En BI, le rapport standardisé devient l'exception
Interactif, embarqué, agentique… Dans le champ de l’ABI (analytics & BI), les offreurs ne sont plus rares à privilégier ces modes de consommation aux dépens des rapports formatés.
Google, Salesforce et ThoughtSpot en font partie, d’après Gartner, qui les a désignés « leaders » dans l’édition 2026 du Magic Quadrant dédié à ce marché.
Oracle n’est plus « leader » de l’ABI ; AWS le devient
Moins détaillés que l’an dernier, les critères fonctionnels à respecter impérativement ont peu évolué. Ils s’agissait, dans les grandes lignes, de proposer des briques de :
- Gouvernance (contrôle des accès, certification du contenu, suivi de l’utilisation…)
- Préparation de données (avec glisser-déplacer et création de modèles analytiques)
- Insights agentiques (faire remonter de manière (semi-)automatique des anomalies, des clusters, des prévisions, etc.)
- Anayse en langage naturel
- Modélisation sémantique (édition code ou visuelle de la logique métier)
La gestion de l’analyse embarquée (applications, sites, portails…) était facultative. Comme, entre autres, la fourniture d’un catalogue d’analytics (bibliothèque d’assets).
Le Magic Quadrant se structure en deux axes. L’un, dit « exécution », restranscrit la capacité à répondre à la demande (expérience client, qualité des produits/services…). L’autre, dit « vision », reflète les stratégies (ventes, marketing, innovation…).
La situation sur l’axe « exécution » :
| Rang | Fournisseur | Évolution annuelle |
| 1 | Microsoft | = |
| 2 | AWS | = |
| 3 | Salesforce (Tableau) | = |
| 4 | = | |
| 5 | Qlik | = |
| 6 | Alibaba Cloud | + 1 |
| 7 | ThoughtSpot | + 2 |
| 8 | Domo | – 2 |
| 9 | SAP | + 1 |
| 10 | Oracle | – 2 |
| 11 | Zoho | + 2 |
| 12 | Strategy | – 1 |
| 13 | Sigma | – 1 |
| 14 | Databricks | nouvel entrant |
| 15 | SAS | + 2 |
| 16 | ServiceNow (Pyramid Analytics) | – 2 |
| 17 | GoodData.AI | + 1 |
| 18 | Incorta | + 1 |
| 19 | IBM | – 4 |
| 20 | Tellius | = |
Sur l’axe « vision » :
| Rang | Fournisseur | Évolution annuelle |
| 1 | ServiceNow (Pyramid Analytics) | + 1 |
| 2 | Databricks | nouvel entrant |
| 3 | Oracle | + 1 |
| 4 | Microsoft | – 3 |
| 5 | ThoughtSpot | + 1 |
| 6 | SAP | – 3 |
| 7 | Salesforce | – 2 |
| 8 | – 1 | |
| 9 | Strategy | = |
| 10 | Qlik | – 2 |
| 11 | SAS | – 1 |
| 12 | IBM | – 1 |
| 13 | AWS | + 1 |
| 14 | GoodData.AI | + 2 |
| 15 | Tellius | – 3 |
| 16 | Alibaba Cloud | – 3 |
| 17 | Domo | = |
| 18 | Zoho | – 3 |
| 19 | Sigma | = |
| 20 | Incorta | – 2 |
Cinq des « leaders » de l’an dernier le sont toujours : Google, Salesforce et ThoughtSpot, donc, ainsi que Microsoft et Qlik. Oracle est l’exception : ayant rétrogradé en « exécution », il est passé chez les « visionnaires ». Gartner note, en particulier, le peu de visibilité de son offre Oracle Analytics Cloud. Et son adoption peu fréquente en tant que solution autonome, « détachée » du reste de l’écosystème Oracle.
AWS, salué sur les workflows agentiques...
AWS, au contraire, passe de « challenger » à « leader » avec Amazon Quick. Il se distingue par l'intégration de cette offre au reste de sa pile data & analytics, favorisant les déploiements à grande échelle et la gestion centralisée. Autres bon points : la tarification, jugée transparente, et le niveau de gestion des workflows agentiques, y compris en connexion avec des systèmes externes (Gartner mentionne Jira et ServiceNow en plus des intégrations OpenAPI et MCP).
... mais pas sur l'administration
S'il peut se connecter aux principaux clouders, Amazon Quick propose des flux plus riches avec AWS (sources de données et services). Il a par ailleurs une plus petite communauté d'utilisateurs que les principaux concurrents : attention à la disponibilité de compétences. Gartner pointe également une administration fragmentée : le monitoring, l'audit et la gestion des coûts passe par des services AWS externes à Amazon Quick.
Une gouvernance exhaustive chez Google...
