"En République démocratique du Congo, comme au Zaïre de Mobutu, le chef n'organise le dialogue national que s'il est dos au mur", sourit un ex-diplomate européen en parcourant le texte du président Félix Tshisekedi qui trace les grandes lignes du prochain dialogue interco

"Le peuple sait que Félix Tshisekedi n'a jamais été élu" - La Libre

ngolais. Une grand-messe baptisée "Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État", qu'il convoque enfin après des mois de tergiversations, de promesses non tenues, de négociations en aparté avec les présidents du continent africain et de vaines tentatives d'en finir militairement avec la rébellion de l'AFC/M23 qui contrôle une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et qui louche sur le Maniema et le Tanganyika.

À la sauce Tshisekedi

Un texte, présenté jeudi 27 août dans une allocution télévisée, dans lequel le président Félix Tshisekedi a rappelé les précédents dialogues initiés tout au long de la jeune histoire de la République démocratique du Congo indépendante. Il en a esquissé les maigres acquis et, surtout, les limites avant d'expliquer : "Ce Dialogue est une initiative souveraine, conçue par les Congolais et pour les Congolais, conduite sur le territoire national et orientée exclusivement vers les intérêts supérieurs de la Nation. Il réunira les filles et les fils de notre pays autour d'un impératif qui dépasse nos personnes, nos partis et nos ambitions, à savoir : défendre la République, consolider la paix, préserver l'unité nationale et protéger nos intérêts stratégiques. Il ne constituera ni une négociation avec l'agresseur ou ses supplétifs ni un moyen détourné de remettre en cause le choix souverain du peuple exprimé par les urnes. Il ne saurait davantage conduire à la suspension des institutions de la République, lesquelles continueront d'exercer pleinement leurs prérogatives jusqu'au terme constitutionnel de leurs mandats."

Kabila condamné, un jeu dangereux pour le régime Tshisekedi

En quelques lignes, le président congolais enterre le dialogue évoqué depuis des mois à Luanda par le président angolais qui se serait bien vu en arbitre de la crise de son grand voisin pour clore ses deux mandats.

Félix Tshisekedi ferme aussi la porte au dialogue inclusif. Joseph Kabila, son prédécesseur, condamné à mort en septembre 2025 à la suite d'un jugement surréaliste n'est pas le bienvenu. Les troupes de l'AFC/M23 non plus.Le président congolais laisse par contre la porte ouverte au dialogue entre son régime et ces rebelles sous l'égide du Qatar. Il souligne aussi l'apport de l'Accord de Washington, le poids de l'Union africaine, de l'Union européenne histoire de ne pas se mettre à dos les institutions internationales dont il aura encore besoin.

Rendez-vous en province

Avant de commencer ce tour de table, dont on ignore encore qui seront les invités, le président congolais annonce le lancement prochain d'assises dans les 26 provinces de la République démocratique du Congo. Des rencontres entre autorités qui devront servir de base au dialogue national et qui devraient réunir "les populations et les autorités locales, les députés nationaux et les sénateurs élus de la province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis et regroupements politiques de la majorité et de l'opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses ainsi que les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques […] Chaque province établira, en toute franchise, son propre diagnostic […] et les réformes jugées nécessaires."

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En voulant donner la parole aux provinces, dont les représentants doivent souvent leur nomination au clan au pouvoir, Tshisekedi est suspecté de vouloir mettre sur un pied un dialogue qui ne répondra qu'à "ses interrogations", "ses intérêts", expliquent plusieurs interlocuteurs qui lorgnent aussi vers le calendrier. La prochaine élection présidentielle doit se tenir en décembre 2028 et la mise en place de tout ce processus ne fait qu'éloigner l'organisation de ce scrutin.

Rendez-vous le 15 septembre

Du côté de l'opposition politique, le "non" ne s'est pas fait attendre. Les principaux partis de l'opposition, désormais réunis au sein de la coalition C64 ont rejeté en bloc ce projet et annonce maintenir sa grande marche du 15 septembre. Tout le processus mis en scène par Félix Tshisekedi ne répond en effet pas à l'inquiétude de ce mouvement qui exige que le président ne touche pas à la constitution et ne cherche pas à obtenir un troisième mandat. Or le discours du 27 août est muet sur cette question. L'annonce de ce dialogue n'apaise rien… au contraire, il radicalise les acteurs congolais.

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