l'essentiel Absence de réponse aux revendications sociales, gestion des violences, distance avec les Français… La prise de parole d'Emmanuel Macron, dimanche 18 octobre au lendemain de la mobilisation qui a dégénéré dans de très nombreuses villes de France, a suscité de vives critiques. Pour la politologue Virginie Martin, cette allocution risque d'accentuer la colère sociale plutôt que de l'apaiser.

Au lendemain d'une journée de mobilisation nationale marquée par des violences et des pillages, Emmanuel Macron a pris la parole, dimanche 18 octobre à 20 heures, sans répondre directement aux revendications des manifestants. Une intervention jugée déconnectée de la colère sociale par Virginie Martin, politologue à Kedge Business School et rattachée à l'Institut Spirales, qui dénonce une stratégie d'évitement du chef de l'État et s'inquiète des conséquences politiques de cette prise de distance.

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Emmanuel Macron a pris la parole au lendemain d'une journée de mobilisation nationale, sans pour autant répondre aux revendications des manifestants. Comment expliquer cette absence de réponse ?

Virginie Martin : C'est un président qui n'a pas été à la hauteur de l'événement, ni des revendications sociales, ni des violences urbaines inouïes que nous avons connues en France et qui risquent de se poursuivre. Même la durée de cette allocution (NDLR : environ 8 mn) donnait l'impression qu'on se débarrassait rapidement d'un problème pour passer à un autre, avant de prendre un avion pour aller négocier des barils de pétrole. C'était une prise de parole très étrange, sans véritable empathie, comme s'il découvrait la situation. Mais Emmanuel Macron est coutumier du fait. Dès 2018, avec les Gilets jaunes, il a très mal géré la crise en laissant pourrir et attendre pendant des semaines. Il a toujours eu cette posture d'enjambement : enjamber les résultats électoraux quand ils ne lui conviennent pas, enjamber les crises...

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Virginie Martin, politologue à Kedge Business School et rattachée à l'Institut Spirales.
Virginie Martin, politologue à Kedge Business School et rattachée à l'Institut Spirales.

Mais ça trahit surtout une méconnaissance de la réalité. Aujourd’hui, tout le monde sur les réseaux savait qu’il y avait un appel à la "Warzone" en France : le pouvoir semblait le découvrir après tout le monde. Regardez aujourd'hui la réaction de ses plus fervents soutiens ou inspirateurs des débuts, comme Jacques Attali ou Alain Minc : ils sont eux-mêmes sidérés par la façon dont est gouverné un pays aussi complexe et éminemment politique que la France.

Quel était l'objectif de cette prise de parole s'il n'y avait aucune annonce particulière ?

C'était un simple exercice obligé. Le président a fait le strict minimum en venant pointer, comme un salarié qui valide sa présence avant de repartir. Son allocution a été catastrophique et renvoie un message de mépris. C'est sa ligne de conduite depuis le début. Ce président nous aura amenés au bord du gouffre financier et politique. Je le disais déjà en 2017 alors que nous étions très peu à le souligner : nous en voyons aujourd'hui le bilan après dix ans.

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S'attend-il à ce que la contestation s'éteigne d'elle-même ?

Il semble plutôt dans une indifférence totale, convaincu que cela va se calmer. Il distribue les rôles dans ce théâtre politique : le Premier ministre gère la crise, le ministre de l'Intérieur applique les consignes, les préfets s'arrangent avec les maires, tandis qu'il se consacre aux dossiers internationaux.

En restant à distance des préoccupations des Français, Emmanuel Macron ne risque-t-il finalement d'attiser davantage la colère plutôt que de l'apaiser ?

Bien sûr, cela ne satisfait personne et ne fait qu'alimenter l'exaspération. Lorsque vous faites une allocution dans un climat social tendu, vous cherchez en principe à vous adresser à une partie de la population ou à l'échiquier politique. Si vous décrétez l'état d'urgence, la droite approuve ; si vous reconnaissez la légitimité de la contestation, la gauche peut s'y retrouver. Mais ici, en adoptant cette posture de surplomb, il se met tout le monde à dos. De la gauche à l'extrême droite, l'ensemble du paysage politique est demeuré sidéré.

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Les symboles comptent énormément en politique. Passer plus de temps la veille d'une journée de mobilisation nationale dans une loge au concert de Céline Dion qu'à s'adresser directement aux Français envoie un signal catastrophique. Cette image choque profondément. Aujourd'hui, le socle de soutien s'est totalement effrité, y compris au sein de la majorité où des figures comme Prisca Thevenot ou Gabriel Attal prennent leurs distances.