Faut-il laisser les animaux sauvages tranquilles dans les forêts ravagées par les flammes ? La question prend de l’ampleur alors que les incendies touchent durement plusieurs territoires de l’Hexagone cet été. Une pétition lancée sur Change.org par Bruno Valentin, gérant d’un refuge pour animaux dans le Cantal, a franchi ce jeudi le seuil des 300 000 signatures. Le texte interpelle directement le Premier ministre Sébastien Lecornu et réclame un « moratoire d’au moins trois ans sur la chasse dans les massifs forestiers touchés par les incendies ». Toutes les formes de chasse seraient concernées : chasse à tir, chasse à courre et vénerie sous terre. « J’ai envoyé un courrier aux deux personnes pour qui a été faite la pétition : le président de la République et le Premier ministre. Je ne me fais pas trop d’illusions sur le moratoire parce qu’ils s’en moquent. Mais j’aimerais, au moins, avoir une réponse », espère Bruno Valentin.

Pour les signataires, les animaux ayant survécu aux flammes doivent pouvoir disposer de zones refuges où ils ne seraient pas traqués. La pétition réclame ainsi la création d’un périmètre de protection autour des espaces brûlés, le temps que la végétation se reconstitue et que les cycles de reproduction puissent reprendre. « Il est inadmissible que l’on autorise la traque là où la nature tente de renaître », dénonce Bruno Valentin. « Comment peut-on accepter que des équipages de chasse à courre lancent leurs meutes sur des animaux déjà traumatisés ? Comment justifier que l’on tire sur des êtres vivants qui n’ont plus aucun buisson où se cacher ? » La question est d’autant plus sensible que les conséquences des incendies sur la faune pourraient être considérables. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, estimait lundi que l’impact des feux serait « catastrophique d’ici la fin de l’été » pour la faune sauvage.

Les animaux sont parmi les premières victimes des incendies. Photo Sipa/Antonin Louis

Les animaux sont parmi les premières victimes des incendies. Photo Sipa/Antonin Louis

Une seconde initiative a été déposée lundi sur le site de l’Assemblée nationale. Elle demande, elle aussi, une restriction de la chasse, mais de manière moins contraignante. Le texte réclame une « suspension temporaire de la chasse pendant l’été, notamment lors des périodes de très fort risque d’incendie ». Il ne s’agit donc pas d’interdire systématiquement la chasse dans les zones brûlées, mais d’adapter temporairement la pratique aux conditions météorologiques et au risque de départ de feu.

Les chasseurs contre un moratoire national

Face à ces demandes, les représentants des chasseurs s’opposent fermement à l’instauration d’un moratoire national. « Au milieu de cette détresse humaine sans précédent, des mouvements politiques et des associations profitent de l’occasion pour se livrer à des surenchères idéologiques concernant la faune dans les zones brûlées », lance Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). « Ils n’ont qu’une seule chose en tête, profiter d’une situation de crise pour arriver à leurs fins : arrêter la chasse. »

Le président de la FNC argue que la pratique de la chasse sur les territoires sinistrés se discutera au cas par cas avec les préfets, selon « le bon sens rural », afin que « la chasse ne puisse en aucun cas être un facteur aggravant sur des espèces qui peuvent avoir beaucoup souffert », explique Willy Schraen, soulignant que tous les animaux ne sont pas nécessairement victimes des incendies. Les sangliers et les cervidés, notamment, peuvent fuir les zones touchées et se réfugier dans des secteurs voisins, entraînant des situations de surpopulation.

« Les chasseurs seront toujours au rendez-vous pour protéger la biodiversité », poursuit-il, indiquant que le prélèvement d’espèces ondulées participe de l’équilibre sylvo-cynégétique, entre la faune sauvage et la pérennité des activités agricoles et sylvicoles. « Sincèrement, c’est ridicule de dire que les ongulés vont manger les petites pousses », rétorque Bruno Valentin. « Ils vont devoir trouver un autre refuge. D’autre part, la nature va s’autoréguler. Si on laissait faire la faune et la flore pendant trois ans, je pense que les choses repartiraient naturellement. » Entre moratoire national et gestion locale, le débat devrait se poursuivre alors que les autorités commencent à peine à mesurer l’ampleur des dégâts causés par les incendies.