Coupe du monde - Philippe Diallo, président de la FFF : « Les joueurs sont des artistes, le coach est le réalisateur et je suis le producteur »
C'est l'effet que fait un hôtel privatisé pour l'équipe de France : une fois que l'on franchit le barrage de sécurité, le hall du Four Seasons est désert, en cette fin de matinée de samedi. C'est ici que Philippe Diallo, le président de la FFF, a accepté de dresser un bilan très provisoire de cette Coupe du monde, et d'évoquer les nombreux sujets d'actualité. Mais, on va le lire, il est à l'image de l'équipe de France, assez performant en défense.
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L'équipe de France : « Les joueurs sont des artistes, le coach est le réalisateur et je suis le producteur »
« La France est dans le dernier carré. Êtes-vous heureux pour le foot et soulagé pour les comptes ?
C'est d'abord la plus belle épreuve du foot, et c'est une fierté quand les résultats sont là. C'est un âge d'or du football français. Mais quand on arrive en demi-finales... Il y a forcément un autre objectif qui s'impose à nous. Pour les comptes, la FFF n'est pas dépendante financièrement de la Coupe du monde. On budgétise un quart de finale, mais comme dans tous les tournois. Je l'ai déjà dit, c'est une Coupe du monde très chère, et insuffisamment rémunératrice. On n'est pas encore sur un dispositif qui permet d'avoir un équilibre.
Parce que l'hôtel a coûté trop cher ?
Parce que la Coupe du monde dure plus longtemps aussi. Je suis très satisfait du camp de base. Je n'ai aucun regret, parce que c'est le rôle de la FFF de mettre l'équipe dans les meilleures conditions.
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Comment vivez-vous cette première Coupe du monde de l'intérieur ?
C'est un privilège dans lequel je m'investis pleinement, je suis aux séances vidéo, aux matches, aux entraînements, et c'est aussi ma responsabilité. Cela me permet aussi de ressentir ce qui se passe dans ce groupe. Le président doit être auprès de l'équipe, mais sans en faire trop. Ce qui compte, ce sont les joueurs, le staff et leurs relations. Je dois être présent, mais avec un petit pas en arrière. Je n'ai pas encore parlé de manière collective, par exemple. Didier (Deschamps) me l'a proposé au début du rassemblement. Avant les matches, c'est la place du coach. Après le match aussi. Je parle avec les joueurs, de manière informelle, mais c'est tout. Je ne me l'interdis pas, mais jusque-là, je pense que ce n'est pas mon rôle.
Pour les primes et les places au stade, vous étiez acteur...
C'était réglé avant qu'on pose le pied sur le sol américain. J'ai fait une proposition, les joueurs, via leur capitaine (Kylian Mbappé), m'ont dit les ajustements qu'ils souhaitaient, je suis revenu vers eux, et l'accord était trouvé. Ils ont compris qu'il y avait d'autres exigences.
Comment se comporte le syndicaliste Kylian Mbappé ?
C'est un garçon intelligent, qui joue pleinement son rôle de capitaine. Je ressens toujours chez lui un vrai amour de l'équipe de France et des Bleus, et donc une compréhension, aussi, des équilibres nécessaires à trouver.
Quelle est l'atmosphère dans le groupe avant le France-Espagne de mardi ?
L'équipe est sereine, les joueurs ont l'habitude des grands rendez-vous. Chaque match qui passe, on sent qu'on se rapproche de l'objectif, et il y a le sentiment, très important, que cette équipe rassemble tous les Français. C'est une de ses missions : s'inscrire dans l'histoire, et embarquer tout le pays avec elle.
« Le nouveau sélectionneur ? Il ne faut pas précipiter les choses »
On sait que Deschamps vous en veut un peu d'avoir quasiment officialisé Zinédine Zidane, en déclarant que vous connaissiez le nom de son successeur. Quelles sont vos relations, ici ?
D'abord, je n'ai jamais prononcé de nom. Ensuite, notre relation avec Didier, dans cette Coupe du monde, s'est construite au fil des mois, depuis le tirage au sort (en décembre). J'ai écouté ses souhaits, et sa vision. Entre nous, c'est très fluide, dans un état d'esprit très positif. Les joueurs sont des artistes, le coach est le réalisateur et je suis le producteur.
Mais le coach et le staff étaient plus proches du producteur précédent (Noël Le Graët)...
Il est naturel que des liens se soient créés, qui débordent du cadre professionnel. Ils ont vécu des grands moments avec mon prédécesseur, jusqu'au titre de champion de monde (2018).
Des joueurs vous interrogent-ils sur la suite ?
Non, tout le monde est concentré sur la Coupe du monde. Ils ne pensent qu'à ça.
À quel moment allez-vous annoncer le successeur ?
Je l'ai dit, après la Coupe du monde.
Dans la semaine, dans le mois ?
Il ne faut pas précipiter les choses. Aujourd'hui, l'équipe de France est en demi-finales de la Coupe du monde. Le reste, on verra plus tard. La phrase "je connais son nom" a été surinterprétée. Je ne l'avais pas prononcée dans ce sens. Je rappelle que c'est le sélectionneur qui a annoncé son départ. Ma responsabilité est de prévoir la suite. J'ai voulu rester très discret sur ce sujet pour respecter le travail des gens en place. Mais ensuite, il faut bien avancer.
Après un tel enchaînement de performances, craignez-vous que la succession soit difficile ?
Je ne suis pas encore là-dedans. On est à deux marches d'un sacre possible, c'est le plus important.
Mais il sera difficile de faire mieux...
Tous les records sont faits pour être battus, on verra bien, mais encore une fois, ce n'est pas le moment.
