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Si les politiciens des deux côtés de la frontière se lancent des invectives dans le cadre de la guerre commerciale menée par les États-Unis contre le Canada, les négociateurs, de leur côté, évitent ce type d’attaques personnelles, du moins en public. Une attitude très calculée, qui vise à préserver la mission pour laquelle ils ont été mandatés, analysent des experts.

Les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et le Canada ont échoué le 21 août dernier et, depuis, chaque partie rejette la faute sur l'autre, qui serait responsable d’avoir gâché ce qui semblait être la meilleure occasion de conclure un accord depuis des mois.

Aucun des deux gouvernements n'a rendu public le texte de l'accord avorté, et les négociateurs ont principalement invoqué la confidentialité lorsqu'ils ont été pressés de donner des détails.

Le public doit donc se fier en grande partie aux commentaires des politiciens pour évaluer les progrès – ou leur absence, le cas échéant.

Or, ces derniers sont émaillés de provocations qui intensifient le différend entre les deux pays.

Donald Trump a qualifié les responsables canadiens de clowns et décrit le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, comme la version moins charismatique et intelligente de son frère décédé.

M. Ford, de son côté, a lancé à la radio que, pour sa part, Donald Trump pouvait lui embrasser le cul.

Doug Ford et Sam Oosterhoff dévoilent un très grand panneau où l'on peut lire « Lac Ontario, aujourd'hui et pour toujours ».

Le premier ministre Doug Ford et le député Sam Oosterhoff ont dévoilé le panneau géant samedi.

Photo : La Presse canadienne / Keito Newman

Face à la décision de Donald Trump de rebaptiser le lac Ontario lac d’Amérique, le premier ministre ontarien a dévoilé ce samedi un panneau Lac Ontario, installé à Winona, petite communauté riveraine située en périphérie de Hamilton.

De bonnes relations

Les négociateurs, eux, ne jouent pas la même partition.

Ce à quoi nous assistons est une chorégraphie, une pièce de théâtre si vous voulez, où différentes personnes jouent des rôles différents pour obtenir l'effet global désiré.

Il rappelle que les négociateurs se sont vu assigner un rôle précis dans ce litige commercial, un rôle qui ne serait rendu que plus difficile s’ils devaient en plus gérer de la rancœur.

Lors d'entrevues distinctes accordées à CBC News, les membres des cabinets des deux pays ont d'ailleurs critiqué les politiques économiques de l'autre gouvernement, sans toutefois faire d'attaques personnelles.

Dominic LeBlanc et Janice Charette descendent un escalier côte à côte.

Dominic LeBlanc, ministre fédéral responsable du commerce États-Unis–Canada, et Janice Charette, négociatrice en chef

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Il en va ainsi pour la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, et pour le ministre canadien responsable du Commerce entre le Canada et les États-Unis, Dominic LeBlanc, qui a déclaré qu'il ne voulait pas perdre de temps à s'attarder sur qui a dit quoi sur qui.

Il décrit ses relations avec le représentant américain au commerce Jamieson Greer comme étant toujours personnelles et professionnelles.

Lors d’une entrevue accordée à CBC News mercredi, ce dernier a esquivé la question de savoir si la rhétorique de son patron compliquait son travail. Je dirais simplement que mon mandat est très précis, et en ce qui concerne les relations commerciales, il est très ciblé, a-t-il déclaré en qualifiant sa relation avec LeBlanc de bonne.

Obtenir le meilleur accord

Ils ne vont pas se lancer des insultes ridicules, parce que ce n'est pas propice à des conversations réellement productives. S'ils ne peuvent pas se supporter, il sera alors difficile pour eux de se retrouver dans la même pièce.

S’insulter ne les aidera pas à atteindre leur objectif : obtenir le meilleur accord possible pour leur pays respectif.

Loin de la table de négociation, les chefs d'État ont aussi leurs propres objectifs.

Ce sont les politiciens les plus hauts gradés et ils utilisent tous deux leur tribune pour tenter de convaincre la population, analyse Lori Turnbull, professeure de sciences politiques à l'Université Dalhousie.

M. Carney souriant, debout entre le drapeau du Canada et celui des États-Unis.

Le premier ministre Mark Carney a changé de ton après l'échec des négociations commerciales. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Anna Moneymaker

Rompant avec son ton conciliant habituel, Mark Carney a employé, le samedi 22 août, le langage de la souveraineté et de la guerre en appelant à faire un virage générationnel pour s'éloigner d'un « adversaire peu fiable ».

Les experts cités ici s'accordent à dire que le premier ministre cherchait à rallier les Canadiens et à projeter de la fermeté auprès des alliés mondiaux alors que le pays s'engage dans une guerre économique coûteuse avec les États-Unis.

Ce discours de défiance envers l'administration américaine, dans lequel il n'a pas eu besoin de nommer Donald Trump, a été relevé par les médias internationaux.

Dans les jours qui ont suivi, le président américain a quant à lui maintenu l'approche grandiloquente, imprévisible et personnelle qu'il adopte à l'égard des dirigeants mondiaux depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

Confronté aux taux d'approbation les plus bas de son second mandat, le président peine également à résoudre la guerre commerciale avec le Canada et le conflit avec l'Iran, qui font tous deux grimper le coût de la vie pour les Américains, rappelle Lori Turnbull.

« Fermes, mais amicaux »

Les représentants au commerce canadiens et américains ont une longue histoire de relations tendues, mais cordiales, lors des négociations de libre-échange.

Il y a près d'une décennie, alors que Donald Trump insultait publiquement le premier ministre de l'époque, Justin Trudeau, la ministre canadienne des Affaires étrangères de l'époque, Chrystia Freeland, et le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, avaient des rencontres directes et animées, au goût parfois amer, mais leur relation a su évoluer.

Elle s'est améliorée à tel point que Mme Freeland a invité M. Lighthizer dans sa résidence de Toronto pour célébrer un accord préliminaire sur ce qui allait devenir l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en 2018.

Les politiciens montrent leur signature respective sur le document.

La vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland, le sous-secrétaire du Mexique pour l'Amérique du Nord Jesús Seade (centre) et le représentant américain du Commerce Robert Lighthizer posent fièrement à la suite de la signature de l'ACEUM, en décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

On peut penser à un autre exemple survenu lors des négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au début des années 1990.

Michael Wilson, alors ministre canadien du Commerce international, avait brusquement quitté une réunion particulièrement tendue au célèbre hôtel Watergate à Washington. Carla Hills, la représentante américaine au commerce, avait alors organisé une sortie pour aller voir un match de baseball.

Je me suis dit que je devais emmener ces gars quelque part ce soir-là… Changeons-nous les idées, oublions le commerce, parce que ça devient un peu tendu, s'est souvenue plus tard Mme Hills. C'était vraiment formidable. Un bon moment.

Nous sommes tous restés de bons amis.

Les relations entre les chefs d'État avaient aussi une autre saveur. Lors des premières négociations de l'ALENA, George H. W. Bush occupait la Maison-Blanche et Brian Mulroney était premier ministre canadien.

Plus diplomates pendant les négociations, les deux dirigeants ont continué à faire l'éloge l'un de l'autre longtemps après avoir quitté leurs fonctions.

George Bush était fantastique et l'est toujours, disait Mulroney en 2018, six ans avant son décès. Je vous le dis, si vous voulez voir un contraste entre un leadership civilisé, modeste, réfléchi, généreux et ce que vous voyez aujourd'hui, le voilà.

D'après un texte de Rhianna Schmunk, CBC News

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