Des dégâts sur une maternelle après l'interception d'un missile, des diplomates et des écoliers à l'abri, un aéroport ciblé à répétition : Ryad, frappé par les Houthis du Yémen, a connu jeudi l'un de ses épisodes les plus violents depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'ampleur et la fréquence des attaques sur la capitale saoudienne sont inédites en huit mois d'une guerre régionale déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Si les armes se sont globalement tues entre Washington et Téhéran, le front principal oppose aujourd'hui le mouvement houthi pro-iranien aux forces gouvernementales yéménites et à l'Arabie saoudite, qui les soutient.

Les Houthis ont revendiqué trois frappes sur l'aéroport de Ryad dans la seule journée de jeudi. Capture d'écran X/@OnDisasters

Les Houthis ont revendiqué trois frappes sur l'aéroport de Ryad dans la seule journée de jeudi. Capture d'écran X/@OnDisasters

Trois frappes sur l'aéroport de Ryad

Les Houthis ont revendiqué trois frappes sur l'aéroport de Ryad dans la seule journée de jeudi, exhortant à nouveau les compagnies aériennes à éviter le ciel saoudien. Un avion a été gravement endommagé, ont indiqué à deux sources briefées sur l'incident : la première fait état de dégâts majeurs sur au moins un appareil, la seconde affirme que trois avions ont été touchés.

Sur place, les panneaux d'affichage signalent plusieurs reports et annulations, et l'aéroport a demandé aux passagers de vérifier auprès de leur compagnie que leur vol était maintenu avant de s'y rendre. Air France et Lufthansa avaient déjà suspendu leurs vols récemment. Washington a de son côté réclamé à ses ressortissants une « vigilance accrue » et interdit à ses employés de se rendre à l'aéroport sans « autorisation spéciale ».

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par Ryad, et les Houthis, au pouvoir dans une grande partie du pays depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie. Photo Sipa/AP/Abdulnasser Alseddik

Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, appuyées par Ryad, et les Houthis, au pouvoir dans une grande partie du pays depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie. Photo Sipa/AP/Abdulnasser Alseddik

« Elle était en panique »

Selon la Défense civile saoudienne, « des fragments de missile sont tombés à Ryad après l'interception d'un missile balistique, causant des dégâts matériels à une maternelle et à un complexe médical ». De fortes explosions ont été entendues dans la capitale, poussant des diplomates à se mettre en lieu sûr dans le quartier diplomatique et des entreprises à évacuer leur personnel dans le quartier d'affaires. Des écoles internationales ont aussi pris des précautions, selon des habitants, certains enfants étant mis à l'abri au sous-sol. « Ma fille m'a appelée. Elle était en panique », a raconté une mère de famille ayant requis l'anonymat.

La pression s'était déjà accentuée sur les infrastructures aéroportuaires ces derniers jours, avec des attaques sur deux aéroports saoudiens, dont celui de Ryad, qui ont fait trois morts et des dizaines de blessés. Depuis la reprise des hostilités en juillet, les combattants pro-iraniens bombardent aussi régulièrement des installations pétrolières du royaume, premier exportateur mondial de brut, et ont appelé jeudi le personnel de ces sites à partir.

Plus de 400 morts en quatre jours au Yémen

Les combats entre les Houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa et de vastes pans du Yémen depuis plus d'une décennie, et le gouvernement se sont réveillés en juillet après des années d'accalmie, devenant le nouveau front de la guerre au Moyen-Orient. Ils ont fait plus de 400 morts depuis le lancement lundi de l'opération « Aube du Yémen » par les forces gouvernementales, appuyées par l'aviation saoudienne, dont au moins 83 jeudi dans le sud-ouest du pays, selon des sources militaires des deux camps.

L'objectif est de faire reculer les Houthis, qui ont pris en septembre, au terme d'une offensive éclair, le contrôle de l'ensemble du littoral yéménite donnant sur la mer Rouge et renforcé leur emprise sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui relie l'Asie à l'Europe via le canal de Suez. Si le gouvernement revendique des « victoires sur plusieurs fronts », les rebelles démentent avoir cédé du terrain et les sources militaires des deux bords ne font pas état d'évolutions majeures sur les lignes de front.

La reprise des hostilités a fait plus de 200 000 déplacés au Yémen, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui s'est alarmée mercredi du manque de financements face à cette nouvelle crise humanitaire dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Ryad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des États-Unis, sans succès jusqu'ici. En début de semaine, la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite ont convenu de passer « immédiatement à la mise en pratique » d'un accord de défense signé en août à La Mecque et promis un déploiement rapide de forces dans le royaume, sans effet connu pour l'heure.