Guerre à Gaza : quand les hommages rendus publiquement par le Hamas font vaciller les décomptes des journalistes tués
Une enquête du journal Libération révèle que de nombreux "journalistes" tués à Gaza sont en réalité des combattants d’organisations comme le Hamas. Face à ces données issues de boucles Telegram, des ONG telles que le CPJ et la FIJ révisent leurs bilans.
Petit à petit, on commence à apercevoir quelques éclaircissements autour de la guerre à Gaza, déclenché par l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Depuis quelques mois et l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, les groupes terroristes palestiniens tels que le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP) publient des milliers d’hommages à leurs combattants ou "moudjahid" en ligne, telles que sur des boucles Telegram.
Ainsi, selon une enquête de Libération, de nombreux décomptes ont dû être mis à jour ces derniers temps, comme ceux de Reporter sans frontières (RSF), du Comité de protection des journalistes (CPJ) ou de la Fédération internationale des journalistes (FIJ).
En guise d’exemple, nos confrères citent le cas de Mohammad Jarghoun, 28 ans, présenté au début comme un journaliste travaillant pour l’agence de production Smart Media, qui a été tué par l’armée israélienne le même jour que le terrible pogrom commis dans l’État hébreu. Le 22 juin dernier, son visage apparaît dans un fil servant de canal de diffusion aux brigades Al-Qassam, la branche armée du Hamas, afin de rendre hommage au "martyr moudjahid d’Al-Qassam", vêtu d’un uniforme, ruban vert sur le front et arme à l’épaule.
Retiré depuis du décompte de RSF, son nom est pourtant encore présent dans ceux du CPJ et de la FIJ, malgré ces preuves, et d’autres le montrant dans un tunnel ou en plein exercice militaire.
Certains ont pris part au 7 octobre
D’après nos confrères, 46 "journalistes", dont 27 sont dépeints comme "commandants" par les nécrologies et 18 étaient affectés à des unités de "médias militaires", sont en réalité des membres d’organisations terroristes, dont certains ont participé au 7 octobre. D’après Shrouq Al Aila, une journaliste présente à Gaza, "être combattant n’apporte pas une source de revenus suffisante, donc ils ont parfois un travail en parallèle."
Depuis, le CPJ et la FIJ ont enclenché, ou sont en train, des vérifications de leurs bases de données. La FIJ a, par exemple, en secret, retiré huit noms sans aucune communication sur son site. "Il s’agit d’un travail de vérification qui évolue au fil du temps et qui est perpétuel", affirme l’organisation. Une réalité qui n’est pas non plus généralisée, et qui ne ferait pas oublier les nombreux vrais journalistes décédés lors du conflit face à Israël.