Le régulateur américain de l’aviation civile (FAA) autorise Boeing à émettre ses propres licences pour ses appareils 737 Max et 787 Dreamliner dès lundi 20 juillet. Depuis plusieurs années, le constructeur était dépendant des validations de l'organisme pour distribuer ses avions après de nombreux incidents. Une bonne nouvelle pour le géant de l’aviation qui vient de publier des perspectives très encourageantes dans le secteur. Entretien avec Didier Bréchemier, associé du cabinet Roland-Berger et spécialiste des questions aériennes.

Publié le : 19/07/2026 - 12:10Modifié le : 19/07/2026 - 12:10

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RFI : On apprend que Boeing va de nouveau pouvoir émettre les licences pour certains de ses avions. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Didier Brechemier : Pour qu'un avion puisse être opéré par une compagnie aérienne, il faut qu'il ait un certificat de navigabilité pour garantir que cet avion est capable de voler dans les règles de sécurité nécessaires. Depuis les différents incidents qu'il y a eu avec le 737 Max et le 787 Dreamliner, c'était la Federal Aviation Administration (FAA) – l'organisme de supervision de l'aéronautique et de l'aviation aux États-Unis – qui donnait ces certificats de navigabilité.

Lorsqu’un constructeur, comme Boeing ou Airbus, a un niveau de qualité d'autocontrôle suffisant, il peut lui-même émettre ses certificats de navigabilité. Cela signifie donc qu'aujourd'hui le niveau de confiance est remonté entre Boeing et la FAA, ce qui va permettre à Boeing de délivrer lui-même ses certificats de navigabilité.

Qu'est-ce qui a permis cela ?

Il y a des contrôles, des audits sur la production, sur le système qualité, le système de management, etc. Il est certain que l'ensemble des audits récents sur la production que la FAA a pu mener auprès de Boeing les a rassurés. L'organisme considère qu'aujourd'hui, ils ont atteint un niveau suffisant pour que les avions puissent être mis en ligne, puissent être opérés par des compagnies aériennes en toute sécurité, sans qu'il y ait un contrôle [avant mise sur le marché] de la FAA.

Il y aura toujours un contrôle a posteriori de la FAA. Il y a toujours des audits qui sont faits par les autorités de l'aviation civile européennes ou américaines. Cela permet de démontrer que le système de production, le système qualité de Boeing, est revenu à un standard de marché qui redonne confiance à son autorité sur le fait que, lorsque les avions sortent de chaîne, ils sont opérables.

Vous avez mentionné Ethiopian Airlines. On pense évidemment à ces compagnies aériennes africaines qui disposent de nombreux avions 737 et 787 dans leurs flottes. Que cela signifie-t-il pour ces compagnies ?

La FAA redonne cette confiance, qui avait été perdue à la suite d'un certain nombre de crashs, notamment en 2019, de Lion Air, d'Ethiopian Airlines sur des 737 Max. De la même manière, il y avait eu des problèmes de qualité de production sur le 787, notamment en 2022. On est donc revenu à un standard de constructeurs matures qui réussissent à produire en toute sécurité leurs avions et surtout avec un niveau de confiance retrouvé entre le constructeur et son autorité de tutelle.

Cela signifie potentiellement indirectement [pour les compagnies aériennes] une confiance renouvelée vis-à-vis de leurs clients qui lisent la presse et peuvent se dire : est-ce qu'on est en sécurité vis-à-vis de ces avions ? Mais en réalité cela ne change strictement rien. Les avions aujourd'hui qui sont en ligne sont suivis, pilotés par des autorités de l'aviation civile. Les standards de sécurité sont au meilleur niveau sur toutes les compagnies qui opèrent. Les défauts de qualité qu'il y avait sur les avions Boeing ont été corrigés.

Les défauts de qualité de production ont été supervisés par la FAA jusqu'à ce qu'ils aient confiance. Mais les avions qui étaient sortis et qui ont ensuite été vérifiés à la suite d'incidents, notamment de Lion Air et d'Ethiopian, ont été faits pour que les avions volent avec un niveau de sécurité qui ne pose aucun problème vis-à-vis des passagers.

Une nouvelle pour Boeing qui arrive de manière concomitante avec ses projections sur les besoins d’avions dans le monde. Le constructeur estime qu’en 2045, 50 000 appareils voleront. 90 % seront des appareils de nouvelle génération. Une aubaine pour l’Américain Boeing ?

On peut considérer qu'il y a entre 9 000 et 10 000 avions de type 737 qui sont en exploitation, et près de 4 000 avions 737 Max en commande. Si la flotte doit doubler et s'il garde sa part de marché, Boeing devra construire 9 000 appareils supplémentaires dans les 15 à 20 ans. Les perspectives en termes d'avions à livrer, d'avions commandés, sont déjà très importantes.

On est sur des chiffres extrêmement importants, à la fois pour se caler à l'évolution du marché, donc l'évolution de la demande, et en même temps pour remplacer les avions d'ancienne génération qui consomment plus de carburant. Donc le 737 Max, comme l'A320neo d’Airbus, permet de consommer moins. C'est bon à la fois pour l'environnement et pour les comptes d'exploitation des compagnies aériennes. On est bien dans cette tendance de plus d'avions construits.

Ce renouvellement de confiance de la FAA arrive à un bon moment pour Boeing, donc...

Oui, cela va dans le bon sens. Cela rassure aussi l'ensemble de la profession. Car voir Boeing, le numéro deux (ou le numéro un, en fonction de ce qu'on regarde) – en situation difficile, ce n'est pas forcément positif pour l'ensemble de l'industrie. Qu'ils aient pu résoudre leur sujet de production, leur sujet de qualité va plutôt dans le bon sens pour tous, y compris pour les compagnies aériennes qui vont devoir renouveler leur flotte. Et c’est forcément positif pour Boeing de revenir à un standard de marché qu’il n’aurait pas dû perdre.

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