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L'âge moyen des Canadair français est de 30 ans et leur production n'a pas encore été relancée dans l'usine canadienne de Calgary. Mais plusieurs autres appareils peuvent participer à la lutte contre les flammes.

France Télévisions

Publié le 29/07/2026 05:55

Mis à jour le 29/07/2026 07:24

Temps de lecture : 4min

Une modélisation 3D du projet de bombardier d'eau Fregate-F100 développé par le groupe Hynaero. (HYNAERO)
Une modélisation 3D du projet de bombardier d'eau Fregate-F100 développé par le groupe Hynaero. (HYNAERO)

La question des moyens aériens de lutte anti-incendie continue d'animer le débat politique, mardi 28 juillet, alors qu'un feu gigantesque continue de ravager la Gironde. Face aux critiques nourries de l'opposition, Emmanuel Macron a tenté de défendre son bilan en matière de sécurité, évoquant les "67 aéronefs" mobilisés actuellement en France, "un record historique". Le député LFI Hadrien Clouet, à l'inverse, a dénoncé sur franceinfo "un scandale d'Etat" et réclamé des crédits en urgence pour acquérir du "matériel roulant et aéroporté". La flotte aérienne de la sécurité civile est aujourd'hui vieillissante, alors que le flou persiste autour de la stratégie de renouvellement.

Le nom du Canadair, notamment, revient avec insistance ces derniers jours. Les CL-215 ont d'abord été construits par la société canadienne Canadair, avant que son compatriote Bombardier ne reprenne le flambeau, en produisant des CL-415 jusqu'en 2015. Le service après-vente est actuellement géré par la société De Havilland, toujours au Canada, mais aucune nouvelle unité n'a été produite.

La sortie d'usine des DHC-515, les futurs bombardiers, a été plusieurs fois reportée – en raison, notamment, de difficultés liées au redémarrage de la production après une longue interruption. Les premières unités ne sont pas attendues avant 2028, avait rappelé en juin Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur. Au mieux.

La France avait initialement l'ambition de remplacer ses 12 CL-415 actuels par 16 DHC-515 d'ici à 2027. Ce calendrier est donc caduc. Il y a pourtant urgence, car la moyenne d'âge des Canadair français est désormais de 30 ans. Leur exploitation intensive – a fortiori quand ils écopent en mer, alors qu'ils ont été conçus pour l'eau douce – nécessite "un important travail de maintien en condition opérationnelle", soulignait un rapport d'information parlementaire sur la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne, paru en juillet 2025.

L'entretien des appareils a fait chuter la disponibilité des CL-415 français. En 2024, ils avaient volé en moyenne 2 382 heures en moyenne, contre 3 616 heures en 2022. Sans compter la difficulté de trouver des pièces détachées, dans un marché mondial en forte tension.

Un CL-415 en mission dans le ciel corse, le 17 juillet 2026. (GRICHKA BEYSSON-LEANDRI / HANS LUCAS / AFP)
Un CL-415 en mission dans le ciel corse, le 17 juillet 2026. (GRICHKA BEYSSON-LEANDRI / HANS LUCAS / AFP)

La Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a déjà précommandé deux futurs DHC-515, dans le cadre du programme européen RescEU. Celui-ci subventionne en partie les acquisitions, à condition de libérer les appareils quand le mécanisme de solidarité européenne est activé. Deux autres DHC-515 ont été commandés en juin. Ceux-ci pourraient ne pas être livrés avant six ans, alors que le groupe De Havilland, en situation de monopole, est assailli de commandes.

Depuis 2019, six avions Dash de dernière génération (MRBET), produits par Bombardier, ont été livrés, avec une capacité de largage de 10 000 litres de produit retardant. Deux anciens modèles MR arriveront en fin de vie autour de 2035-2040. Le paquet a surtout été mis sur les hélicoptères Airbus H145, en remplacement des modèles EC145 : de nouvelles unités sont livrées chaque année, avec un total de 40 appareils à l'horizon 2029, relevait le rapport d'information des députés Damien Maudet et Sophie Pantel.

