La semaine, qui suivait tranquillement sa route jusqu’à jeudi, a fini par une embardée terrible dès vendredi avec l’annonce de la plainte d’Apple envers OpenAI. Ce n’est pas pour autant que le reste de l’Apple Park lève le pied sur ses projets, et Mark Gurman est là pour nous donner un aperçu discret.

Stay On These Roads (Reste sur cette route)

Apple est un peu dans une situation paradoxale : elle est très lente, voire larguée sur la partie logicielle de l’intelligence artificielle, mais étonnamment en avance sur la partie matérielle. Or, la logique ne paraît pas respectée : à quoi bon développer des puces qui n’ont pas d’usage concret ? D’après Mark Gurman, il faut remonter à une partie des origines d’Apple Silicon dans un projet qui est allé droit dans le mur : l’Apple Car.

En effet, durant le développement de cette voiture, une caractéristique était importante, voire nécessaire dans le cahier des charges d’Apple : la voiture devait avoir une conduite autonome de niveau 5, soit le plus haut niveau d’exigence. Avec le temps, il semble faire de plus en plus consensus que cette demande était irréaliste, et le restera pendant encore quelques années : le niveau 5, même avec toute la bonne volonté du monde et des moyens considérables comme ceux de Google, Tesla ou d’autres grands groupes, est tout bonnement hors de portée. Au mieux, un niveau 3 voire 4 pour certains taxis autonomes, mais le niveau 5, où la voiture s’adapte à toutes les situations, est illusoire avant encore une bonne dizaine d’années minimum.

Comment le Mac s’est imposé dans l’IA

Comment le Mac s’est imposé dans l’IA

Reste que pour tenter d’atteindre ce niveau, Apple a mis en place divers projets parallèles, dont la création de puces capables de digérer les informations nécessaires à la conduite autonome. Ces travaux ont notamment contribué à la naissance du Neural Engine, permettant à Apple d’évoluer dans les NPU (Neural Processing Unit) bien avant la majorité de ses concurrents : à part Tesla et Google dans des projets très spécifiques, ou Nvidia dans les GPU spécialisés pour data-center, personne n’était vraiment dans cette course, et encore moins avec un produit fini pour le grand public.

Take On Me (Tente ta chance avec moi)

Une fois l’Apple Car abandonnée, une question s’est imposée : que faire de ces technologies, développées au prix de milliards de dollars d’investissements ? La première réponse est venue du côté de l’iPhone. Le Neural Engine de l’A11 Bionic, inauguré avec l’iPhone X, a permis à Apple de proposer Face ID, les Animojis et d’autres traitements d’apprentissage automatique directement sur l’appareil. Cette architecture n’a ensuite cessé d’évoluer, jusqu’à devenir l’un des piliers des puces M qui équipent aujourd’hui les Mac.

L’iPhone X a inauguré le Neural Engine auprès du grand public avec la puce A11 Bionic. Image MacGeneration.

Autre héritage du projet Apple Car : les SoC les plus puissants d’Apple. D’après Mark Gurman, les puces de la gamme Ultra, qui ont ensuite équipé les Mac Studio puis le Mac Pro, trouvent elles aussi leur origine dans les travaux menés pour la voiture autonome, dont les besoins en puissance de calcul étaient colossaux. Ironie de l’histoire, ces SoC Mx Ultra ont trouvé un nouveau rôle : ils constituent aujourd’hui la base des serveurs qu’Apple déploie pour Private Cloud Compute, l’infrastructure chargée de traiter les requêtes les plus exigeantes d’Apple Intelligence tout en préservant la confidentialité des utilisateurs.

Apple confirme la montée en puissance de ses serveurs dédiés à l’IA assemblés aux États-Unis

Apple confirme la montée en puissance de ses serveurs dédiés à l’IA assemblés aux États-Unis

Au final, Apple disposait déjà d’une solide fondation matérielle lorsque les grands modèles de langage et les chatbots ont commencé à s’imposer. Les algorithmes ne sont évidemment pas les mêmes que ceux de la conduite autonome, mais ils reposent sur un point commun essentiel : une énorme capacité à traiter des réseaux neuronaux. Les investissements réalisés pour l’Apple Car n’auront donc pas été perdus… ils auront simplement changé de destination.

Hunting High and Low (Chercher en long, en large et en travers)

Forte de cette nouvelle direction qui a permis de garder des éléments d’un projet coûteux, Apple a donc lancé le M1 en 2020, puis le M1 Pro/Max, le M1 Ultra… et nous en sommes à la génération M5 et M5 Pro/Max. Récemment, les rumeurs nous ont appris qu’Apple allait présenter le M6 en fin d’année, mais contrairement aux générations précédentes, celui-ci ne devrait pas être décliné en M6 Pro, mais Cupertino devrait passer directement au M7 en début/mi 2027, puis le M7 Pro/Max en fin 2027. Pourquoi une telle accélération ?

Selon Mark Gurman, la raison est à chercher du côté du NPU, encore une fois. Si le M6 devrait être une poursuite sur la lancée des générations précédentes, Apple aurait jugé que le M7 et ses déclinaisons Pro/Max créaient un gap suffisant pour justifier une telle accélération. Et selon les bruits de couloir, l’amélioration apportée par la nouvelle architecture du Neural Engine serait énorme : certains évaluent que le M7 Ultra pourrait avoir des performances NPU équivalentes aux accélérateurs dédiés Blackwell de Nvidia, utilisés directement dans les data-centers !

Si Apple a déjà largement commencé à installer ses propres architectures dans ses centres de données, ces derniers suivent les évolutions internes : ils devraient bientôt voir arriver les machines basées sur le M5 Ultra à venir, et dès 2029, un nouveau processeur spécifique aux serveurs devrait se baser sur les capacités du M7 Ultra.

Pas de M6 pour le Mac Studio : une feuille de route entre M5 et M7

Pas de M6 pour le Mac Studio : une feuille de route entre M5 et M7

Et même en capacité mémoire, cette nouvelle puce haut de gamme annonce la couleur : avec jusqu’à 1,5 To de RAM embarquée, soit le double des capacités du prochain M5 Ultra, le souci ne devrait plus être le manque de mémoire… mais plutôt le nombre de zéros que l’utilisateur pourra mettre sur le chèque pour l’acquérir !

Suivant la mémoire commandée, le futur Mac Studio pourrait finir par coûter aussi cher qu’une voiture… ironique pour un héritier de l’Apple Car. Image MacGeneration.

Et Apple ne compte bien entendu pas s’arrêter en si bon chemin, et développe déjà le M8 en interne. Celui-ci devrait (encore) améliorer les capacités du NPU, avec une puce M8 appelée Soko en interne, et une version haut de gamme répondant au nom de Cardinal. Prévus pour 2028, ils devraient se baser sur une gravure en 1.4 nm, permettant une efficience thermique toujours plus grande.

Foot of the Mountain (Au pied de la montagne)

En développant l’Apple Car, Cupertino s’est certes pris un mur, mais a su rebondir en développant ce qui lui permet actuellement d’être parmi les meilleurs designers de puces dédiées à l’IA. Et pour le coup, cette avance paraît mettre Apple dans une situation bien plus confortable que prévue : les connaissances dans le domaine logiciel s’acquièrent, les versions s’enchaînent rapidement. Dans la conception de puces, en revanche, le retard est bien plus difficile à rattraper. Reste que ces évolutions ne sont que le début : Apple est au pied de la montagne IA, reste encore à la gravir !

  • Dis Siri, mets-moi du a-ha.
  • Quelle musique vous fait tant rire ?
  • Tu me désespères… vivement iOS 27.4.