Reportage France - En Guyane, l'orpaillage illégal dégrade la vie des populations et ravage durablement les forêts
Depuis quelques années, la Guyane subit une nouvelle ruée vers l'or. Dans un monde en crise, le prix du métal jaune, valeur refuge par excellence, ne cesse de grimper. Il a dépassé les 150 dollars le gramme début 2026, contre 20 dollars le gramme dans les années 1980. Aujourd'hui, plus de 600 sites d'orpaillage illégal sont recensés dans le département français recouvert de forêt équatoriale. Un trafic en lien avec le Brésil et le Suriname voisin aux lourdes conséquences pour la sécurité et la santé des populations locales, mais aussi pour l'environnement.
Sous les huées des habitants de Camopi, et en plein jour, une pirogue passe en trombe sur l'Oyapock, le fleuve qui traverse le village et qui marque la frontière avec le Brésil. À son bord : des garimpeiros, des chercheurs d'or illégaux. La scène, filmée par des villageois est devenue courante, selon, maire de Camopi, Laurent Yawalou : « Les chercheurs d'or, ce sont des personnes sans état d'âme. Ils montrent leur armes en passant dans les villages pour montrer qu'ils sont les plus forts. » Et depuis quelques années, des factions brésiliennes ultra-violentes étendent leur influence sur l'orpaillage illégal : « Et il y a le trafic humain, le trafic d'armes, la drogue. Il y a tout. »
La population locale, majoritairement amérindienne, est à bout. Car outre le risque sécuritaire, l'orpaillage a un grave impact sur la santé. Pour extraire l'or du sol et amalgamer les paillettes entre elles, les garimpeiros utilisent en effet du mercure, un métal lourd qui empoisonne l'eau et les poissons consommés par les habitants : « l y a des femmes qui accouchent avec des anomalies du fœtus, des enfants handicapés, etc. Toutes les criques, là où on pêche, sont souillées. Notre zone de chasse, notre zone de vie, la pollution est partout. On n'en peut plus. »
Près de 600 soldats et gendarmes sont déployés sur le terrain pour lutter contre l'orpaillage. Mais l'opération Harpie ne parvient qu'à contenir le phénomène et pas à le faire reculer, analyse Laurent Kelle, responsable du bureau de WWF Guyane : « On voit mal comment un seul territoire dans la région pourrait réussir tout seul à résorber ce phénomène. Ici, il faut impérativement travailler un minimum avec les pays voisins ; 95% de la main d'œuvre des gens impliqués dans leur paillage illégal vient du Brésil. Et pas forcément uniquement du territoire frontalier de l'Amapa ; 50% de cette population vient du Marignan, donc ils font une migration économique de plusieurs milliers de kilomètres avant d'arriver en Guyane. Donc c'est vraiment très organisé. Et 80% de la logistique vient du Suriname. »
« Des impacts qui vont durer des dizaines d'années, voire des siècles »
Et c'est depuis le Suriname aussi que l'or est revendu, explique Mathieu Guyomat, coordinateur de Guyane Nature Environnement : « Via des comptoirs de revente qui vont blanchir l'or via un canal qui passe par ensuite les Émirats arabes unis pour ensuite aller soit vers la Russie, soit vers la Chine. Les circuits sont maintenant bien connus. »
Et la pollution n'est pas le seul impact environnemental des mines, dénonce le militant. Car même l'orpaillage légal, qui n'utilise pas de mercure, défigure la forêt. Il nous emmène le constater sur un site pourtant à l'abandon depuis dix ans. L'ancien cours d'eau qui charriait les pépites a disparu. Le sol de terre rouge est encore à nu par endroits, ou à peine recouvert de broussailles. « On est quand même dans la forêt amazonienne. Le sol est tellement déstructuré que la végétation ne reprend pas. Ce sont des impacts qui vont durer des dizaines d'années, voire des siècles », prévient Mathieu Guyomat.
Et il craint que ça ne soit qu'un début : « On commence à avoir des demandes de permis d'exploration, de recherches sur des métaux dits stratégiques. Il y a le lithium, le coltan, le manganèse, etc. On peut voir ce qui se passe chez nos voisins au Suriname : les énormes mines qui ne sont certes que liées à l'or, mais on voit l'impact que ces mines ont sur l'environnement. Là, on ne parle plus de destruction de rivières, on parle de destruction de centaines d'hectares, de milliers d'hectares, donc des énormes trous qui vont descendre à 100 ou 150 mètres de profondeur et qui vont laisser des cicatrices durables au sein de la forêt. »
Un inventaire des ressources minérales de Guyane est en cours. Il doit livrer ses résultats d'ici 2030, avant l'éventuel démarrage de nouveaux projets miniers.
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