Indubitablement, la tension est encore montée d’un cran hier sur le plan des manifestations lycéennes dans les Alpes-Maritimes. Des casseurs sont venus souffler sur les braises de la contestation, privant les vrais manifestants de leurs légitimes revendications.

Une situation qui a tellement dégénéré que, selon nos informations, 24 lycées des Alpes-Maritimes vont fermer leurs portes ce vendredi. La mesure a été confirmée jeudi soir par la préfecture. « Compte tenu des désordres survenus depuis 4 jours, l’Éducation nationale a pris la décision de placer 24 lycées (à Nice, Cannes, Antibes, Cagnes-sur-Mer, Menton et Grasse) en enseignement à distance, afin de aux élèves de poursuivre leur scolarité dans des conditions sereines et d’éviter les regroupements anarchiques susceptibles de conduire à des troubles à l’ordre public. »

Le préfet a pris un nouvel arrêté interdisant dès demain les rassemblements statiques aux abords des 24 lycées qui ont fait l’objet de mobilisations ces derniers jours

Les cours seront assurés à distance.

Cette décision intervient après une quatrième journée de mobilisation marquée par des incendies, des tirs de mortiers d’artifice et des affrontements. Elle a touché une quinzaine d’établissements.

À 16 heures, la préfecture recensait 72 interpellations dans les Alpes-Maritimes, dont six durant la nuit. Ce qui porte le bilan depuis le début de la semaine à 174. Avec toujours la même litanie de violences : jets de mortiers ou de projectiles, le port d’un couteau, des dégradations et des incendies volontaires.

Des enseignants mêlés aux manifestants : « Inadmissible » pour le préfet

Les pompiers dénombraient, eux, une trentaine d’interventions pour des feux de poubelles, de détritus ou d’arbres, et cinq pour des feux de deux-roues. Fait nouveau, des enseignants se sont mêlés aux manifestants, « refusant d’obtempérer aux forces de l’ordre », souligne la préfecture. Un comportement que le préfet des Alpes-Maritimes a jugé « inadmissible ».

À Nice Ouest, les incidents sont allés crescendo. Ils ont débuté aux abords du lycée des Eucalyptus. La palissade d’entrée n’a pas résisté à la charge de plusieurs individus qui ont tiré des mortiers d’artifice en direction du personnel.

Au lycée Mélinée-et-Missak-Manouchian (ex Thierry-Maulnier), le feu a été mis à des conteneurs. Sur l’avenue Simone-Veil voisine, un policier municipal tentant de maîtriser un incendie a été surpris par deux explosions : des jeunes avaient jeté des aérosols dans les poubelles. Il n’a pas été blessé.

Une poubelle truffée d’aérosols jetés par les lycéens volontairement explose par deux fois au visage d’un policier. Il n’y a heureusement pas eu de blessés.
Une poubelle truffée d’aérosols jetés par les lycéens volontairement explose par deux fois au visage d’un policier. Il n’y a heureusement pas eu de blessés.
Dylan Meiffret / Nice-matin

Peu avant 10 h 30, la haine et la hargne des casseurs jetaient leur dévolu sur deux policiers municipaux. Une foule s’est ruée sur eux, ils n’ont eu que le temps de quitter les lieux. Le véhicule a reçu une volée de coups et de projectiles.

A Nice, un manifestant masqué projette un aérosol sur le feu pour l’attiser.
A Nice, un manifestant masqué projette un aérosol sur le feu pour l’attiser.
Dylan Meiffret / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Autour du lycée Calmette, en centre-ville, 300 jeunes ont battu le pavé. Avec là encore son lot de poubelles brûlées, et de tirs de mortiers vers les policiers. Les CRS ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, puis quadrillé les rues voisines. Près d’Estienne-d’Orves, il a fallu toute la maîtrise des pompiers pour éteindre plusieurs départs de feu, notamment dans les haies.

À Antibes, les tensions gagnent la gare

À Antibes, les lycées Jacques-Audiberti, Jacques-Dolle et Léonard-de-Vinci ont fait les frais du blocus. Plus de 600 élèves étaient présents devant Audiberti. Les feux de poubelles à l’entrée ont nécessité l’intervention des pompiers, protégés par les forces de l’ordre.

Des groupes ont ensuite traversé le centre-ville, direction le pôle d’échanges et l’avenue Jules-Grec. Un abribus a été endommagé et des voitures dégradées. Près de la gare, des individus ont tenté d’envahir un supermarché, cassé la devanture et volé des bouteilles d’alcool. Un spectacle de désolation. Le personnel les a repoussés et a fermé le magasin. Un policier a été blessé par un tir de mortier, avec cinq jours d’hospitalisation à la clé.

À Menton, après un rassemblement d’environ 300 élèves devant Pierre-et-Marie-Curie, des affrontements ont eu lieu dans le quartier du Borrigo. À Cagnes-sur-Mer, quatre interpellations ont été annoncées, dont deux suivies de gardes à vue. À Drap, un rassemblement sur un rond-point a perturbé la circulation. À Grasse, environ 150 lycéens bloquaient Alexis-de-Tocqueville dans le calme, dénonçant notamment l’absence de professeurs.

61 nouvelles gardes à vue annoncées

Sur le plan judiciaire, les parquets de Nice et de Grasse ont annoncé 61 nouvelles gardes à vue.

Pour celles qui étaient déjà en garde à vue, le parquet de Nice a annoncé trois comparutions immédiates, douze mineurs déférés devant un juge des enfants et quinze devant un délégué du procureur.

À Grasse, un majeur est poursuivi en comparution immédiate et quatre mineurs sont déférés devant un juge des enfants.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise au ministère de l’Intérieur. Il a demandé aux ministres de reporter leurs déplacements pour concentrer les moyens préfectoraux sur la mobilisation.