Guerre au Moyen-Orient : TotalEnergies double son bénéfice net au 2e trimestre, la gauche dénonce un « jackpot » indécent
Après un début d’année euphorique et une polémique sur ses « superprofits », le géant français pétro-gazier TotalEnergies a annoncé, ce jeudi, avoir doublé son bénéfice net au deuxième trimestre, à 5,4 milliards de dollars, contre 2,7 milliards un an plus tôt, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient. Ce chiffre est légèrement en deçà des estimations des analystes, qui tablaient en moyenne sur un bénéfice de 5,26 milliards d’euros (environ 6 milliards de dollars) selon ceux consultés par Factset, et de 6,11 milliards de dollars, selon ceux interrogés par Bloomberg.
Pas de « Total bashing » pour le gouvernement
« Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars (…)», s’est félicité le P.-D.G, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.
L’entreprise avait déjà annoncé en avril un bond de 51 % son bénéfice net pour les trois premiers mois de l’année, porté par l’envolée des prix du pétrole et du gaz ainsi que par ses activités de négoce, dans le sillage du début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran.
Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des « superprofits » pétroliers et ce, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l’absence de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.
Jeudi, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon a répété qu’elle refuserait « toujours de rentrer dans le Total bashing ». « C’est une chance d’avoir en France un grand énergéticien mondial capable d’assurer l’approvisionnement des Français » et de « nous aider à tirer les prix vers le bas », grâce au plafonnement des carburants dans les stations-service du groupe, un mécanisme pour contenir les prix à la pompe que le groupe a relancé mercredi compte tenu de la reprise des hostilités au Moyen-Orient.
« Ces profits apparaissent particulièrement indécents »
« Alors que la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents », ont en revanche critiqué une coalition d’ONG (Greenpeace France, 350.org, le CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, le Réseau Action Climat et Oxfam France) dans un communiqué.
Sur l’ensemble du premier semestre, TotalEnergies a enregistré un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars, en très forte hausse de 73 % sur un an, dépassant les 10,6 milliards annoncés pour 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.
Le groupe a fait savoir, ce jeudi, que sa production de pétrole et de gaz avait bénéficié d’une croissance organique de plus de 4 % sur un an, en lien avec la montée en puissance de projets démarrés depuis un an au Brésil, aux États-Unis et en Libye, « ayant compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient de l’ordre 210 kbep/j (210 000 barils équivalent pétrole par jour, NDLR) en moyenne sur le trimestre ».
Bien qu’une partie de cette production n’ait pas pu faire l’objet d’enlèvements, « compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz », sa branche exploration-production - où le groupe réalise l’essentiel de sa rentabilité - affiche un résultat opérationnel net ajusté en croissance, à 3,2 milliards de dollars.
Priorités au dividende et au désendettement de l’entreprise
Il enregistre en revanche « une baisse significative » dans le secteur du gaz naturel liquéfié (GNL), le gaz à l’état liquide transporté par navires - secteur prioritaire du groupe -, « du fait d’une contreperformance des activités de négoce (achat-vente) de gaz dans un marché » atone, « voire baissier, en Europe, alors qu’elles avaient + surperformé + au premier trimestre ».
Ses activités « aval » (raffinage, pétrochimie, négoce…) réalisent un résultat opérationnel net ajusté en hausse de 24 % à 2,3 milliards de dollars au deuxième trimestre, « porté par la capacité du secteur raffinage-chimie à pleinement capturer la hausse des marges (…) et la très bonne performance des activités de négoce de brut ».
Le groupe confirme par ailleurs « les priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise ». Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l’année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9 % par rapport à 2025.
La gauche dénonce le « jackpot » de TotalEnergies
De LFI aux Écologistes en passant par le PS, les dirigeants de gauche ont dénoncé jeudi le « jackpot » de TotalEnergies après l’annonce de ses bons résultats du deuxième trimestre. « Pendant que les prix du carburant repartent à la hausse, c’est le jackpot pour TotalEnergies et les géants du pétrole, » a posté sur X le coordinateur national de La France Insoumise, Manuel Bompard. Manuel Bompard a rappelé la mesure réclamée par son mouvement depuis plusieurs mois : « Pour en finir avec cette injustice et protéger le peuple, le blocage des prix des carburants est la solution. »
Dénonçant les « profiteurs de guerre », le patron des socialistes Olivier Faure a également tancé sur X les actionnaires qui « ont déjà reçu un 2e acompte sur dividende. »
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Sur BlueSky, la députée écologiste Sandrine Rousseau, « a hâte qu’ils (TotalEnergies, NDLR) soient lourdement taxés » en rappelant ça faisait partie des « raisons vitales pour lesquelles la gauche doit gagner » lors de la présidentielle de l’année prochaine.