Google prévoit d'exempter les développeurs Android des pays sous sanctions américaines de la procédure de vérification d'identité, ce qui les empêchera de distribuer leurs applications à l'international
Google s'apprête à instaurer un système de vérification obligatoire pour les développeurs Android. Mais il prévoit d'exclure les pays sous sanctions américaines, comme Cuba ou l'Iran, de ces contrôles de sécurités. Cela signifie que les utilisateurs dans ces régions pourront continuer à installer des applications librement, mais les créateurs locaux seront bannis du processus de certification officiel. Les développeurs de ces pays ne pourront plus distribuer leurs applications à l'international. Ce changement transforme la portée mondiale d'Android en un système fragmenté où l'accès au marché dépend désormais des directives diplomatiques des États-Unis.
Le programme de vérification des développeurs Android conçu par Google doit être lancé le 30 septembre 2026. Il obligera les développeurs qui distribuent des applications en dehors du Google Play Store à fournir une pièce d'identité et à s'acquitter de frais minimes pour que leurs logiciels puissent être installés sur des appareils certifiés. Selon Google, l'objectif principal de cette mesure est de lutter contre la prolifération des applications frauduleuses.
Mais cette politique aura pour conséquence de bloquer l'installation des applications non vérifiées sur la quasi-totalité des smartphones Android équipés des services Google à travers le monde, en dehors de la Russie et de la Chine. Même s'il existera un flux avancé pour contourner ces restrictions, la majorité des utilisateurs ordinaires ignorera son existence, ce qui risque de diviser l'écosystème en « deux catégories d'applications bien distinctes ».
Android : entre égression des libertés et arme géopolitique
La vérification de l'identité des développeurs Android est une mesure largement controversée. De plus, Google a discrètement intégré une exception majeure à son règlement pour les appareils situés dans des pays touchés par des sanctions économiques américaines. Dans sa foire aux questions officielle, l'entreprise indique que « les appareils situés dans les pays sanctionnés seront exclus des vérifications de sécurité des développeurs Android ».
Cette exclusion permet à n'importe quel développeur résidant dans ces zones de continuer à y distribuer ses applications sans vérification, même si Google concède que les utilisateurs sur place ne pourront pas bénéficier des « avantages de sécurité renforcés du programme ». À l'heure actuelle, la liste des pays sous sanctions américaines comprend l’Iran, Cuba, la Corée du Nord et les zones occupées d’Ukraine. Cette liste pourrait évoluer à l’avenir.
Envoyé par Google
Quel est l'impact de ce programme sur les développeurs des pays soumis à des sanctions ? Les appareils situés dans ces pays seront exclus des contrôles de vérification des développeurs Android. Cela permet à tout développeur de continuer à distribuer des applications dans ces régions sans vérification, même si les utilisateurs de ces pays ne bénéficieront pas des avantages du programme en matière de sécurité renforcée.
Cette formulation de Google étrange, car la réponse n’aborde pas directement la question la plus importante : elle l’esquive. Plus précisément, cette déclaration vague semble suggérer que les développeurs résidant dans les pays sanctionnés ne pourront pas effectuer la vérification, mais que ce n’est pas grave, car les téléphones dans leur pays n’exigeront pas cette vérification. Cela comporte toutefois un véritable inconvénient pour ces personnes.
Conséquences pour les développeurs des pays sanctionnés
Cette mesure pénalise lourdement les créateurs de logiciels résidant dans ces pays. Un porte-parole de Google a confirmé que les résidents des nations sous embargo ne seront pas soumis à la vérification. Par conséquent, un développeur basé à Cuba ou en Iran, qui pouvait auparavant distribuer ses applications librement à l'échelle internationale, verra ses créations bloquées pour la quasi-totalité des utilisateurs situés en dehors de son pays d'origine.
Ces développeurs se retrouveront ainsi enfermés dans une « bulle de seconde zone ». Paradoxalement, la situation crée une liberté d'installation supérieure au sein même des pays sanctionnés, où l'écosystème Android certifié restera ouvert et exempt de contrôles de vérification, contrairement au reste du monde.
