Depuis 1989, aucune sonde de la noosphère n'a exploré les mondes des géantes de glace Uranus et Neptune. Ils possèdent donc encore de nombreux secrets que l'on peut tenter de percer en explorant les archives des données de la mission Voyager 2... mais pas seulement.

En effet, bien que les six nouvelles lunes en orbite autour de Neptune découvertes par cette mission soient difficiles à étudier en raison de leur petite taille et leur faible luminosité, le télescope spatial James-Webb est en mesure d'apporter des éléments nouveaux, notamment pour la cosmogonie de certaines de ces lunes.

Le nouveau modèle de l'intérieur de Neptune vu par l'IA ? © ChatGPT

Une étude bouscule tout : Uranus et Neptune pourraient cacher un océan de magma !

La mission Voyager 2 de la Nasa a fourni des renseignements sur le champ magnétique, le rayonnement et le champ de gravitation des planètes Neptune et Uranus. Ces informations dépendent de la structure interne de ces planètes et, jusqu'à présent, elles soutenaient les modèles faisant de ces géantes des planètes glacées et pas essentiellement gazeuses, comme c'est le cas de Jupiter et Saturne. Mais aujourd'hui, une équipe de planétologues pense que l'on s'est complètement fourvoyé et que la vérité est bien plus extraordinaire !... Lire la suite

Un article vient justement d'être publié à ce sujet dans la célèbre revue Science Advances et on peut se demander ce qu'aurait pu nous en dire le regretté André Brahic.

Des compositions minéralogiques anormales

Les données du James-Webb ont révélé des compositions chimiques et minéralogiques surprenantes pour les surfaces de Larissa, Galatée et Protée. En l'occurrence, il s'agit de phyllosilicates riches en magnésium, des minéraux argileux qui ne se forment qu'en présence d'eau liquide. Or, aucune glace d'eau n'a été détectée sur ces objets... Les phyllosilicates n'ont cependant pas été détectés sur Protée, le plus grand des petits satellites étudiés.

Le mardi 9 décembre 2014, André Brahic était l’invité de la Société astronomique de Bourgogne. Le sujet de sa conférence intitulée Enfants du Soleil : À la recherche de nos origines et de la vie dans l’Univers portait aussi bien sur l’origine du Système solaire que sur l’exobiologie. © Jean-Baptiste Feldmann

André Brahic, seigneur des anneaux planétaires, nous quittait il y a 10 ans

André Brahic est décédé du cancer il y a dix ans déjà. Il était professeur à l’université de Paris-VII Denis Diderot et directeur de l’équipe universitaire « Gamma-Gravitation » au Commissariat à l’énergie atomique (CEA Saclay), mais il était surtout une figure passionnée et passionnante de la vulgarisation scientifique, bien connue du grand public. Il avait d’ailleurs reçu le prix Carl-Sagan 2000 aux États-Unis et le prix Jean-Perrin 2006 pour cette raison. Pour ses collègues, il était le co-découvreur des anneaux de Neptune et une figure importante des missions Voyager et Cassini.... Lire la suite

En se creusant la tête pour expliquer ces observations étonnantes, les planétologues en sont arrivés à penser que les phyllosilicates se sont probablement formés sur d'anciennes lunes de Neptune contenant des glaces, mais aussi des sources de chaleur suffisantes pour les faire fondre en leurs intérieurs.

Un montage de différentes images prises par la sonde Galileo. On voit à gauche Jupiter et sa tache rouge et de haut en bas Io, Europe, Ganymède et Callisto. © N.A.S.A-JPL

En route vers les planètes ardentes avec André Brahic

L’astrophysicien André Brahic, découvreur des anneaux de Neptune et membre de l'équipe d'imagerie de la mission Cassini explorant actuellement Saturne et ses lunes, vient de publier un nouveau livre chez Odile Jacob. Intitulé De feu et de glace, planètes ardentes, l’ouvrage est une invitation au voyage dans le monde des planètes géantes. Voici quelques aperçus de son contenu, en deux parties.... Lire la suite

Mais où seraient donc passées ces lunes alors ?

