Foursquare vendu sans retour, le raté qui secoue la tech geo
BtB
La vente de Foursquare à Infillion n’aurait rien rapporté aux actionnaires. Un épilogue brutal pour un pionnier qui pesait encore lourd.
En bref
- Foursquare a été racheté par Infillion
- Les actionnaires n’auraient rien touché
- Le cas relance le débat gouvernance-valeur
Il y a des sorties qui valent signal de marché. Celle de Foursquare, absorbé le mois dernier par Infillion pour un montant non communiqué, en fait partie. Parce que derrière une marque qui a compté dans la cartographie sociale mobile, les actionnaires n’auraient vu aucun retour, ni côté actions préférentielles ni côté actions ordinaires.
Une sortie sèche pour un nom qui a compté
C’est Dennis Crowley, cofondateur et ancien CEO, qui a mis les mots les plus durs sur l’opération. En s’appuyant sur le message d’un investisseur angel, il dit comprendre que personne, parmi les porteurs de titres, n’a récupéré de valeur lors de la vente. Et son texte ne masque rien de la casse humaine.
Il écrit même, à propos de la fin de l’aventure, qu’il a eu le cœur brisé. Puis il s’adresse aux quelque 1.600 anciens salariés passés par l’entreprise en 17 ans, en disant en substance qu’il est désolé que l’histoire de Foursquare se termine d’une façon qui donne l’impression que tous ces efforts valaient « rien ».
Le virage B2B n’a pas suffi
Le plus frappant, c’est que Dennis Crowley ne décrit pas une société déjà vidée de sa substance. Il rappelle au contraire que Foursquare avait bien négocié son recentrage vers l’enterprise, avec plusieurs années d’affilée à plus de 100 millions de revenus. Pas anecdotique.
En 2019, l’entreprise avait aussi levé des capitaux auprès d’un fonds de private equity. Autrement dit, on n’est pas sur un simple récit nostalgique autour d’une appli culte disparue. Il y avait encore une base business, et c’est justement ce qui rend l’issue plus rude.
Le tournant 2021 dans le viseur
Pour Dennis Crowley, le point de bascule arrive après cette phase. En 2021, le banquier qui avait mené cette levée prend les commandes comme CEO. L’ancien patron attribue clairement l’issue finale à cette transition, estimant que le management n’a ni su préserver la valeur existante, ni en créer une nouvelle.
Le chiffre donne un peu le vertige quand même. Selon les données de PitchBook, Foursquare avait levé plus de 411 millions de dollars, soit environ 378 millions d’euros. Et l’application a fini par être fermée en 2024.
Une trace produit plus forte que la sortie financière
Mais l’histoire ne se résume pas à un tableau de capitalisation raté. Après la prise de parole de Dennis Crowley, pas mal de réactions ont rappelé à quel point Foursquare avait servi à découvrir des lieux en ville et à inspirer d’autres produits.
On le voit dans la suite du marché. Des acteurs comme Zenly et Jagat, mais aussi Instagram ou Snapchat, ont exploré à leur tour les cartes sociales. Pour l’écosystème mobile, c’est peut-être le vrai sujet. Une marque peut laisser une empreinte produit durable, et tout de même finir sur une sortie sans valeur pour ses actionnaires.
Christophe Romei
Spécialiste BtB
Expert sur l'industrie du mobile depuis 2005
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