À 6 ans, déjà, le Verviétois Franck Renard savait qu'il serait garde forestier. C'est donc avec une passion évidente et un vrai engagement qu'il exerce, depuis 30 ans, cette fonction au contact de la nature et des gens. "Ce métier, c'est le sens même du service public. Aujourd'hui, j'ai 58 ans. Et je ne veux pas finir ma carrière en me disant que je me sauve", confie celui qui arpente au quotidien un triage du cantonnement de Spa.

Car, depuis plusieurs jours, plane une menace. Celle d'un projet de réforme baptisé "Mue" qui prévoit la refonte du Département de la nature et des forêts (DNF) et la scission des différentes missions. Avec un objectif : faire des économies. "L'impression que j'ai, c'est que, cette réforme, elle est décidée, envisagée, avec une totale méconnaissance de ce que sont nos réalités de terrain, lance Franck Renard. Ont-ils la moindre idée d'en quoi consiste notre métier au quotidien ? Le message que je reçois, c'est : vous n'êtes rien, vous ne servez à rien et vous coûtez beaucoup d'argent."

Franck Renard DNF
Franck Renard est aussi connu, chez nous, pour ses talents de photographe naturaliste. ©Franck Renard

"Un mec en vert qui se balade les mains dans le dos"

Pour casser ces idées reçues et mieux faire comprendre le travail des gardes forestiers, il a commencé à publier, ponctuellement, sur Facebook, des posts sur leurs multiples rôles. "C'est à la portée de tout le monde. La plupart des gens voient encore le garde forestier comme un mec en vert qui se promène les mains dans le dos avec un chien qui court. C'est un métier méconnu, avec des missions méconnues. L'idée était donc d'essayer de raconter le plus objectivement possible ce qu'est notre boulot sur un triage, sur le terrain", justifie-t-il. Un projet plutôt inédit dans cette profession où on a plutôt l'habitude de rester discret, de ne pas faire de bruit. "C'est une manière de nous faire sortir du bois, par des anecdotes, des faits réels."

Dans ses récits déjà partagés, il évoque notamment l'important incendie du printemps 2011 dans les Hautes-Fagnes, le crash d'un avion près de Bérinzenne en 2008, le démantèlement d'un réseau d'un vaste trafic d'oiseaux indigènes en 2008 aussi ou encore la réalisation de plans d'aménagement pour les forêts publiques. Autant d'événements pour lesquels les agents du DNF sont des acteurs de première ligne. "Et j'ai encore quelques idées en réserve."

La forêt, un enjeu pourtant important

Franck Renard espère ainsi susciter une prise de conscience. "Si on explose le service, tout ce que je raconte dans mes petites histoires ne va certes pas disparaître mais il n'y aura plus d'agents du DNF pour s'en occuper. Ce qui, en cascade, peut occasionner pas mal de problèmes à l'échelle de ce qu'est notre milieu, c'est-à-dire la forêt." Un écosystème qui s'avère aujourd'hui être un véritable enjeu, entre autres en raison du changement climatique.

"C'est le paradoxe. On n'a jamais autant parlé de la nécessité de préserver un cadre de vie naturel, le plus en bonne santé possible et le plus diversifié possible, parce qu'on se rend compte qu'une partie de l'avenir de l'humanité va se jouer en fonction de l'état de l'environnement. Et parallèlement à ça, la Wallonie décide que le DNF ne sert à rien et doit être explosé. C'est inaudible. Or, l'avantage du forestier sur le triage, c'est que c'est un personnage central qui a une vision 360° sur ce qui se passe sur son territoire."

forêts
- ©EDA Philippe LABEYE

Et au fil du temps, les missions n'ont cessé de s'accroître. "Il est clair qu'on a des difficultés à tout assumer. Parce que notre chapeau, il est quand même très large." Remettre des avis d'urbanisme, aider un citoyen qui a attrapé un raton laveur, être consulté en vue de l'abattage d'un arbre, réceptionner des bois pour réparer des caillebotis, gérer la chasse et la pêche… Les tâches sont en effet variées.

"On a du mal à être efficaces dans tous les domaines. Mais c'est peut-être d'abord parce qu'on n'est pas assez nombreux et qu'on n'est pas équipé correctement pour répondre à toutes les sollicitations", analyse-t-il. On se souvient d'ailleurs du procès intenté cette année par des agents forestiers contre leur employeur, la Région wallonne, pour qu'il leur fournisse… des uniformes et des chaussures (la justice leur a donné raison). "Moi, je travaille avec ma voiture personnelle. Ça fait 10 ans que j'achète mes godasses et, sur mon ceinturon, il y a 12 éléments, dont 6 que j'ai payés de ma poche. Notre administration est méprisée depuis des années. On bosse à l'enthousiasme, par conviction, mais il y a une limite à ça."

Des réactions de tous bords

Sur Facebook, les publications de Franck Renard, font leur petit effet. Likées, commentées, repartagées, elles ne laissent visiblement pas indifférent. "C'est interpellant car ça veut dire qu'il y a un intérêt, une curiosité. C'est un message d'encouragement, lance-t-il. Je reçois aussi énormément de messages privés. J'ai plein de demandes d'amis en attente. Dans les gens qui ont liké, il y a énormément de collègues mais aussi des personnalités politiques locales. C'est pour ça que je vais continuer."

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.