Feux de forêt : quel impact sur la faune ? - RTBF Actus
Les conséquences dépendent de la période de l’année et des différentes espèces qui vivent dans ces espaces forestiers.
En fin de période de nidification, ce sont les oisillons, nids, œufs, etc. qui ne pourront pas fuir le danger. Mais de toute façon, c’est "la faune qui a de faibles capacités de déplacement qui va souffrir ou périr", nous explique Michaël Pontegnies, expert forestier et guide nature. À noter que fin juillet début août, cette période est terminée. La plupart des oiseaux ont quitté leur nid et sont capables de voler.
Au niveau des oiseaux et de la grande faune (cervidés, sangliers, chevreuils, blaireaux, renards), "il y a très peu de dégâts, parce que dès que les flammes approchent, ils vont s’éloigner", explique Pascal Guiette. Et cet expert retraité du Département de l’Étude du milieu naturel et agricole (DEMNA) ajoute que "contrairement à ce qu’on pense, les animaux ne sont pas excessivement paniqués en présence du feu, c’est naturel". Et de rappeler que des coups de foudre en forêt, cela arrive régulièrement avec quelques ares brûlés.
La faune rampante, principale victime
Pour les plus petits vertébrés que sont les reptiles et les amphibiens, "il y a plus de dégâts parce qu’ils sont plus lents", constate Pascal Guiette. Ces petits animaux ont plus de mal à se déplacer dans une végétation qui s’enflamme.
C’est dans la faune rampante de taille réduite (araignées, chenilles, limaces, chrysalides de papillons) que ces incendies provoquent le plus de victimes. Les insectes et autres invertébrés qui ont très peu de chance de s’en sortir lorsqu’ils se trouvent dans des écorces, feuillages, branches, etc. Leur capacité de vol ne leur permet pas de s’échapper d’incendies d’une telle ampleur ou face à la chaleur.
Selon Michaël Pontegnies, tous les écosystèmes ne sont pas les mêmes. En Espagne, "certains arbres sont adaptés aux incendies et ont des écorces très épaisses." Ces écorces sont aussi plus isolantes et peuvent permettre à d’éventuels invertébrés qui s’y trouveraient de survivre à un incendie, notamment lorsque le feu est un phénomène récurrent (des feux activés par le vent et qui progressent rapidement).
Quant aux rongeurs qui se trouvent dans le sol, ils sont protégés par ce dernier qui a une capacité isolante importante. "S’ils sont réfugiés dans leur galerie ou leur terrier, a priori, ils ne vont pas souffrir de l’incendie, sauf, peut-être, des fumées."
D’autres espèces peuvent aussi survivre en fonction de l’écosystème dans lequel ils se trouvent. En Belgique, par exemple, les reptiles et amphibiens sont souvent dans des zones humides, dans le sol ou en dessous d’un morceau de bois, ils auront plus de chances de survivre. En Espagne, il y a peut-être moins d’amphibiens, mais plus de reptiles et ces derniers risquent de périr à moins de trouver un refuge.
Une végétation qui n’a plus le temps de se régénérer
L’écosystème va aussi déterminer la régénération. Dans le milieu forestier méditerranéen, contrairement à la Belgique, les arbres sont bien plus adaptés à ces incendies, nous explique Michaël Pontegnies. "Naturellement, le milieu forestier comprend des feux de forêt. Cela leur permet de se régénérer." "Non seulement les arbres résistent, mais les coques qui contiennent leurs graines peuvent éclater avec la chaleur."
Or, aujourd’hui, avec 90% des feux de forêt qui sont provoqués par l’homme et les conditions climatiques qui évoluent, ces incendies deviennent trop fréquents et trop intenses. Dans ce cas-là, la végétation n’a plus le temps de se régénérer avant le prochain incendie. Le résultat, ce sont des écosystèmes plus simples et moins résistants au feu. Et si le milieu forestier évolue, la faune qui en dépend va aussi se réduire au fur et à mesure des incendies et ne plus trouver de conditions qui lui conviennent.
Ces incendies menacent donc la biodiversité à long terme, note Catherine Renard, porte-parole de WWF Belgique. Elle cite d’ailleurs une étude récente qui a montré que près de 10.000 espèces sont déjà menacées dans le monde et qu’elles seront à l’avenir encore plus exposées à des incendies. Elle ajoute aussi que les animaux qui ont réussi à s’échapper de ces incendies perdront leur habitat, leurs sources de nourriture et leurs zones de reproduction. Reconstituer un écosystème forestier peut prendre des années, voire des dizaines d’années.
Enfin, les chiffres concernant la mortalité et le déplacement chez les animaux en France et en Espagne ne sont pas connus, indique Catherine Renard, porte-parole de WWF Belgique. En revanche, "on sait que les conséquences pour la biodiversité peuvent durer des années, voire des décennies."