Quand on voit comment les choses se passent, ici, vous êtes-vous dit que vous auriez pu essayer de convaincre le sélectionneur de rester ?
Son souhait d'arrêter était une décision que Didier avait longuement mûrie. Vu ses résultats, évidemment que la question d'une éventuelle prolongation aurait pu se poser, s'il n'avait pas annoncé son départ.
Infantino et la FIFA : « Faire attention à la crédibilité, au respect »
On vous a vu, lors de France-Maroc (2-0, jeudi), à côté de Gianni Infantino. De quoi avez-vous parlé ?
Depuis plusieurs mois, j'essaie d'attirer son attention sur la redistribution aux équipes participantes, ce qui nous a permis de récupérer 112 millions de dollars de plus (98 M€), mais divisés en 48 équipes. Je considère que le mérite sportif n'est pas suffisamment valorisé : pour gagner la Coupe du monde des clubs, Chelsea a touché 120 millions de dollars (105 M€) et le futur champion du monde aura 51 millions (environ 45 M€). Cela interroge.
On dit que Donald Trump n'a pas vraiment envie de remettre la Coupe du monde à la France...
Rien ne me laisse penser ça. Surtout cette année, avec le 250e anniversaire de l'indépendance. La France est liée d'amitié historique avec les États-Unis et je verrais un beau symbole qu'en cette année, les descendants de Lafayette et Rochambeau repartent avec la Coupe à la maison.
Il y a eu un gros plan sur Infantino contre le Maroc, il n'était pas fou de joie...
(Sourire.) C'est plus à lui qu'il faut poser la question. Mais la France est numéro 1 au classement FIFA, elle est pour la troisième fois d'affilée en demi-finales et doit donc faire l'objet de respect, être plus associée à des décisions qui impactent le football mondial et notre Fédération. On a cette relation d'exigence vis-à-vis de la FIFA.

Gianni Infantino et Philippe Diallo étaient déjà côte à côte lors de France-Irak (3-0), le 22 juin. (P. Lahalle/L'Équipe)
Quand on voit l'affaire Folarin Balogun et la manière dont il a dirigé la Coupe du monde, la France doit-elle continuer à voter pour Infantino ?
On est dans une situation où la plus forte probabilité est qu'il n'y ait qu'un candidat lors de la prochaine élection à la FIFA (en 2027). Sous le mandat de Gianni, le football a continué son développement, ça doit être mis à son crédit. Mais dans notre sport, il faut faire attention à la crédibilité, au respect, qui doivent être au coeur de la gouvernance de la FIFA. C'est pour ça qu'on est intervenus, avec d'autres, pour avoir des billets moins chers pour les supporters ou la revalorisation des prize money. Il y a eu des interrogations, oui.
Sentez-vous monter une contestation européenne ?
Le mot est fort. Disons que la culture de l'interrogation est plus forte, en Europe. Nous sommes un continent qui compte, on le voit dans cette Coupe du monde. Mais l'Asie a apporté son soutien plein et entier au président de la FIFA, l'Afrique a fait de même...
La nouvelle gouvernance du foot français : « Une réforme historique »
La loi sur la nouvelle gouvernance du football français est-elle une victoire personnelle ?
C'est une initiative des sénateurs et j'ai profité de cette occasion pour demander une modification de cette gouvernance. Plus qu'une victoire des uns, c'est une nécessité d'intérêt général. Tout n'est pas parfait, il y a des dispositions que je n'aurais pas soutenues, mais globalement, nous y sommes.
À partir du moment où Nasser al-Khelaïfi, président du PSG, et Vincent Labrune, celui de la LFP, s'y sont opposés, c'était devenu une lutte de pouvoir...
J'ai toujours avancé dans l'intérêt général. Mon collègue de la Ligue a toujours dit qu'il soutenait cette démarche de réforme. Je me tiens à cette position institutionnelle. C'est une réforme historique, avec une société commerciale à la place d'une association et un droit de véto pour la FFF, qui aura un rôle de régulateur. À la rentrée, je mettrai tout le monde autour de la table pour que les clubs s'emparent du projet.
« Je souhaite que la vitrine de nos clubs, le PSG, soit pleinement impliqué dans la suite de cette réforme (de la gouvernance) »
Compte tenu du mélange des genres qu'il incarne, est-ce compliqué de réformer le football professionnel contre al-Khelaïfi, également patron de beIN Media Group ?
Il ne s'agit pas de réformer contre, mais avec. Certains s'interrogent, mais notre cap a été celui de l'intérêt général. Je souhaite que la vitrine de nos clubs, le PSG, soit pleinement impliqué dans la suite de cette réforme. Et il faut être pragmatique : il y a eu un temps de débats, mais la réforme est votée, aujourd'hui, et elle le sera définitivement fin juillet. Maintenant, il faut bâtir un avenir prospère.
Dans un an, à quoi ressemblera cette gouvernance ?
À une société regroupant les clubs de L1 et L2 qui en seront actionnaires, avec un directoire formé non plus de gens élus, mais nommés par les clubs pour diriger le football professionnel, avec des directeurs et un président du directoire. Devrait s'y ajouter un conseil de surveillance, avec les familles, les clubs, CVC (le fonds d'investissement qui a investi dans la société commerciale) et la Fédération, dont le rôle sera de laisser la plus grande autonomie possible à cette société commerciale pour retrouver la prospérité. C'est essentiel : quand le foot pro se porte bien, le football amateur se porte mieux.
La FFF va-t-elle retrouver un pouvoir de gendarme vis-à-vis de la Ligue ?
Pas de gendarme, mais de garante de l'intérêt général, oui. »