ces officiers signalent que l’ennemi encercle leur territoire et réclament des renforts en hommes, chevaux et chars. Sans cette aide, préviennent-ils, leur armée sera anéantie. Une dernière série d’inscriptions consigne les itinéraires d’observateurs rituels envoyés depuis Šamuḫa. Ces spécialistes des présages documentaient le vol des oiseaux le long de leurs parcours.
Šamuḫa, la cité où les Hittites interrogeaient les oiseaux
Le site de Kayalıpınar correspond à l’ancienne cité de Šamuḫa, mentionnée dans les annales du royaume et dans les sources assyriennes. Cette ville servait de centre administratif et religieux dédié à Šauška, déesse associée à l’amour et à la guerre. Avant la fondation de la cité, des comptoirs commerciaux assyriens occupaient déjà le terrain. D’après le Daily Sabah, les fouilles sont menées depuis 2021 sous la direction de Çiğdem Maner. L’équipe a notamment exhumé plus de 50 empreintes de sceaux en argile.
Bien au-delà de cette période, le site a connu des occupations romaines et byzantines. L’équipe soupçonne qu’un bâtiment utilisé pour sceller des documents officiels se trouve sous des niveaux contenant des sépultures paléochrétiennes. Les tablettes cunéiformes ajoutent une strate supplémentaire à cette séquence. Rédigées en hittite et en hourrite, elles couvrent une période de l’âge du bronze encore mal documentée.
184 tablettes cunéiformes, un record pour le XXIᵉ siècle
En 2025, l’équipe avait déjà mis au jour 53 fragments et textes sur le même site. La campagne en a livré 131 supplémentaires, portant le total à 184. L’archive contient des inscriptions de divination, des lettres officielles, des rituels et des prières. Les chercheurs estiment que l’ensemble appartient à une même collection de la couronne hittite.
Hattusa, la capitale de l’empire, se trouve près de l’actuelle Boğazkale. Depuis le début du XXᵉ siècle, les fouilles y ont produit des milliers de documents diplomatiques, de traités et de textes religieux. L’archive de Kayalıpınar surpasse toutes les collections hittites exhumées hors de cette capitale depuis 2000. La traduction des dernières pièces se poursuit sur le terrain.