Carnet de campagne | Gare aux blagousseurs!
Scène cocasse à la pompe, samedi matin, en compagnie d’Éric Duhaime. Pourfendeur de la taxe provinciale sur l’essence depuis, semble-t-il, l’invention du moteur à combustion, le chef conservateur consacrait la matinée à promettre son abolition.
« Le prix de l’essence a un impact sur tout », martelait le porte-parole du mouvement « Mon char, mon choix » pendant que, derrière lui, le prix du litre frôlait 1,84 $ sur le panneau d’une station-service de Lévis.
Quoi de mieux qu’aller remplir le réservoir de son VUS devant les caméras pour montrer à la population qu’elle paie trop chèrement son carburant ? Éric Duhaime, pistolet d’essence à la main, commença à faire le plein jusqu’au « ding » indiquant que le véhicule arrivait à satiété. Le chef conservateur leva les yeux pour constater sa facture… sans pouvoir masquer son étonnement.
« Ah ben ! 80 piasses ? C’pas si pire ! » Et pour du « super », en plus.
La caravane conservatrice prenait ensuite la route jusqu’à La Malbaie pour annoncer la candidature de l’ancienne députée libérale Caroline Simard dans Charlevoix. Le chef, visiblement heureux de présenter sa recrue, multipliait les métaphores maritales. « Je lui ai mis la bague au doigt, je lui ai demandé si elle voulait et aujourd’hui, j’accroche l’épinglette conservatrice à sa boutonnière. »
Le lyrisme du chef a pâli dès que sa candidate a précisé qu’elle habitait le hameau de Blagousse, situé à proximité des Éboulements et d’un secteur baptisé Misère.
Impossible de rivaliser avec un territoire doté d’une pareille poésie ! Selon nos sources locales, Blagousse est une déformation phonétique dérivée de l’anglais black house. L’origine la plus plausible de ce régionalisme ? Tout simplement une maison foncée jadis habitée par un anglophone.
Une autre théorie apparaît toutefois sur une page dédiée aux armoiries des Éboulements. « Suivant Arthur Buies dans un texte de 1872, Blagous tire son nom du premier candidat conservateur qui y prodigua ses promesses et ses largesses trompeuses ».
Cette version relève sans doute du folklore, mais elle a de quoi tenir les chefs en alerte lors de leurs escales dans Charlevoix : les gens, ici, ont la mémoire longue avec les bonimenteurs !