Ces contrôles sont perçus comme étant intrusifs. L’Electronic Frontier Foundation (EFF) et Brave ont fait part de leurs préoccupations quant au fait que ces exigences de vérification créent des obstacles pour les petits développeurs, les outils axés sur la confidentialité et les applications qui concurrencent les acteurs historiques des plateformes. Ils affirment aussi que cela affectera de manière disproportionnée la distribution indépendante de logiciels.
Le calendrier de déploiement annoncé par Google prévoit l'activation de ces contrôles de vérification le 30 septembre 2026 dans un premier groupe de pays comprenant le Brésil, l'Indonésie, Singapour et la Thaïlande, avant une généralisation mondiale prévue dans le courant de l'année 2027.
Les critiques rejettent largement l'argument de la sécurité
Google soutient que cette vérification permettra de réduire le nombre de personnes malintentionnées qui cachent leur identité pour distribuer des logiciels malveillants, commettre des fraudes financières ou voler les données personnelles des utilisateurs. Mais des critiques et influenceurs technologiques, de Louis Rossman à Linus Media Group, ont exprimé leur déception face à la décision de Google, qui pourrait limiter la liberté des applications.
Pour mémoire, si un appareil dispose des services Google, il est certifié. S'il fonctionne sous une version d'Android qui n'est pas la version officielle de Google, cela ne s'applique pas. Cependant, les appareils non certifiés ne représentent qu'une infime partie de l'écosystème Android en dehors de la Chine. Cette décision suscite la contestation, car elle entraîne plusieurs changements pour les développeurs Android qui sont concernés. Elle impliquera :
- le paiement d'une redevance à Google ;
- l'acceptation des conditions générales de Google ;
- la fourniture d'une pièce d'identité officielle ;
- le téléchargement d'une preuve de la clé de signature privée du développeur ;
- la liste de tous les identifiants d'application actuels et futurs.
À l'avenir, pour distribuer leurs applications sur Android, ils devront fournir leur nom légal, leur adresse, leur adresse email et leur numéro de téléphone, ce qui pourrait pousser les développeurs indépendants à s'enregistrer en tant qu'entreprise pour protéger leur vie privée. Apple a mis en œuvre un changement similaire pour l'App Store de l'UE au début de l'année afin de se conformer à la loi sur loi sur les services numériques (DSA - Digital Service Act).
« Imaginez que votre voiture soit verrouillée à certaines destinations autorisées par le constructeur. Nous sommes aujourd'hui contraints d'acheter des appareils qui ne nous appartiennent pas au final. Nous payons pour le luxe de représenter une marque et de leur faire de la publicité. Les régulateurs doivent mettre fin à cela », a posté un utilisateur. F-Droid conteste l'affirmation de Google selon laquelle le téléchargement latéral restera possible.
Google accusé de chercher à tuer le téléchargement latéral
Le téléchargement latéral (sideloading) permet aux utilisateurs d'installer des applications qui ne sont pas disponibles dans le Play Store. Google est accusé de chercher à y mettre fin. Google rejette ses allégations, mais ses arguments ne suffisent pas à calmer le tollé. F-Droid invite les utilisateurs à se rendre sur le site keepandroidopen.org afin de contacter les organismes de réglementation et de plaider en faveur d'un écosystème Android ouvert.
« Le message de Google selon lequel le téléchargement latéral ne disparaîtra pas est clair, concis et faux. La décision relative à la vérification des développeurs met effectivement fin à la possibilité pour les particuliers de choisir les logiciels qu'ils exécutent sur les appareils qu'ils possèdent », a écrit le F-Droid.
F-Droid remet en question le terme « sideloading » lui-même : les utilisateurs devraient être libres d'installer des logiciels, que l'ordinateur se trouve dans leur poche ou sur leur bureau. « Le terme « sideload » a été inventé pour insinuer que ce processus a quelque chose de sombre et de sinistre, comme si l'utilisateur contournait les mesures de sécurité conçues pour vous protéger et assurer votre sécurité », a déclaré le magasin d'application.
Source : Google
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