Mercredi 30 septembre, devant le lycée Le Castel à Dijon, des élèves de l’établissement ont organisé un blocus dès 7 h 45. Celui-ci était initialement prévu jusqu’à midi et devait permettre d’exprimer des revendications. Mais comme dans d’autres villes françaises, la situation a dégénéré. Selon les forces de l’ordre, parmi les lycéens, un groupe hostile de 30 personnes aux visages dissimulés a effectué des tirs de mortiers en direction de la police. Ces mortiers avaient été disposés dans un parking à proximité du lycée.

À la mi-journée, via un communiqué, la préfecture précisait que « 50 puis 100 individus hostiles, dont nombre d’entre eux étaient cagoulés, se sont regroupés […] puis ont tiré des mortiers à de nombreuses reprises en direction des forces de sécurité ».

  • Ce mercredi 30 septembre, devant le lycée Le Castel à Dijon, des élèves de l’établissement ont fait blocus dès 7 h 45. Photo A. C.

    Ce mercredi 30 septembre, devant le lycée Le Castel à Dijon, des élèves de l’établissement ont fait blocus dès 7 h 45. Photo A. C.

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  • À 9 h 35, rue du Pont-des-Tanneries, la police faisait barrage pour qu’aucun lycéen ne retourne vers le lycée pour continuer le blocus. Photo A. C.

    À 9 h 35, rue du Pont-des-Tanneries, la police faisait barrage pour qu’aucun lycéen ne retourne vers le lycée pour continuer le blocus. Photo A. C.

Du gaz lacrymogène pour disperser la foule

« Des poubelles ont par ailleurs été mises en travers de la route dont certaines ont été incendiées par les individus afin de faire obstacle à la circulation et des jets de projectiles ont été commis en direction des forces de l’ordre mais aussi de certains lycéens qui entraient dans l’établissement. »

De fait, toutes les 15 à 20 minutes les manifestants étaient dispersés par la police à l’aide de flash-balls et de grenades lacrymogènes. Une situation de conflit urbain et de maintien de l’ordre très classique, forcément violente, mais à laquelle nombre de jeunes n’avaient jamais été confrontés.

La rue Daubenton a été bloquée dans les deux sens depuis la rue Charles-Dumont et depuis la rue du Pont-des-Tanneries pour empêcher que les lycéens retournent à proximité du lycée pour continuer le blocus.

Un jeune lycéen, les yeux larmoyants, a exprimé la peur qu’il a ressentie : « On était juste en train de chanter devant eux et ils ont tiré des bombes lacrymogènes. On s’est perdu dans la foule avec mes amis, on a eu peur. » À 9 h 20, les élèves se sont encore plus éloignés et certains commençaient même à rentrer chez eux.

« On doit se lever à 5 heures du matin pour venir »

Sur place, des élèves nous ont confié leurs revendications. À commencer par des difficultés pour accéder au lycée. L’année dernière, ils pouvaient sonner et rentrer, désormais ce serait plus réglementé et ils ne pourraient pas rentrer quand ils le souhaitent. Selon, ils se retrouvent parfois à attendre longtemps devant le lycée : « Après, ils s’étonnent qu’on arrive en retard. On habite loin pour certains, on doit se lever à 5 heures du matin pour venir et ce système est compliqué », explique un lycéen en STMG (sciences et technologie du management et de la gestion).

Ils dénoncent aussi un manque de personnel, des professeurs absents dans certaines matières, comme la gestion ou le droit en STMG. « L’emploi du temps, c’est compliqué. On n’a qu’une heure pour manger le midi, voire 45 minutes. C’est pas normal », ajoute le lycéen. Deux jeunes filles complètent : « Le blocus, c’est pour soutenir tous les mouvements en France, les lycées de Paris, mais aussi la Palestine. »

« Il était impossible de rentrer »

La préfecture a également précisé que personne n’a été blessé au cours de la matinée et que les élèves qui voulaient rentrer dans l’établissement ont pu y accéder.

Ce dernier point est contesté par plusieurs jeunes dans des commentaires publiés sur nos réseaux sociaux à la suite du communiqué de la préfecture. « Faux, il était impossible de rentrer ! Aucun accès libre », écrit l’un d’eux.

Une autre personne affirme avoir essayé à plusieurs reprises de rejoindre l’établissement : « Nous avons essayé mais une surveillante ne voulait pas nous laisser entrer et nous disait : “Rentrez chez vous.” Pourtant, tout était bloqué et nous étions en plein dans les gaz lacrymogènes. »

Un autre témoignage explique : « Nous avons eu accès au grand portail à 8 heures, mais nous risquions de recevoir des projectiles dessus puisque la police était juste devant. »

Des parents d’élèves contestent également la version selon laquelle tous ceux qui souhaitaient assister aux cours ont pu rejoindre l’établissement. « À 9 heures, beaucoup d’élèves, dont mon fils et ses camarades de classe, n’ont pas été autorisés à rentrer dans le lycée par les forces de l’ordre qui barraient l’accès à la grille du lycée », affirme, par exemple, un parent d’élève.

Trois jeunes de 17 ans placés en garde à vue

Trois jeunes de 17 ans ont été interpellés et placés en garde à vue. Le premier, un Dijonnais, est entendu pour participation à un attroupement avec arme (il tenait un bâton) et pour violences sur policiers. Selon la police, il a été interpellé alors qu’il jetait des cailloux sur les forces de l’ordre. Le deuxième, Dijonnais aussi, a été interpellé pour participation à un attroupement et incendie de poubelle. Le dernier, habitant d’Arc-sur-Tille, était en possession de mortiers. Il est donc entendu pour participation à un attroupement avec arme.

Selon les policiers, une élève a par ailleurs échappé au pire : une branche d’arbre jetée par le groupe hostile a frôlé sa tête.

« Dissuader de participer à des actions de blocage »

Par voie de communiqué, la rectrice Mathilde Gollety a condamné vivement ces perturbations et a rappelé que « les établissements scolaires sont des espaces où les violences et les destructions ne doivent pas avoir leur place » et apporte son « soutien total aux équipes de direction, pédagogiques, éducatives et administratives des établissements, mobilisés chaque jour pour assurer un climat scolaire serein, condition de la réussite et de l’épanouissement des élèves. Nous sommes collectivement les garants de la sûreté et de la continuité du service public d’éducation ».

« Je rappelle l’indispensable collaboration avec les parents d’élèves pour engager, à nos côtés, le dialogue avec leurs enfants, les inviter au calme et les dissuader de participer à des actions de blocage, afin de maintenir un climat d’apprentissage apaisé ».