Thélyson Orélien pointe une volonté de le « faire taire »
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Les Éditions du Boréal ont annoncé jeudi leur décision de suspendre les activités promotionnelles entourant le livre C’était ça ou mourir « pour assurer le bien-être » de son auteur Thélyson Orélien, accusé d'avoir écrit le roman avec l’aide de l’intelligence artificielle.
Ces derniers jours, nous avons collaboré avec Thélyson Orélien afin de l’aider à constituer un dossier détaillant le travail qui a précédé l’intervention du Boréal. Nous aurions souhaité pouvoir apporter une réponse définitive, écrit l’éditeur de l'auteur canado-haïtien dans un communiqué, ajoutant que le livre demeure disponible.
Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face. Dans ces circonstances, il est primordial de ne pas tirer de conclusions hâtives [...] En l’absence de preuves sérieuses et tangibles, il ne nous appartient pas de décider s’il a le droit d’exister.
Les Éditions du Boréal ont également évoqué les allégations de plagiat visant d’autres textes signés par Thélyson Orélien, notamment dans La Presse et sur le site de Radio-Canada, en rappelant que le plagiat est une pratique inacceptable.
Ces allégations touchent des valeurs qui nous tiennent à cœur : le respect du droit d’auteur et, par le fait même, l’intégrité qui doit guider le processus éditorial, peut-on lire dans le communiqué.
L'éditeur québécois de Thélyson Orélien ajoute que le débat sur l’utilisation de l’IA en création littéraire est vaste, complexe et nuancé, et qu'il ne se réglera pas en quelques jours ni en quelques semaines.
Au-delà du livre et du débat qu’il suscite, il y a un être humain. Nous condamnons sans réserve les messages haineux et les attaques personnelles des derniers jours, et appelons chacun à faire preuve de retenue.
Thélyson Orélien dénonce une volonté de le « faire taire »
Thélyson Orélien a dénoncé jeudi auprès de l'Agence France-Presse (AFP) une volonté de le « faire taire », après trois jours d'une tempête médiatique.
Auteur de l'une des meilleures ventes de la rentrée littéraire, le romancier de 38 ans, qui a remporté lundi le prix du roman Fnac et figure dans les sélections de plusieurs autres récompenses comme le Goncourt, a assuré dans une courte déclaration à l'AFP se porter bien malgré la pression, avant de prendre la parole au festival de littérature de la ville de Manosque, situé dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Par rapport à tout ce qui se passe dans l'actualité, je suis prêt à m'exprimer quand tout sera calme, a-t-il expliqué.
Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement d'attaquer le livre, mais surtout ma voix [...], de me faire taire.
Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme, a-t-il conclu, sans indiquer s'il entendait prochainement retourner au Canada, où il habite.
Il a pris la parole jeudi après-midi devant environ 500 personnes, qui l'ont applaudi à plusieurs reprises.
Il n'a pas évoqué la polémique et n'a pas été interrogé par l'animatrice, qui a déclaré en préambule : On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle.
Jusqu'à présent, Thélyson Orélien n'a pas donné de réponse détaillée aux accusations le visant. Auprès de Libération, il les avait rejetées mardi et indiqué être en train de constituer un dossier avec ses éditeurs pour prouver qu'il a écrit l'ouvrage de sa main.
Un roman analysé par le logiciel de détection Pangram
L'auteur a été mis en cause lundi sur le réseau social X par le compte anonyme Balance ton Claude, jusqu'alors confidentiel. Celui-ci a affirmé que le livre avait été presque intégralement écrit par une intelligence artificielle, après en avoir fait analyser des extraits par le logiciel américain Pangram.

« C’était ça ou mourir » est le roman de Thélyson Orélien publié par les Éditions du Boréal.
Photo : Radio-Canada / Simon LaSalle
Un débat s'est depuis engagé sur la fiabilité de ces outils de détection de l'IA, qui se sont fortement améliorés ces dernières années.
Pour des textes littéraires, Pangram a un taux de faux positifs beaucoup plus bas, très proche de 0 %, contrairement à d’autres textes, comme des recettes, des blogues ou des articles de nouvelles ou encore des articles scientifiques, a expliqué la professeure Marzena Karpinska, de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, en entrevue avec l’équipe des Décrypteurs.
Nous ne pouvons pas dire avec 100 % de certitude que c’est de l’IA. Nous pouvons dire qu’il y a une très forte probabilité que ce texte ait été produit avec une importante assistance de l’IA, a-t-elle ajouté au sujet de C'était ça ou mourir.
Même si Pangram fait partie des détecteurs considérés comme les plus avancés, il ne devrait jamais être l'arbitre final, mais plutôt un point de départ pour une enquête plus approfondie, avait souligné le PDG et cofondateur de cet outil, Max Spero, auprès du média américain The Atlantic dans un article paru en mai 2026.
Tromperie
À ces accusations se sont ajoutées mercredi des allégations de plagiat pour des textes publiés, notamment par La Presse, il y a plus de dix ans.
À une époque où le public est inondé de faux, notre rigueur quotidienne dans la vérification de l'information est notre plus grande responsabilité. Cette tromperie est décevante et inexcusable, a déclaré l'éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, cité dans le journal.
Dans le magasin Fnac proche de la gare Saint-Lazare à Paris, C'était ça ou mourir était toujours jeudi à l'honneur dans les rayons et les vendeurs n'ont pas observé de changement du comportement des clients.
Ce livre a été plébiscité par un jury de 800 lecteurs et par un large public depuis son lancement, a fait remarquer un porte-parole de l'enseigne.
Du côté du monde littéraire, plusieurs auteurs ont pris sa défense en France. Virginie Despentes a ainsi loué mercredi dans l'émission de la chaîne France 5 C ce soir un roman qu'elle a beaucoup aimé et jugé que son auteur n'avait pas à se justifier face à Pangram.
Avec les informations de Agence France-Presse