Faye Dunaway, la naissance d'une rebelle
Faye Dunaway, en 1967, avant le tournage de « Bonnie and Clyde ».
© Bettmann/Getty Images / N/C
Yannick Vely 07/09/2026 à 07:26, Mis à jour le 07/09/2026 à 07:27
LES PREMIERS PAS DES REINES DE HOLLYWOOD - Chaque été, Paris Match vous raconte l’enfance de l’art des dernières légendes du cinéma américain. Après Robert Redford, Jack Nicholson, Al Pacino et Clint Eastwood, l’an passé, place aux grandes stars féminines et, ce lundi la légende Faye Dunaway.
Une icône. Faye Dunaway sera récompensée d’un prix prestigieux pour l’ensemble de sa carrière, mardi, lors du Festival du cinéma américain de Deauville. Une récompense qui tombe sous le sens tant la Floridienne a marqué l’histoire du cinéma par ses rôles cultes et sa personnalité flamboyante, elle qui s’est permis le luxe insensé de racheter son contrat la liant avec le grand réalisateur Otto Preminger alors qu’elle n’avait que 25 ans. Une décision qui allait s’avérer décisive, nous y reviendrons et qui dit tout de la femme qu’elle est. Rien dans son histoire familiale ne la prédestinait à devenir l’une des reines du Nouvel Hollywood.
La suite après cette publicité
Née d’un amour adolescent le 14 janvier 1941 à Bascom, en Floride, d’un père sous-officier de l’armée américaine et d’une mère femme au foyer, Dorothy Faye Dunaway passe une jeunesse sur la route, au gré des affectations et des conquêtes de son paternel qui finit par quitter le nid en 195,5 alors qu’elle n’a que 14 ans - la grande blessure de sa vie… D’ascendance écossaise, irlandaise et allemande - sacré mélange -, poussée par sa mère qui rêve qu’elle devienne une petite fille modèle et se serre la ceinture pour ses deux enfants, Faye suit dès le plus jeune âge des cours de danse, de piano, de chant et de théâtre. Les planches deviennent très vite sa grande passion et elle sort diplômée en théâtre à l’université de Boston où elle impressionne par son aplomb et la puissance de ses interprétations.
D'abord au théâtre
Nous sommes au début des années 1960. Dans le Broadway en pleine effervescence, elle croise la route des meilleurs dramaturges de la scène new-yorkaise, Arthur Miller, Elia Kazan ou encore William Alfred. Ce dernier, professeur de théâtre à Harvard, devient son père de substitution. « À l’exception de ma mère, de mon frère et de mon fils bien-aimé, Bill Alfred a sans conteste été la figure la plus marquante de ma vie. Un enseignant, un mentor et, je suppose, le père que je n’ai jamais eu, le parent et le compagnon que j’aurais toujours voulu avoir si le choix m’avait appartenu. Il m’a tant appris sur la vertu d’une vie simple, sur la spiritualité, sur la pureté de la beauté véritable et sur la manière d’aborder cette existence chaotique. », confiera-t-elle dans son autobiographie. Il lui écrit un rôle en or dans la pièce « Hogan’s Goat, a Drama in Verse », mis en scène initialement par Frederick Rolf en 1965 dans laquelle elle joue le rôle de Kathleen, la compagne d’un politicien dont la vie privée fait scandale.
Faye Dunaway dans le milieu des années 60.
N/C / © Hulton Archive / Getty Images
Le cinéma lui fait les yeux doux, mais la future star hésite à céder aux sirènes de Hollywood. Elle joue un premier second rôle sous la direction du mythique Otto Preminger, dans « Que vienne la nuit » en 1966. Bien qu’elle tienne le deuxième rôle féminin, auprès de Michael Caine et Jane Fonda, Faye Dunaway n’est pas satisfaite de son sort, et encore moins des méthodes de direction d’acteur de l’expérimenté Preminger qu’elle trouvait… « épouvantable ». Elle casse immédiatement son contrat avec ce dernier pour retrouver sa liberté. La blonde est indomptable… mais le grand écran s’éloigne. Encore une fois, Faye Dunaway va renverser la table. Très influencés par la liberté de La Nouvelle Vague, les jeunes scénaristes David Newman et Robert Benton écrivent le script d’un polar inspiré de la cavale meurtrière d’un couple de malfaiteurs, dans l’Amérique de la Grande Dépression, Clyde Barrow et Bonnie Parker. Arthur Penn est approché pour la mise en scène mais il préfère se concentrer sur « La Poursuite impitoyable ».
Faye Dunaway dans « Que vienne la nuit » d'Otto Preminger.
N/C / © Archive Photos/Getty Images
La chance d'une vie
Alors des jeunes talents français sont courtisés, d’abord François Truffaut, puis, par son biais, Jean-Luc Godard (il faut admettre que « Bonnie and Clyde » a des faux airs d’« À bout de souffle » et « Pierrot le fou », à la réflexion, NDLR). Ce dernier se fâche vite avec les producteurs américains. Pour la petite histoire, il voulait tourner le film en hiver dans le New Jersey alors que l’intrigue du script se déroulait dans le Texas en plein été, d’où ce télégramme légendaire : « Je vous parle de cinéma, vous me parlez de météo. Au revoir. » Le projet échoue finalement dans les mains d’un jeune acteur qui monte, Warren Beatty qui décide de produire le film, et, après avoir espéré convaincre Bob Dylan pour le rôle principal, accepte de devenir Clyde Barrow avant même qu’un réalisateur ne soit choisi. Pourquoi ce point a de l’importance ? Car, jusqu’à présent, le rôle de Bonnie Parker était promis à… Shirley MacLaine, la sœur de Warren Beatty. Impossible de leur faire jouer une romance à l’écran.
La suite après cette publicité
C’est la chance de Faye Dunaway, d’autant que Natalie Wood, espérée, renonce à son tour. Après de multiples auditions et après avoir rencontré tout ce que Hollywood comptait comme jeune actrice, c’est la Floridienne sans expérience qui est choisie. Elle a une expression géniale, déclarant avoir obtenu le rôle « by the skin of her teeth. » Sur le tournage, son mauvais caractère légendaire revient au galop et Warren Beatty regrettera longtemps de ne pas avoir convaincu Jane Fonda… Mais qu’à cela ne tienne, malgré la polémique sur la glamorisation des criminels, « Bonnie and Clyde » est à la fois un succès critique et un carton au box-office, par rapport à son faible budget. Faye Dunaway est nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice en 1968 et devient l’incarnation de la rebelle au cinéma. Une star est née, qui prend même la pose pour Paris Match.
Faye Dunaway dans le film « Bonnie and Clyde ».
N/C / © Bettmann/Getty Images
Contenus sponsorisés
Personnalités
Sur le même sujet