Laurent Garrigues

L.G. avec AFP

Publié le 19/08/2026 à 01h42 • Mis à jour le 19/08/2026 à 01h42

L'essentiel

  • Meta est jugé, depuis mardi, à Oakland en Californie pour avoir potentiellement minimisé les risques d’Instagram et Facebook pour les adolescents et collecté illégalement des données d’enfants de moins de 13 ans.
  • Plusieurs Etats américains réclament près de 193 milliards de dollars et accusent le groupe d’avoir conçu certaines fonctionnalités pour prolonger l’usage de ses plateformes.
  • Le verdict consultatif des jurés est attendu fin septembre ou début octobre tandis que la décision finale reviendra à la juge Yvonne Gonzalez Rogers.

C’est le procès que tout le monde attend aux Etats-Unis. Meta a commencé, ce mardi, à défendre devant un tribunal fédéral d’Oakland la manière dont Instagram et Facebook ont été conçus et présentés aux jeunes utilisateurs. Plusieurs Etats accusent le groupe d’avoir minimisé les risques de ses plateformes pour les adolescents, favorisé des mécanismes destinés à prolonger leur utilisation et collecté des données d’enfants de moins de 13 ans sans consentement parental. Ces Etats réclament, selon un chiffrage provisoire, près de 193 milliards de dollars. Pour CBS News, ce procès est une étape majeure dans les procédures américaines sur les effets des réseaux sociaux sur les mineurs.

« Meta, l’une des plus grandes et des plus puissantes entreprises au monde, a mené une campagne pour tromper, pour induire en erreur ses utilisateurs, les législateurs, les enseignants et les parents », a déclaré Megan O’Neill, procureure générale adjointe de Californie. Les quatre Etats sont les chefs de file d’un ensemble de 29 procureurs généraux qui poursuivent Meta depuis 2023. L’affaire s’inscrit dans un contentieux plus large visant aussi TikTok, Snapchat et YouTube.

La défense nie en bloc toutes les accusations

La défense rejette toute volonté de dissimulation. « Il n’y a pas de contestation possible sur le fait que Meta a à la fois reconnu que certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur usage des réseaux sociaux, et cherché à concevoir des outils pour les aider », a plaidé Paul Schmidt. L’accusation juge ces dispositifs insuffisants, qualifiant certaines fonctions de « barrières en papier de soie » : seulement 0,2 % des adolescents auraient utilisé l’option « faire une pause ». Fox Business rappelle que Meta avait tenté, sans succès, de faire rejeter l’affaire avant le procès.

Les procureurs s’appuient aussi sur des documents internes dans lesquels des salariés écrivaient que certaines fonctionnalités « exploitent les faiblesses de la psychologie humaine ». Paul Schmidt en donne une lecture inverse. « Ce document a été écrit par des gens dont la mission est de s’assurer que Facebook ne cause aucun préjudice », a-t-il répondu, évoquant des équipes qui « identifient les problèmes et travaillent à les résoudre. »

Verdict attendu fin septembre, début octobre

Autre point central : les filtres imitant la chirurgie esthétique. Selon l’accusation, Meta les avait suspendus en 2019 avant de les rétablir malgré des avis d’experts défavorables. La défense affirme au contraire que l’entreprise a pris dix mois pour évaluer les risques et a finalement privilégié la liberté d’expression, faute de données jugées suffisamment solides sur leur dangerosité. L’issue de cette procédure pourrait peser sur la manière dont Facebook et Instagram fonctionnent aux Etats-Unis, écrit l’agence Reuters.

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Les huit jurés rendront un verdict consultatif à la fin septembre ou au début octobre, mais la décision finale reviendra à la juge Yvonne Gonzalez Rogers. Arturo Bejar, ancien ingénieur de Meta devenu une figure du combat des familles, a été le premier témoin entendu. Il a décrit la culture de l’entreprise autour du slogan « Bouge vite et fais bouger les lignes ». « Il fallait mettre les produits entre les mains des utilisateurs le plus vite possible ; par conséquent, les considérations de sécurité passaient après », a-t-il dit. Mark Zuckerberg doit également témoigner au cours du procès.