Ferrari Luce à 40 millions de dollars : pourquoi cette enchère record ne dit rien du succès du modèle
Le « châssis 0 » de la Ferrari Luce a été adjugé à 40 millions de dollars lors des enchères de Pebble Beach. Un montant qui pourrait faire taire ses détracteurs, mais qui ne dit finalement pas grand-chose de la désirabilité réelle du modèle.
Les enchères de la maison RM Sotheby’s ont pris une tournure complètement inattendue avec le « Châssis 0 » de la Ferrari Luce. Le tout premier modèle 100 % électrique de Maranello, qui a été largement moqué à son lancement, se transforme subitement en star absolue de la Monterey Car Week 2026 en faisant s’envoler les enchères.
Le véhicule, estimé à un peu plus d’un million de dollars, a été adjugé le 16 août à 40 millions de dollars (environ 34,5 millions d’euros). Il établit un nouveau record écrasant le précédent, établi en 2025, pour la Ferrari Daytona SP3. Pourtant, penser que ce chiffre mirobolant reflète la désirabilité réelle de cette berline électrique à cinq places est une illusion.
Une enchère caritative n’est pas une enchère comme les autres
Le premier élément pour garder la tête froide réside dans la nature même de la vente : il s’agit d’une vente 100 % caritative au profit de la Ferrari Foundation, reconnue comme organisme de bienfaisance.

Pour l’acheteur américain, ces 40 millions de dollars ne représentent pas le « juste prix » d’une voiture, mais un don philanthropique massivement déductible de ses impôts. L’homme bien connu dans le milieu est d’ailleurs le philanthrope qui a déjà remporté les enchères de la Daytona SP3 l’an dernier avec un montant de 26 millions de dollars, comme le précise le journaliste Jean-Pierre Gagick sur ses réseaux sociaux. Nul doute qu’avec de tels dons, l’homme est en tête de liste pour l’acquisition des modèles les plus rares du constructeur.
Ce qu’il faut savoir, c’est que dans une vente aux enchères caritative, le montant payé au‑dessus de la valeur réelle du lot (et non pas simplement au‑dessus de la mise de départ) est fiscalement déductible comme don. Si l’on voulait grossir le trait, cet acheteur vient de s’offrir 39 millions de dollars de déduction fiscale, en plus du premier exemplaire de la Luce produit par Ferrari.
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Le mythe du « sold out » des modèles 2026 vacille
Depuis la présentation houleuse de la Luce en mai dernier, Ferrari veut reprendre la main sur le narratif autour du modèle. Le constructeur maîtrise sa communication d’une main de fer en essayant de renverser la vapeur en sa faveur.
La marque affirme ainsi que les ventes se portent mieux que prévu et répète depuis à l’envi que tout le quota d’immatriculations prévu pour 2026 est d’ores et déjà réservé. Il est bien sûr impossible de vérifier ces informations. D’ailleurs, on ne sait même pas combien de véhicules représente ce quota : quelques dizaines, centaines ou milliers d’exemplaires ? Ferrari n’a pas souhaité s’exprimer sur ce point.

Des témoignages circulant chez certains clients européens suggèrent toutefois que des créneaux de production pour 2026 seraient encore proposés. Impossible, à ce stade, de vérifier l’ampleur réelle du phénomène. Néanmoins, les chiffres d’immatriculations finiront de toute façon par révéler la vérité d’ici la fin de l’année, que ce soit en Europe ou en Chine.
En attendant, une voiture de série vendue plus de soixante fois son prix catalogue dans le cadre d’un gala de charité ne transforme pas cette nouveauté électrique contestée en icône instantanée. Cela prouve simplement qu’un milliardaire a trouvé un moyen spectaculaire d’allier philanthropie, optimisation fiscale et relations publiques auprès de la marque au cheval cabré. Le débat sur la pertinence et la désirabilité de la Ferrari Luce, lui, reste entier. De notre côté, on reste sur la réserve et on attend de voir l’arrivée du modèle sur le marché dans les prochains mois pour faire un éventuel mea culpa à Ferrari.
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