Comment des « embrouilles de gamins » ont-elles pu déboucher sur le meurtre d'un adolescent n'ayant rien à voir avec l'histoire ? La cour d'assises de la Drôme décortique à partir de ce lundi cet engrenage de la violence et le rôle que des adultes y ont tenu.

Soirée du 9 avril 2024, quartier de La Monnaie à Romans-sur-Isère (Drôme) : Zakaria, 15 ans, succombe à un coup de couteau porté par Adel Gouirini, 26 ans, alors qu'il tentait de s'interposer entre deux camps. Dix jours plus tard, une marche blanche lui rend hommage, dans ce quartier difficile qu'un autre drame a placé sous les feux de l'actualité quelques mois plus tôt : le décès de Thomas, 16 ans, poignardé à la fin d'un bal dans le village voisin de Crépol. Certains des jeunes mis en examen dans cette affaire sont originaires de La Monnaie.

Cette fois, tout découle de la rivalité entre deux collégiens scolarisés dans le même établissement. « L'embrouille », pour reprendre leurs termes, remonte à deux semaines : une moquerie portant sur un petit frère a suscité une bagarre, filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux. Le jour du drame, l'un des deux affirme à son père avoir été harcelé à la sortie de l'école. Des accusations que les auditions du corps enseignant ne permettront pas de confirmer. Mais il n'en faudra pas plus pour qu'un rendez-vous soit fixé le soir-même.

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Boutaleb Gourini, ancien technicien de maintenance, 59 ans, veuf, se rend, accompagné de ses deux fils aînés et de son gendre, à La Monnaie, où vit celui qu'il pense être le harceleur de son fils. « Une expédition punitive », selon le parquet de Valence ; « Un père qui défend son fils qui s'est fait casser la figure et venu pour rencontrer le papa » de l'autre garçon, répond son avocat, Me Ivan Flaud. Selon l'enquête, le père incite son cadet, âgé de 16 ans, à porter le premier coup. De fait, chacun semble là pour en découdre. Et l'aîné, Adel, 26 ans, viendra prêter main forte à son frère dans la bagarre. Affirmant être acculé, ce gérant d'une parfumerie du centre-ville de Romans se saisit alors d'un couteau. L'extrême violence de son coup emportera Zakaria, un jeune du quartier qui passait par là et a voulu s'interposer. « On est au départ dans des histoires de gamins qui veulent jouer au plus fort dans des "tête-à-tête". Et aucun adulte n'interviendra pour arrêter tout ça... », se désole Me Nicolas Poizat, avocat de l'association d'aide à l'enfance Chrysalis, représentant la cible du courroux familial.

Les parents de Zakaria sont des « morts vivants »

Adel Gourini est le principal accusé. Présenté comme le référent de la famille, il sera jugé pour homicide volontaire, là où le parquet l'avait initialement mis en examen pour assassinat. La juge a en effet considéré que la préméditation du meurtre n'était pas établie. À ses côtés, son père répondra de complicité de violences volontaires, pour avoir incité le cadet à frapper. Le gendre Abdherrahim Assmy, 27 ans alors, sera jugé pour complicité parce qu'il a aidé les accusés à organiser leur fuite.  Le plus jeune, condamné en première instance devant le tribunal des enfants, attend un procès en appel.

Parties civiles, les parents de Zakaria sont des « morts vivants », comme le dit leur avocat Guillaume Fort. Zakaria était un garçon « généreux, drôle, bosseur, ne supportant pas la violence, qui était en apprentissage et voulait à terme créer sa société dans le bâtiment », dépeint Me Fort. À 14 ans, il avait « déjà vécu un drame avec la séparation de ses parents » et s'était fait la promesse « de sortir sa famille de La Monnaie ». Le procès s'ouvre ce lundi, jusqu'au 21 septembre.