Deux victimes, deux mis en cause, des versions qui s’opposent et un dénouement assez surprenant.

Ce 8 juillet, la police municipale de Perpignan est requise pour faire cesser une rixe place Cassanyes. Les agents se retrouvent face à deux hommes ensanglantés et un troisième larron s’enfuit en les voyant. Il est vite rattrapé. Dans sa sacoche, on trouve les papiers d’identité du second agresseur présumé. Un tout jeune majeur. Il est repéré un peu plus loin et maîtrisé à la suite d’une longue poursuite. Il est couvert de traces de sang.

Il faut maintenant éclaircir la situation. L’une des victimes prenait un café, ses chaussures à côté d’elle, quand le jeune les lui a prises. Il a demandé 200 € pour les restituer. Avec son ami, ils se sont levés pour les récupérer mais un second agresseur est arrivé, il les a gazés alors que l’autre s’acharnait sur eux à coups de cutter. De fait, l’un porte une longue balafre sur la joue, l’autre à le torse lardé d’estafilades. Les deux agresseurs présumés sont renvoyés devant le tribunal. Plaignants et prévenus sont aidés par des interprètes en langue arabe. Le plus âgé nie tout : "Il était déjà blessé quand je suis arrivé, je voulais les séparer".

"Mais sur la vidéo de surveillance on voit que vous avez à la main ce qui ressemble à une bombe lacrymogène", s’étonne le président.

"Non, une bouteille de limonade".

Quant au jeune garçon, il prétend que les deux hommes l’ont violé, ou ont voulu le faire, ou ont menacé de le faire et qu’ils lui ont volé 1 000 €. "J’ai bu et je voulais me suicider. J’ai trouvé le cutter par terre, j’étais ivre."

"C’est lui qui m’a volé 180 € pendant la bagarre, affirme une victime, et la mère du plus âgé m’a proposé 3 000 € pour que je pardonne".

Me Diallo défend celui qui aurait gazé les victimes : "On vous a volé vos chaussures mais sur la vidéo, on voit que vous les avez aux pieds !"

"J’allais travailler au marché, je portais déjà mes chaussures de travail, dans mon sac se trouvaient mes chaussures de ville".

Imparable…

Pour le procureur, même si la vidéo est imprécise, elle corrobore les dires des plaignants. "Et nous avons bien des violences avec armes en réunion". Il requiert 18 mois contre l’aîné et 2 ans contre le cadet. Lequel est défendu par Me Muffat-Jolly qui regrette qu’aucun témoin n’ait été recherché, qu’aucune investigation sur le viol n’ait été menée, que les armes et les chaussures n’ont pas été retrouvées.

"Oui des zones d’ombre, reprend Me Diallo, des contradictions chez les plaignants. Des procès-verbaux qui ne parlent jamais de bombe lacrymo mais d’objet. Il n’y a pas une preuve contre mon client".

Il est de fait relaxé par le tribunal. Son comparse en revanche, prend 18 mois avec maintien en détention et une interdiction définitive du territoire.