Sur Looker, Gartner apprécie le moteur de raisonnement à base de Gemini 3. Il salue aussi les capacités de création de modèles de données sémantiques avec le langage LookML. Et les possibilités de gouvernance (cadre de certification des assets, audit « exhaustif », contrôle de version natif basé sur Git, agents de monitoring personnalisables...)
... mais une perception « dev-centric » qui demeure
Malgré l'ajout de fonctionnalités en self-service et en langage naturel, Looker demeure perçu avant tout comme un outil pour les développeurs et les data engineers. Il est par ailleurs vendu essentiellement comme composante de la pile analytics de Google Cloud : utilisé avec d'autres clouders, ses arguments différenciants sont moindres. Par ailleurs, comme sus-évoqué, la gestion du reporting standardisé est limitée, au profit de l'interactif et de l'embarqué.
Microsoft Fabric, un avantage...
La part de marché de Power BI favorise l'accès à des compétences, à du support et à des ressources de formation. Son intégration « profonde » avec des applications comme Teams et Excel est un avantage pour qui a standardisé sa productivité sur Office. Autre point distinctif : l'offre Microsoft Fabric, qui unifie data engineering, warehousing et BI en un SaaS, minimisant ainsi l'effort d'intégration.
... autant qu'un inconvénient
Revers de la médaille : difficile de faire sans Microsoft Fabric si on veut tirer le maximum de Power BI. Attention par ailleurs au risque de prolifération d'espaces de travail et de contenu, tant il est simple d'en créer (risque de doublons et de fragmentation des modèles sémantiques). Gartner pointe aussi le système des « capacités Fabric Copiot », destiné à collecter et facturer l'utilisation de Copilot par des groupes spécifiques d'utilisateurs. Il exige un suivi actif pour maîtriser la consommation et maintenir les performances.
Le moteur in-mem, point fort de Qlik...
Qlik a droit à un bon point pour son architecture de type « essaim d'agents ». Et pour ce qu'elle apporte tant en matière d'analyse que de routage des alertes et de déclenchement d'actions. Autre point fort : le moteur d'analyse en mémoire, qui favorise le passage à l'échelle en permettant une exploration libre sans chemins de requête prédéfinis. Gartner y ajoute les options de déploiement (sur site, en cloud ou hybride, en plus d'une « large gamme » d'intégrations de sources de données et de systèmes d'entreprise).
... mais source potentielle de compromis
Contrairement à ses principaux concurrents, Qlik n'a pas de cloud d'infrastructure ou de suite logicielle d'entreprise référente. Il s'appuie beaucoup sur son cache in-memory propriétaire, ce qui suppose de mesurer le compromis pour qui a une stratégie de requête directe. À noter aussi la possibilité d'apporter ses propres LLM... mais l'absence d'outils natifs pour les gouverner.
Une grande communauté pour Tableau...
Les ressources que produit la vaste communauté de Tableau favorisent la prise en main de la solution, dont le déploiement s'avère par ailleurs flexible (version cloud managée, autogestion sur site ou en environnement IaaS, ou modèle hybride). Gartner apprécie aussi les capacités visuelles de préparation de données, avec une carte interactive du pipeline.
... mais la crainte de dépendances à Salesforce-
La tarification et le packaging des capacités entre les niveaux Standard, Enterprise et Tableau+ ne sont pas sans soulever des questions. La dépendance à la pile Salesforce non plus. La tendance chez les acheteurs est à considérer que les fonctionnalités agentiques « avancées » délivrées via Agentforce et Data Cloud peuvent créer un verrouillage. De plus, comme Looker, Tableau se révèle limité sur le reporting standardisé. Il lui favorise les visualisation interactives et l'exploration agentique.
ThoughtSpot se distingue sur le conversationnel...
ThoughtSpot se distingue positivement sur l'aspect conversationnel, avec son agent Spotter comme emblème. Gartner salue plus globalement les capacités d'orchestration de workflows agentiques. Et les possibilités de connexion à des couches sémantiques externes (dbt et Looker via Open SQL, notamment).
... mais moins qu'il fut un temps
Avec l'option de licence à la consommation, la prévision des coûts peut se compliquer à mesure que l'usage croît. ThoughtSpot n'a par ailleurs plus son avantage historique sur le traitement du langage naturel. Et donc, comme Google et Salesforce, il ne se concentre pas sur le reporting standardisé, à tel point que des outils complémentaires peuvent s'avérer nécessaires.
| De la BI à la DI, une évolution surtout terminologique ? |
| Début 2026, Gartner a publié son premier Magic Quadrant de la DI (Decision Intelligence), segment qu'il estime « sur la fin de sa phase d'émergence ».
Le cabinet américain s'est ainsi emparé d'une opposition terminologique qui s'est structurée dans le jargon de l'informatique décisionnelle : le descriptif d'un côté, le prescptif de l'autre. Le premier trouvant une continuité dans le second, avec la promesse de combler l'écart entre les insights et les actions qui en découlent. |
Illustration générée par IA