À Milan, Turin et Bologne, la contestation contre la « vie chère » prend de l’ampleur de jour en jour. Lycéens et étudiants sont aussi impliqués.

Par Vincent Gibert avec AFP

De jeunes manifestants affrontant la police sur la Piazza del Duomo à Milan, en Italie, le 18 octobre 2026.

ALESSANDRO BREMEC / NurPhoto via AFP

De jeunes manifestants affrontant la police sur la Piazza del Duomo à Milan, en Italie, le 18 octobre 2026.

EN BREF
• En Italie, des manifestations contre la « vie chère » s’intensifient, avec des affrontements à Milan, Turin et Bologne.
• La contestation concerne le coût de la vie, les salaires stagnants et l’inflation. Les étudiants et lycéens sont particulièrement actifs.
• Comme en France, le côté insurrectionnel éclipse un peu les revendications.

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Il n’y a pas qu’en France que l’on se mobilise contre la « vie chère ». Ce week-end, alors que le pays et notamment Paris connaissaient des scènes d’émeutes d’une rare intensité, des affrontements similaires se déroulaient en Italie, notamment à Milan.

Dans la capitale économique italienne, des jeunes et la police se sont ainsi affrontés pour le deuxième jour consécutif dimanche, pendant lequel des vandales ont aussi saccagé et pillé des magasins dans le quartier central de la cathédrale. Le chef de la police milanaise, Angelo De Simone, a même été photographié blessé, le visage en sang, rapporte le Corriere della Sera.

Au total, la police de la métropole lombarde a arrêté plus de 270 personnes depuis samedi. Des scènes de chaos similaires se sont produites dans d’autres villes du nord de l’Italie, Bologne et Turin. Par ailleurs, un appel à « détruire ensemble » la ville de Côme le 24 octobre prochain circule sur les réseaux sociaux, rapporte La Repubblica.

En Italie, on proteste actuellement plus ou moins pour les mêmes causes qu’en France. Les mouvements de contestation sont liés au coût de la vie, des carburants, du logement et une colère lycéenne gagnait aussi le pays ces derniers jours.

Vendredi dernier, une dizaine de lycées étaient ainsi occupés à Turin, avec des appels à faire « comme en France » (« Facciamo come in Francia »). Les lycéens et étudiants s’élèvent contre le gouvernement de Giorgia Meloni, ou « contre la guerre, le racisme, et l’école-caserne » pour le syndicat étudiant OSA. « Le monde est à nous », clamait même, en français, une pancarte à Turin.

Les professeurs étaient eux en grève nationale en fin de semaine dernière pour demander des hausses de salaires et des recrutements.

L’« insoutenable coût de la vie »

La semaine dernière, des agriculteurs et transporteurs ont bloqué de leur côté plusieurs axes routiers dans les Pouilles, en Calabre et en Sicile pour protester contre la hausse des prix des carburants, ralentissant ou empêchant le transport de carburants, et risquant de compromettre la production de pâtes faute de livraisons de blé.

Samedi, une manifestation nationale sur l’« insoutenable coût de la vie » s’est déroulée à Rome. Un syndicat a lui appelé à une grève générale le 30 octobre.

Dans le pays, les salaires et la productivité stagnent depuis plusieurs décennies. Les salaires réels, corrigés de l’inflation, ont même baissé de 6,6 % entre 1990 et 2026, selon le Bureau parlementaire du budget (UPB). Et après des mois de calme, l’inflation a connu une nette accélération en septembre, à 4,2 % sur un an, notamment à cause des prix des carburants, selon l’Institut national des statistiques (Istat).

Pour l’économiste Veronica De Romanis, professeure à l’université Luiss de Rome, auprès de l’AFP, « un ensemble de facteurs liés à une peur de l’avenir, alimentée par la situation géopolitique et des facteurs économiques » pousse certains Italiens à descendre dans la rue. Les jeunes sont particulièrement frustrés parce qu’en Italie, « les progressions de carrière en termes de salaire ne sont pas liées au mérite, mais à l’ancienneté », ce qui les pousse à « protester en partant à l’étranger ».

Mais comme en France, le côté insurrectionnel éclipse peu à peu les revendications diverses et cristallise une bonne partie de la couverture médiatique. Ce lundi 19 octobre en milieu d’après-midi, les grands journaux italiens, sur leur site internet, mettaient ainsi à la Une les 271 arrestations du week-end à Milan, dont 220 mineurs. On pouvait notamment voir des articles consacrés aux parents de certains de ces parfois très jeunes mineurs, attendant leur enfant à la sortie de commissariats de police après leur garde à vue.

Giorgia Meloni, dont le gouvernement de coalition entre la droite et l’extrême droite doit affronter de nouvelles élections en 2027, a qualifié ce week-end les vandales de « voyous qui exploitent les manifestations pour semer le chaos, attaquer ceux qui garantissent la sécurité et prendre des villes entières en otage ». « Manifester est un droit. Ravager nos villes ne l’est pas », a-t-elle écrit sur X.

Albanie, Espagne, Belgique...

Ailleurs en Europe, on vit aussi des jours automnaux contestataires, pacifiques ou violents. En Albanie, la capitale Tirana est depuis six jours le théâtre de violentes manifestations auxquelles ont participé des milliers de personnes, notamment des jeunes, protestant contre des mauvaises conditions d’étude dans les universités et la corruption, et exigeant la démission du chef du gouvernement.

En Belgique, notamment à Liège, les lycéens se mobilisent depuis début octobre dans plusieurs grandes villes pour protester notamment contre la hausse récente des frais d’inscription à l’université.

En Grèce, des étudiants protestent contre la vie chère et les difficultés d’accès au logement. Certains affichent également des slogans en français, en clin d’œil au mouvement lycéen français, note franceinfo.

L’Espagne est, elle, le théâtre de manifestations pour le logement qui entament leur quatrième semaine consécutive et ont abouti à la convocation d’élections législatives anticipées pour le 29 novembre.

Enfin, des dizaines de tentes étaient toujours installées ce lundi matin dans le centre de Lisbonne et Porto au Portugal, où des manifestants ont décidé de poursuivre leur occupation pour réclamer des mesures afin de freiner les coûts du logement.