Des collisions destructrices en série

Dans un communiqué du mythique Caltech de Richard Feynman, Ryleigh Davis, ancienne doctorante du Caltech et autrice principale de l'étude publiée le 29 juillet dans Science Advances, explique : « Si Neptune possédait autrefois un système de lunes ressemblant à celui que nous observons actuellement autour d'Uranus, il aurait probablement été entièrement détruit lors de la capture de Triton. Ces nouvelles données constituent un indice passionnant montrant qu'un événement catastrophique s'est produit autour de Neptune, détruisant complètement ses satellites d'origine. Nous pouvons aujourd'hui observer les traces laissées par ce processus. »

Ce schéma illustre l'origine proposée du système actuel de satellites internes et d'anneaux de Neptune. Neptune possédait autrefois un système de grands satellites qui furent détruits lors de l'arrivée de Triton, un objet de la ceinture de Kuiper capturé par la planète. Cette destruction a mis au jour des minéraux argileux provenant des profondeurs de ces mondes anciens, et une faible fraction des débris s'est ré-agglomérée pour former les petits satellites internes et les anneaux que nous observons aujourd'hui. © R. Davis

Un disque de débris se serait alors formé autour de Neptune, débris exhibant les intérieurs des lunes défuntes avant qu'ils ne s'agglomèrent à nouveau pour former cette fois-ci Larissa, Galatée et Protée.

Les lunes « bergères » de l'anneau F, Prométhée et Pandore, sont montrées avec Epiméthée au premier plan de cette image des anneaux de Saturne. Prométhée (86 km) peut être vue en orbite à l'intérieur de l'anneau F mince. Pandore (81 kilomètres de diamètre) orbite en dehors de l'anneau F, à gauche de Prométhée. Epiméthée (113 kilomètres) orbite au-delà de l'anneau F près du bas de l'image. © Nasa-JPL

À bord de Cassini autour de Saturne avec André Brahic

Après l'immense succès de la longue mission Cassini-Huygens, il est juste de rendre hommage à André Brahic, l'un de ses ardents défenseurs et qui a travaillé pour l'équipe d'imagerie. En 2011, Futura l'avait interrogé sur ce thème et ses réponses, six ans plus tard, sont toujours instructives.... Lire la suite

« Les phyllosilicates n'avaient encore jamais été détectés dans le Système solaire externe au-delà de Jupiter. Nous ne nous attendions donc absolument pas à en trouver. Nous avons été stupéfaits de découvrir ces argiles, qui devaient nécessairement provenir d'objets beaucoup plus grands que les petites lunes situées à l'intérieur des anneaux de Neptune... C'est vraiment surprenant, car pratiquement tous les objets situés dans cette région du Système solaire sont riches en glace... Nous sommes donc assez convaincus que ces matériaux proviennent des profondeurs d'un corps suffisamment massif pour produire assez de chaleur et faire fondre sa glace. Le lieu d'origine le plus probable serait un ancien système de lunes glacées, même si la disparition de la glace reste mystérieuse », précise donc Ryleigh Davis.

Un minéral inconnu

En bonus dans les données spectroscopiques en infrarouge du James-Webb, les planétologues ont découvert que les trois lunes possèdent un même minéral hydraté mais mystérieux. « Nous observons quelque chose qui ne ressemble vraiment à rien de ce que nous avons déjà identifié dans le Système solaire... Ce matériau ne correspond à aucun élément de nos bibliothèques spectrales. Nous supposons qu'il s'agit d'une forme de roche hydratée provenant des lunes, mais une grande part de mystère demeure », ajoute Davis.

Une autre hypothèse reste possible : les matériaux pourraient provenir d'un objet de la ceinture de Kuiper, comparable à Pluton, déchiqueté par les forces de marée de Neptune. Dans les deux scénarios, les lunes internes de Neptune donneraient un accès exceptionnel à des matériaux normalement enfouis dans les profondeurs des grands mondes glacés.