Explosion meurtrière de Saint-Laurent : Qui a déclenché l’incendie ? Quels sont les commanditaires ? Y a-t-il des complices ? Les questions que devra éclaircir le procès
La cour d’assises des Pyrénées-Orientales, qui devra du 1er au 15 octobre 2026 déterminer les responsabilités dans l’explosion tragique de Saint-Laurent-de-la-Salanque en février 2022, devra aussi répondre aux nombreuses interrogations qui restent en suspens. Des zones de flou sur lesquelles les avocats des trois accusés devraient sans nul doute batailler ferme. Jusqu’à laisser planer l’ombre d’un autre coupable qui, lui, n’aurait pas été identifié…
Le procès sur l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque qui, en février 2022, a ôté la vie à huit victimes dont deux enfants en bas âge, devra encore éclaircir de multiples interrogations quatre ans et demi après le drame. Des doutes que ne manquera pas de soulever la défense des trois accusés qui continuent de se rejeter la responsabilité du drame. Et qui encourent tous les trois la réclusion criminelle à perpétuité.
"C’est le procès type qui pourrait bien basculer"
"L’incendiaire" présumé, Madjid Mekhelfi, un jeune homme sans papiers, a-t-il volontairement mis le feu l’épicerie ou a-t-il, comme il le prétend maintenant, été surpris par l’explosion du local saturé d’essence en appuyant sur un interrupteur ? Se trouvait-t-il sous contrainte morale ou a-t-il agi seul ? Si oui, pourquoi ? "Nous rappelons qu’il a mis sa vie en danger, qu’il a été grièvement blessé et qu’il n’avait pas de motif pour se venger de gens qui l’aidaient", défendent ses avocats Mes Gérald Brivet-Galaup et Héloise Dulieu. "Ce qu’il faut se demander c’est quels sont les actes préalables à l’incendie, qui a participé à quoi, qui a apporté les bouteilles d’essence sur place et qui est l’origine de l’explosion ? C’est le procès type qui pourrait bien basculer pendant l’audience car tout le monde n’a pas dit la vérité…"
Dans le box également, le gérant de l’épicerie "La Salanque", Khaled Ben Abdeljelil et son frère Raouf Ben Abdeljallil, employé du même commerce, "commanditaires" supposés, ont-ils imposé à leur co-accusé d’exécuter ce projet criminel ? Quel rôle a véritablement joué chacun des frères ? Le mobile était-il de percevoir les indemnités de l’assurance liées à la destruction de l’établissement, afin de racheter le bar du "Commerce" ?
Enfin dans cette affaire dramatique peut-il y avoir d’autre(s) complice(s) voire même d’autre(s) commanditaire(s) ? C’est sur cette dernière question que pourrait bien s’appuyer la stratégie de la défense de l’épicier. Ses avocats Mes Paul Gallix et Elise Arfi, qui envisagent de plaider l’acquittement de Khaled Ben Abdeljelil, conformément au mandat qu’il leur a donné, soutiendront la position de leur client depuis le début de l’instruction. À savoir, "qu’il n’y est pour rien dans cet incendie et qu’il conteste fermement les accusations de Madjid Mekhelfi à son encontre".
"C’est presque trop caricatural pour être vrai"
"Il n’y a pas de preuves matérielles directes s’agissant de consignes ou d’une bouteille d’essence qui aurait été donnée par notre client à Madjid Mekhelfi. Et les accusations reposent presque uniquement sur la base des déclarations de Madjid Mekhelfi. Qui, au bout de plusieurs auditions sur son lit d’hôpital, a fini par dénoncer notre client et son frère et qui est revenu plusieurs fois sur ses déclarations", précise Me Paul Gallix. "Ce sera une audience très difficile bien sûr parce qu’il y a des personnes qui ont perdu la vie et qu’il y a des proches qui sont logiquement dans la souffrance mais on ne peut pas faire l’économie d’un examen minutieux de chaque élément quand les enjeux sont si lourds. On va voir comment réagissent les jurés et si toutes les portes ont été correctement fermées au cours des investigations."
Le ton est donné. "Pour nous, des pistes n’ont pas été exploitées assez en profondeur par les enquêteurs", instille l’avocat. " L’enjeu dans ce procès, c’est d’essayer de montrer qu’il y a peut-être une autre version, une autre histoire que celle du coupable idéal qui a changé son assurance trois jours avant et qui met le feu à son épicerie pour toucher l’assurance. C’est presque trop caricatural pour être vrai. Il existe à mon sens d’autres possibilités."
Pour ce, les conseils de l’épicier, tout comme l’avocat du frère Me Luc Abratkiewicz, auraient fait récemment citer plusieurs témoins. "Je ne vous en dis pas plus, on aura des choses à dire, mais je les garde pour la cour", glisse Me Paul Gallix, entretenant le suspense. De là à s’attendre à des surprises ? "Peut-être…." lâche-t-il.