Trois Beechcraft King Air 200, utilisés pour la reconnaissance et la coordination, composent également le parc aérien de la sécurité civile. Ils ne disposent pas de capacité de largage.

Un avion Dash 8 en mission pour combattre les flammes dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 13 juillet 2026. (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)
Un avion Dash 8 en mission pour combattre les flammes dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le 13 juillet 2026. (SAMUEL BOIVIN / NURPHOTO / AFP)

Mais cela ne suffit pas. La DGSCGC est déjà contrainte de louer chaque année des avions et des hélicoptères durant la saison des feux. Une solution de court terme, jugeaient Damien Maudet et Sophie Pantel, car les coûts explosent : de 2 millions d'euros en 2020 à 30 millions d'euros en 2025, pour un total de 106 millions sur la période. Le montant pourrait exploser, alors que les besoins en appui aérien vont augmenter avec le réchauffement climatique. "Une partie des investissements doit être dirigée vers le développement de projets français et européens d'avions bombardiers d'eau", lit-on dans le rapport d'information des députés.

Parmi les concurrents annoncés : le Frégate-F100, développé par la jeune pousse Hynaero, née à Bordeaux et désormais installée à Istres (Bouches-du-Rhône). Cet appareil amphibie aura la plus grosse capacité du marché, puisqu'il pourra prélever 10 000 litres d'eau. La livraison du premier hydravion est prévue à l'horizon 2031, selon l'entreprise.

Une image du projet de Frégate-F100 développé par Hynaero. (HYNAERO)
Une image du projet de Frégate-F100 développé par Hynaero. (HYNAERO)

Deux autres projets pourraient fournir des alternatives aux Dash. Le projet Kepplair 72, développé par l'entreprise française Kepplair Evolution, consiste à convertir en bombardiers des avions de transport régionaux ATR 72. Ces appareils, d'une capacité de 7 500 litres d'eau ou de retardant, ne sont toutefois pas amphibies et devront être rechargés au sol. Le coût d'installation d'un kit sur un appareil d'occasion est évalué entre 9 et 12 millions d'euros – l'une des solutions les plus économiques à ce stade, relevait le rapport d'information parlementaire. Les premiers essais de largage doivent être menés à la fin de l'année et des appareils pourraient être disponibles avant la saison des feux 2027.

Un modèle réduit du futur bombardier d'eau amphibie FF72 développé par Positive Aviation dans ses locaux de Blagnac (Haute-Garonne), le 21 juillet 2026. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
Un modèle réduit du futur bombardier d'eau amphibie FF72 développé par Positive Aviation dans ses locaux de Blagnac (Haute-Garonne), le 21 juillet 2026. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le projet de FF72, développé par Positive Aviation, repose également sur la conversion d'ATR, mais cette fois en leur ajoutant également des flotteurs afin de les rendre amphibies. Les premières coques composites ont été transférées la semaine dernière de Vannes à Nantes, avant de rejoindre le Hangar 16 de Toulouse-Blagnac où sera assemblée la première version d'essai. La version Scooper prélèvera 8 000 litres d'eau et la version Tanker embarquera 10 000 litres de retardant. L'entreprise espère une mise en service pour la saison des feux 2029.

Enfin, l'avion militaire A400M a réalisé dimanche son baptême du feu en conditions réelles, avec un premier largage de retardant en Gironde, grâce à un kit développé depuis plusieurs années par Airbus. Cette vaste cuve cylindrique, installée dans la soute, permet d'emporter 20 000 litres d'eau ou de produit. L'arsenal de lutte contre les incendies est amené à s'étoffer les prochaines années, mais il appartient désormais aux pouvoirs publics d'établir une grille de critères, en partenariat étroit avec les acteurs de la sécurité civile. Ensuite, il sera très vite l'heure de sortir le chéquier.