Des robots humanoïdes ont réalisé leur première chirurgie, et ce n'est que le début !
Publié le 12 juillet 2026 à 20:20 par Christian D.
Le scalpel n'est plus l'apanage exclusif de la main humaine. Une équipe de chercheurs vient de franchir une étape décisive en confiant une opération chirurgicale à des robots d'un genre nouveau, polyvalents plutôt qu'hyperspécialisés.
C'est une première mondiale qui s'est déroulée dans les laboratoires de l'Université de Californie à San Diego (UC San Diego) et dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Nature.
Des chirurgiens ont piloté à distance des robots humanoïdes du fabricant chinois Unitree pour réaliser deux cholécystectomies (ablations de la vésicule biliaire) sur des porcs.
Ils cherchaient à valider un concept radical : utiliser des robots polyvalents, et non des machines ultra-spécialisées, comme extensions des mains du chirurgien, où qu'il soit.
En quoi consiste cette première chirurgicale avec des robots humanoïdes ?
Pour cette expérimentation, un chirurgien, installé devant une console de contrôle, a dirigé les mouvements de bras de robots humanoïdes pour manipuler des instruments chirurgicaux et opérer un animal.
Le système combine une vision stéréo pour le praticien, des contrôleurs manuels et une pédale pour engager ou désengager les outils. Il s'agit d'une opération à distance de haute précision dans laquelle la machine devient le prolongement direct de l'expertise humaine.
Deux scénarios ont été testés avec succès. Le premier impliquait une équipe hybride : un robot piloté, assisté par un chirurgien humain en chair et en os. Le second a poussé le concept plus loin avec un duo de robots humanoïdes travaillant en tandem et réalisant un ballet chirurgical entièrement robotisé, mais toujours sous contrôle humain.
Pour y parvenir, les équipes ont dû développer des adaptateurs physiques pour que les robots, surnommés Surgie, puissent saisir les instruments médicaux standards.
Pourquoi des robots humanoïdes plutôt que des systèmes chirurgicaux spécialisés ?
Les raisons sont économiques. Un système chirurgical spécialisé comme le célèbre da Vinci pèse près d'une tonne, occupe un espace considérable et coûte plusieurs millions de dollars.
À l'inverse, le robot Unitree G1 pèse à peine 27 kg pour 1,50 m et son prix, bien que variable avec les options, démarre à une fraction de ce montant. Cette différence conséquente ouvre des perspectives immenses pour les zones rurales, les hôpitaux moins fortunés ou même les théâtres d'opérations sur le champ de bataille.
Pilotage à distance des robots lors de l'opération chirurgicale
Au-delà de l'aspect économique, c'est leur polyvalence qui change la donne. Un robot humanoïde n'est pas cantonné à une seule tâche. Il peut potentiellement se déplacer, aller chercher des outils, assister l'équipe de multiples manières avant et après l'acte.
Il ne s'agit toujours pas remplacer le chirurgien mais de démultiplier ses mains et de rendre la chirurgie robotique moins élitiste en l'intégrant plus naturellement dans un flux de travail existant.
Quels sont les défis et les limites actuels de cette technologie ?
L'expérimentation a mis en lumière plusieurs obstacles techniques à surmonter. La précision exigeait des recalibrages fréquents des robots en pleine opération, allongeant considérablement la durée des procédures par rapport aux standards actuels.
De plus, la latence (le délai entre la commande et l'action du robot) reste un point critique, actuellement de quelques centaines de millisecondes là où un seuil de 150 ms est jugé idéal pour la sécurité du geste.
D'autres contraintes physiques sont apparues, comme la portée limitée des bras du robot (450 mm), bien inférieure à celle d'un humain, ce qui a augmenté la charge cognitive de l'opérateur.
Cependant, l'équipe de recherche met ces défis en perspective. Les premières chirurgies laparoscopiques robotisées prenaient six heures pour une opération qui ne dure plus que 30 minutes aujourd'hui.
Quel avenir pour ces "chirurgiens" d'un nouveau genre ?
L'objectif à long terme dépasse la simple téléopération. L'équipe de l'UC San Diego vise le développement d'un assistant chirurgical autonome. Il serait alors possible de confier au robot les tâches annexes mais cruciales dans un bloc opératoire : apporter les bons outils au bon moment, ajuster l'éclairage, ou même nettoyer la salle après l'intervention.
Cela permettrait de pallier les pénuries de personnel qualifié et de laisser les équipes humaines se concentrer sur les décisions critiques. Toutefois, une autonomie complète, où l'intelligence artificielle prendrait seule les commandes du scalpel, reste un horizon lointain et complexe.
La vision à court et moyen terme est plutôt celle d'une collaboration homme-robot de plus en plus étroite et intuitive. Le véritable enjeu est de créer un théâtre d'opérations du futur où humains et machines formeront une équipe intégrée et augmentée pour offrir des soins de pointe au plus grand nombre.
Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs
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