Fact-checking : Y a-t-il eu deux blessés par arme blanche lors de l’embuscade des militants d’extrême droite, ce samedi, à Nice ?
« Ils ont planté deux personnes. Ils ont des couteaux », s’étrangle un jeune homme, le visage baigné de lumières bleues : un camion de pompier vient d’arriver sur la rue de l’Hôtel-des-Postes, à Nice ce samedi 24 octobre 2026, en début de soirée. Le manifestant, pourtant, n’a pas assisté à ce poignardage. Il a bien vu déferler sur le cortège contre la vie chère une cinquantaine de nervis d’extrême droite, ultraviolents. Mais pas de lames aperçues. Malgré tout, le bruit enfle, tétanise les manifestants dans les rues adjacentes. Et bientôt, se propage sur les réseaux sociaux.
Sur X, Olivier Salerno, le coréférent de La France Insoumise dans les Alpes-Maritimes, relaye que ces militants étaient « armés de barres de fer, de pavés et de couteaux ». « Des infos transmises par des gens qui étaient sur place », explique-t-il, a posteriori, par téléphone. Ces personnes ont-elles vu ces attaques ? Il ne peut l’affirmer avec certitude.
Trois blessés légers enregistrés par les policiers
Un lourd bilan que Nice-Matin a cherché à vérifier en sollicitant la préfecture. Réponse : « Les pompiers n’ont enregistré que trois blessés légers. Ils n’ont pas été transportés à l’hôpital. » Peut-être les potentielles victimes se sont rendues aux urgences par leurs propres moyens ? Contacté, le CHU de Pasteur ne peut confirmer ou infirmer : ce type d’informations est confidentiel.
Sur place, la police nationale assure n’avoir retrouvé « ni arme blanche », ni grandes « taches de sang » consécutives à un poignardage.
Des street-médic - ces citoyens engagés qui prodiguent les premiers soins aux manifestants blessés- ont été vus autour d’une des deux victimes présumées des coups de couteau. Contactée, l’une des membres d’un collectif de street-médic présent dans le quartier, répond qu’elle n’a « aucune confirmation. Nos medics ne sont pas intervenus sur ces blessés ».
Dylan Meiffret / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
Gants coqués, gazeuses, matraques, panneau détourné en barre de fer
Si l’existence de ces blessés par armes blanches ne peut être affirmée, la violence préméditée des assaillants d’extrême droite est sans conteste. Sur place, plusieurs journalistes de Nice-Matin ont observé des militants équipés pour en découdre.
"L’un d’eux a même asséné des coups avec un panneau de signalisation arraché"
Avec ou sans brassards blancs - signe de reconnaissance tactique - mais faisant corps, certains portaient des gants coqués ou tenaient une ceinture à la main. L’un d’eux a même asséné des coups avec un panneau de signalisation arraché. Peut-être ce qui a été rapporté comme étant une barre de fer.
Dans un communiqué publié dimanche soir, le procureur de la République, Damien Martinelli, a indiqué que « parmi les personnes en garde à vue pour des faits de participation à un groupement en vue de la commission de faits de violences figurent onze individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite. Interpellés dans deux véhicules, certains étaient en possession de masques, gants, gazeuses et matraques ».
« Tout le monde pouvait être attaqué »
À coups de poing, à coups de pied, à cinq, sept, dix contre un, les militants d’extrême droite ont tabassé indistinctement. « Ça n’est pas une bagarre entre antifas et fascistes » - contrairement à ce qu’a laissé entendre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez (1).
« Ils prétendaient défendre les commerces contre les casseurs, mais tout le monde pouvait être attaqué. Ils ont même frappé des jeunes filles », s’indigne Rémy(2), 25 ans. Des scènes auxquelles plusieurs journalistes de Nice-Matin ont pu assister.
"« Le risque, c’est qu’il y ait un match retour la semaine pro. Et qu’en face, cette fois-ci, on ne vienne pas les mains vides. »"
Pour s’être rapproché d’un homme que se faisait frapper au sol - « comment ne pas réagir face à ça ? » - un jeune manifestant - qui n’avait aucun signe d’appartenance à un groupe politique - s’est pris un coup poing en plein visage. « J’ai le nez cassé, je suis encore sonné… » S’il retourne manifester la semaine prochaine ? Sa réponse n’est pas tranchée.
« C’est ce que cherchent les fafs. Ils provoquent pour se taper et sèment la terreur », peste un manifestant, sympathisant antifa. « Le risque, c’est qu’il y ait un match retour la semaine prochaine. Et qu’en face, cette fois-ci, on ne vienne pas les mains vides. » L’escalade de l’horreur.
(1) Le ministre de l’Intérieur a déclaré, sur CNews, samedi 24 octobre 2026 : « On a observé dans au moins deux villes, à Nice et à Montpellier, des militants de l’ultradroite qui cherchaient à s’affronter avec des militants de l’ultragauche. »
(2) Prénom d’emprunt.