Faute d'avoir l'arme nucléaire, la Pologne aura bientôt plus de chars que le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie réunis pour que la Russie n'ose pas l'attaquer

Publié aujourd'hui à 07h59

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Un char M1 Abrams de fabrication américaine appartenant à l'armée polonaise circule lors d'une démonstration d'entraînement sur le terrain militaire de Nowa Dęba, en Pologne, le 7 septembre 2026.

Un char M1 Abrams de fabrication américaine appartenant à l'armée polonaise circule lors d'une démonstration d'entraînement sur le terrain militaire de Nowa Dęba, en Pologne, le 7 septembre 2026. - WOJTEK RADWANSKI

Avec des volumes inédits depuis la fin de la Guerre froide, la Pologne multiplie les signatures de contrats pour des chars ces dernières années, avec pour objectif d'en avoir un tel nombre que cela dissuaderait la Russie de lancer une invasion.

À défaut de posséder la dissuasion nucléaire, la Pologne se protège d'une potentielle invasion russe en achetant ces dernières années des chars à tour de bras. Le pays, et ses 4,8% de PIB consacrés à sa défense en 2025, a pour objectif est de devenir la première armée de terre d'Europe et les chiffres ont de quoi donner le tournis. D'un parc d'un peu moins de 800 chars en 2024, celui-ci doit atteindre les 1.600 unités à l'horizon 2032, soit le double. À titre de comparaison, la France détient 225 chars Leclerc, et en Grande-Bretagne, un peu moins de 300 Challenger 2 sont en service.

Dès 2030, le nombre de chars de la Pologne devrait atteindre 1.100 et dépasser celui de plusieurs grandes nations européennes réunies. L'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et la France disposent en effet d'un total de 950 chars à elles quatre. Seules la Grèce et la Turquie sont dotées aujourd'hui d'un nombre de chars plus importants.

"On est sur des volumes inédits depuis la fin de la Guerre froide", observe Amélie Zima, responsable du programme sécurité européenne et transatlantique à l'IFRI (Institut français des relations internationales).

L'armée polonaise détient des chars allemands Leopard, des Abrams américains et des K2 sud-coréens. Pour certains modèles d'Abrams, "des entreprises polonaises sont coassociées sur la construction de certaines composantes", poursuit Amélie Zima. Car, au-delà des nombreux achats, Varsovie veut y associer ses entreprises.

"Le principe de la Pologne est de faire monter en gamme son industrie en acquérant la technologie de ses partenaires. La Pologne est encore un pays très industrialisé, ça occupe une place importante dans son économie. La sécurité ne dépend pas que de ses alliés mais aussi de son potentiel national", analyse la chercheuse.

Une modernisation de ses chars

La dynamique polonaise remonte à avant même la guerre en Ukraine. En juillet 2021, la Pologne achète 250 chars M1 Abrams. Quelques semaines après le début de l'agression russe, la loi sur la défense de la Nation est votée de manière transpartisane. L'alternance politique n'a donc pas remis en cause cette orientation structurante.

"C'est pour cela que l'arrivée au pouvoir de Donald Tusk en 2023 a laissé la Pologne sur la même lancée de son réarmement", explique-t-elle.

Depuis ce vote, les contrats s'enchaînent. À l’été 2022, le pays signe un contrat-cadre avec la Corée du Sud sur l'achat de 1.000 chars K2 Black Panther, un modèle national en service dans l'armée sud-coréenne depuis 2014. "Il s’agit bien d’un contrat-cadre, pouvant être, ou non, activé tranche après tranche en fonction des besoins polonais, et non d’une commande ferme et immédiate d’un millier de chars", précise une étude de l'IFRI.

Un char de combat K2 Black Panther de l'armée polonaise au centre d'entraînement des forces terrestres d'Orzysz, près du corridor de Suwałki en Pologne, le mercredi 17 juin 2026.
Un char de combat K2 Black Panther de l'armée polonaise au centre d'entraînement des forces terrestres d'Orzysz, près du corridor de Suwałki en Pologne, le mercredi 17 juin 2026. © ANDRZEJ IWANCZUK / NURPHOTO

Ces nombreux achats permettent aussi de combler les très nombreuses donations faites à l'Ukraine dès le début de la guerre. Ce sont des modèles d'origine soviétique, pour la plupart modernisés, qui ont été envoyés à Kiev, dans des volumes importants. Aucun pays n'a donné autant de chars à l'Ukraine que la Pologne. Résultat, en 2032, aucun char soviétique, comme le T-72 ou le PT-91, ne sera encore en service en Pologne alors qu'ils étaient majoritaires il y a quelques années. Varsovie aura réussi à moderniser son parc de chars et à lui donner de la masse tout en étant le premier soutien de Kiev dans ce domaine.

La Corée du Sud, partenaire de choix

La rapidité de ce réarmement s'explique par le choix polonais de se tourner vers la Corée du Sud et les États-Unis. Aucun constructeur européen "ne peut s'aligner sur les volumes demandés par la Pologne" dans les mêmes délais que les deux. La collaboration avec Séoul et Washington ne s'arrête pas qu'aux chars et s'étend aux systèmes d'artillerie, aux missiles guidés avec la Corée du Sud et aux avions de chasse et hélicoptères avec les États-Unis.

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"La Pologne veut faire en sorte qu'avec une telle masse, la Russie ne l'envahisse pas. Cela passe par des chars, mais aussi des avions de chasse ou des hélicoptères de combat. On est sur de la dissuasion conventionnel, note Amélie Zima. L'Allemagne a le même objectif, mais ils n'avancent pas aussi vite, car ils ont plus de trous à combler."

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