Dix ans après, la trace est toujours là. Sur une façade de la rue de Cannes, au Cannet, un repère rappelle jusqu’où l’eau était montée lors des inondations meurtrières d’octobre 2015. Quelques mètres plus loin, c’est justement sous la chaussée que les regards se portent désormais. Une bouche d’évacuation est ouverte, un imposant tuyau y est plongé. Aspiration, jet à haute pression : en quelques minutes, les déchets accumulés disparaissent.

À l’approche de l’automne et de ses épisodes méditerranéens, la Ville a lancé sa grande campagne annuelle de curage. 2 367 avaloirs doivent être nettoyés avec une priorité : commencer là où l’eau a déjà montré qu’elle pouvait faire des dégâts.

« Ici, on est dans un quartier assez sensible. En 2015, les eaux sont montées assez haut », rappelle Mehdi Karaja, chef du service Cadre de vie. La rue de Cannes fait donc partie des premiers secteurs traités, avec Garibondy, le chemin de l’Aubarède et Rocheville, identifiés comme des points où des débordements peuvent survenir.

Entre sécheresse et tempêtes, les cinq mois s’annoncent compliqués dans le monde avec l’intensification du phénomène El Nino.

L’objectif n’est évidemment pas de prétendre empêcher une inondation, mais de retirer un obstacle supplémentaire sur le chemin de l’eau. « Quand on a des épisodes pluvieux et qu’on constate qu’il n’y a pas de flaques qui stagnent, cela veut dire que le réseau fonctionne », résume Mehdi Karaja.

Les avaloirs sont remplis d’eau à haute pression, avant de voir leur contenant aspiré par cet énorme tuyau, comme ici rue de Cannes.
Les avaloirs sont remplis d’eau à haute pression, avant de voir leur contenant aspiré par cet énorme tuyau, comme ici rue de Cannes.
Photo : Markus Bolliger / Ville du Cannet

Sur le terrain, l’intervention peut être rapide. Lorsqu’un avaloir est régulièrement entretenu, deux ou trois minutes peuvent suffire. Cela se complique lorsqu’il est davantage encombré ou rendu difficile d’accès par du stationnement. La campagne doit ainsi s’étaler sur plusieurs semaines avant d’avoir parcouru toute la commune.

« On connaît aujourd’hui des épisodes pluvieux beaucoup plus violents »

Pour cette opération à 36 000 euros par an, le travail revient désormais à Algora Environnement. Ses véhicules hydrocureurs aspirent d’abord les résidus avant de nettoyer les ouvrages à haute pression. L’entreprise utilise pour cela de l’eau réutilisée plutôt que de l’eau potable.

« Les épisodes pluvieux sont beaucoup plus violents et sectorisés aujourd’hui », souligne Laurent Lorimier, directeur d’exploitation assainissement chez Algora. Dans un territoire où les cuvettes sont nombreuses, chaque passage doit permettre à l’eau de trouver le moins d’obstacles possible.

Le dispositif a toutefois ses limites. Un curage ne peut, à lui seul, contenir les conséquences de précipitations exceptionnelles. Mais les équipements permettent d’extraire la plupart des éléments rencontrés dans les réseaux : pierres, branches, racines, mais aussi béton ou traces d’hydrocarbures.

Et le nettoyage ne s’arrête pas à cette campagne. La Ville assure procéder à des interventions ponctuelles toute l’année et mise également sur le balayage des rues pour empêcher une partie des déchets de terminer leur course dans les avaloirs.

Une coordination simplifiée sous les rues

Cette année marque aussi un changement dans l’organisation. Algora intervient désormais sur les ouvrages gérés par la commune tout en étant déjà chargé, pour le compte de l’agglomération Cannes Pays de Lérins, de l’entretien du réseau horizontal d’eaux pluviales. Une seule entreprise pour suivre les différentes parties d’un même réseau.

« Avant, avec deux prestataires différents, il y avait parfois des discordances et ce n’était pas facile à gérer au niveau de la coordination », reconnaît Mehdi Karaja. Désormais, les informations sur les points critiques peuvent circuler plus facilement et les interventions être mises en cohérence.

Le Cannet entend même aller plus loin dans les secteurs sensibles. Selon Laurent Lorimier, certains avaloirs pourront être nettoyés une deuxième, voire une troisième fois grâce au budget propre de la commune.

Dix ans après 2015, impossible de savoir quelle quantité d’eau tombera cet automne. Mais sous les rues du Cannet, la Ville veut au moins s’assurer qu’elle puisse s’écouler.