Économie. Fin de l'euphorie post-Covid, aides supprimées... pourquoi les ventes de vélos neufs sont en chute libre ?
Il ne fait pas bon être vendeur de vélo, ou du moins, il ne fait plus bon. L’époque post-Covid, qui avait vu les Français se ruer en masse dans les magasins spécialisés semble désormais révolue. En 2025, 1,84 million de vélos neufs ont été vendus en France, soit une baisse de 6,2 % par rapport à l’année précédente. En valeur, la chute atteint même 8,4 % à 1,9 milliard d’euros, selon les chiffres de l’Union des entreprises sport & cycle (UESC).
Longtemps considéré comme le moteur de la croissance du secteur, le vélo à assistance électrique (VAE) n’échappe pas au coup de frein. Seulement 507 000 exemplaires ont été vendus en 2025, contre 594 000 en 2024, soit une baisse de 16 %. En 2023, les ventes dépassaient encore les 700 000 unités.
« Marché de renouvellement »
Les VAE représentent 28 % des ventes de vélos en volume, mais 54 % du marché en valeur, en raison de leur prix de vente plus important : environ 2 000 euros en moyenne, contre 638 euros pour un vélo classique. Aussi, un vélo demeurant un investissement important, il est difficile d’imaginer que les Français renouvellent leur vélo chaque année.
D’autres facteurs expliquent ce retournement de situation. « La raison principale semble être que, tout simplement, les gens qui en ont acheté ces dernières années sont désormais équipés », avance Philippe Moati, professeur émérite d’économie à l’université Paris Cité et cofondateur de l’ObSoCo (Observatoire de la société et de la consommation). « On passe progressivement en régime de marché de renouvellement », où les achats de remplacement de produits existants dépassent les achats de premier équipement.
La pratique du vélo est en plein développement, malgré la chute des ventes de cycles neufs. Photo Xavier Francolon/Sipa
Des entreprises et des emplois menacés
Les distributeurs se retrouvent ainsi avec davantage de stocks, tandis que le contexte économique et la hausse des prix pèsent sur les achats. Mais les professionnels pointent également la fin de plusieurs dispositifs d’aide à l’achat. Les aides nationales accordées depuis février 2025 ont disparu, tout comme certains dispositifs destinés aux vélos-cargos professionnels.
Cette baisse des ventes a des conséquences sur l’emploi. Mercredi dernier, l’entreprise néerlandaise Accell, un des leaders européens de vélos, a été placée en cessation de paiements. Sa filiale française, Cycles Lapierre, a aussi demandé son placement en redressement judiciaire, menaçant directement 106 emplois.
Boom de la seconde main
Cette évolution oblige la filière à revoir son modèle économique. La croissance ne repose plus uniquement sur la vente de vélos neufs. Car une fois le vélo acheté, il reste généralement plusieurs années dans le garage. Et contrairement à une voiture ou à un scooter, son entretien coûte relativement peu cher. La réparation profite notamment de cette transformation, son chiffre d’affaires ayant atteint 128 millions d’euros en 2025, en hausse de 15 millions sur un an. Le nombre d’interventions a progressé de 5 % sur un an et de 53 % depuis 2019.
Autre phénomène qui confirme cette mutation : la seconde main. « La seconde main enregistre une hausse de +14 % depuis 2024 chez les reconditionneurs et les revendeurs », note l’UESC. Si le marché du vélo neuf est en difficulté, la pratique du vélo n’a paradoxalement jamais été aussi importante. Après avoir misé sur la vente de vélos par milliers, la filière pourrait désormais devoir apprendre à vivre avec un autre carburant : celui de l’usage.