Chantal Cordier, d’Amiens, s’interroge sur la notion d’appartenance à sa ville.

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Par le courrier des lecteurs Publié: 10 Septembre 2026 à 01h09

Temps de lecture: 3 min

Qui sont les Amiénois ? Rien de tel qu’un voyage à l’étranger pour comprendre ce que signifie être français, et même plus précisément amiénois.

À Aalborg, au nord du Danemark, quand on nous explique que la ville est composée de 130 000 habitants, dont 30 000 étudiants, je me dis : tiens c’est sensiblement les mêmes chiffres que pour Amiens. Sauf que je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais entendu ainsi définir le nombre d’Amiénois.

Certes comparaison n’est pas raison. N’empêche… Comment procède-t-on pour comptabiliser les étudiants ? Peut-être à partir des listes d’inscrits dans les établissements. Mais si la plupart des 32 000 étudiants de l’UPJV étudient dans la ville d’Amiens, d’autres campus sont ouverts aussi dans plusieurs villes de Picardie.

Quel pourcentage d’étudiants déclarent leur résidence principale dans la ville où ils étudient ? Nombreux sont ceux qui résident encore chez leurs parents. Dans quelle commune choisissent-ils de s’inscrire sur les listes électorales ? Dans quelle commune paient-ils éventuellement des impôts ? Lors d’un recensement un habitant est comptabilisé sur le lieu de sa résidence principale. L’INSEE classe les étudiants répertoriés parmi les « inactifs », comme les retraités et les chômeurs parmi les « actifs »… Tout ça est bien complexe.

Combien d’habitants compte Amiens ? Ça dépend, me dit-on., si vous parlez d’Amiens-ville ou d’Amiens-métropole. Les arcanes de l’administration française n’ont pas fait leur choc de simplification. D’abord « Amiens-métropole » est un terme abusif. Une métropole doit rassembler un minimum de 400 000 personnes.

Le site web d’ « Amiens-Métropole » (qui est en fait une communauté d’agglomération) annonce 178 892 habitants dont 132 479 pour Amiens. Et aussi 28 000 étudiants, sans préciser le nombre d’établissements concernés. Alors, où situer, pour chacun et chacune d’entre nous, le sentiment d’appartenance, de cohésion, voire de fierté, d’être amiénois ?

Suffit-il d’être né à Amiens, comme Pinchon, Michou ou Emmanuel Macron ? (Signalons au passage que l’actuelle première ministre du Danemark, Miette Frederiksen, est née à Aalborg en 1977.) Y avoir vécu, y être enterré, comme Jules Verne ? Faut-il y avoir sa résidence principale ? Y payer ses impôts ? Est-il nécessaire d’avoir des ancêtres ou encore de la famille dans la ville ? Faut-il simplement y venir pour travailler, pour étudier, pour se distraire, se cultiver, pour faire ses courses ? Depuis combien de temps ?

Est-il facile pour les néo-arrivants de s’intégrer ? Il existe bien des organismes municipaux ou associatifs pour faciliter l’installation des cadres, des étudiants… Et combien d’étrangers ? Combien de SDF ? En fait nous autres Amiénois ne savons pas exactement ce qui nous relie.

À Aalborg on est fier d’avoir ouvert en 1974 une université : le but était de redynamiser la ville, en la développant sur les plans économique et culturel. Une université crée en effet des emplois, en personnels et en infrastructures. De plus les étudiants au Danemark perçoivent une allocation, le SU (Stattens Uddanelsesstøtte), sur conditions de revenus et de résultats. Car ils sont des « travailleurs du savoir », pour qui percevoir le SU est un droit et non un privilège.

Appeler les étudiants des « travailleurs du savoir », au lieu de les classer parmi les « inactifs », cela modifie la perception de la population, et aussi la perception que les étudiants ont d’eux-mêmes.

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