Manette en main, plusieurs étudiants de l’IUT profitent d’une partie de jeux vidéo à la médiathèque, jeudi 17 septembre, à l’occasion de la toute première édition du Campus alternatif organisé à Haguenau par la mairie, le Crous et le service universitaire de l’action culturelle. Un événement qui s’inspire de ce qui se fait depuis neuf ans à Strasbourg. « Il y a une volonté d’avoir une équité territoriale et d’être plus présent dans les villes moyennes », assure Sophie Roussel, directrice générale du Crous de Strasbourg. Ce moment de détente est bienvenu pour ces jeunes qui doivent parfois sacrifier leurs loisirs en raison de l’inflation galopante.

Malgré les sourires apparents lors de ce rendez-vous entre étudiants, un mot revient dans chaque conversation, celui de la précarité. « J’ai choisi Haguenau pour ne pas rester en région parisienne où les prix sont trop élevés. Et pourtant, là je dois faire des choix quand je suis dans les rayons du supermarché, je n’achète que des marques de distributeurs. Les petits plaisirs attendront », regrette Tom Defrancq, 18 ans, étudiant en génie électrique à l’Institut universitaire de technologie de Haguenau.

Pour Jay, 18 ans, étudiant en métiers du multimédia et de l’internet, les déplacements en voiture ne se résument qu’au strict minimum en raison des prix de l’essence. Pour les courses, l’étudiant doit lésiner chaque jour et se priver de desserts. Même constat pour les membres de l’Amicale des étudiants et des anciens de l’IUT. « J’ai pris la décision de marcher jusqu’au Lidl, bien que le chemin soit périlleux, car aux supermarchés Match ou Utile, c’est devenu hors de prix », déplore Nolann Cucci, vice-président de l’association. « On doit s’organiser, faire un menu pour chaque jour et s’y tenir sans céder aux petits plaisirs », ajoute Sarah Haehnel, vice-présidente en charge de la communication.

Des logements chers et difficiles à trouver

Au niveau du logement, la situation est bien différente de celle des étudiants strasbourgeois. Selon l’Observatoire territorial du logement des étudiants, environ 75 % des étudiants haguenoviens vivent chez leurs parents, contre 40 % dans la capitale alsacienne. Moins nombreux, ils doivent tout de même batailler pour trouver un toit , à l’instar de Jay. « Ils sont tous mal isolés, c’est une catastrophe. J’en ai trouvé un de justesse pour 500 euros de loyer, sans l’énergie », explique-t-il. « Je me suis reporté sur une colocation pour environ 400 euros, car il n’y avait rien d’autre. Aujourd’hui les prix de l’énergie explosent et ça va finir par poser problème », s’inquiète Matthias Dillinger, vice-président de l’Amicale de l’IUT.

Les étudiants du bureau de l’Amicale de l’IUT de Haguenau constatent une baisse de fréquentation de leurs événements en raison d’une augmentation de la précarité.   Photo Joffray Vasseur

Les étudiants du bureau de l’Amicale de l’IUT de Haguenau constatent une baisse de fréquentation de leurs événements en raison d’une augmentation de la précarité.   Photo Joffray Vasseur

Il faut dire que les logements étudiants sont peu nombreux à Haguenau. La résidence Alter & Toit propose 85 studios meublés pour jeunes actifs et étudiants en alternance et apprentissage entre 18 et 30 ans, quand la Société d’investissements immobiliers possède une quinzaine de logements au centre-ville réservés en priorité aux étudiants. « Je n’ai presque aucun revenu et les indemnités de stage ne me permettent pas de vivre. En recherchant des logements au centre-ville, j’ai vu des loyers à 600 euros pour un studio. Aujourd’hui, je suis en colocation car la seule résidence étudiante est réservée aux moins de 30 ans, et j’ai 30 ans. Je ne sais pas si je vais avoir la bourse cette année alors je ne fais aucune sortie et je limite mes dépenses à l’alimentaire », explique Antyoche Djoumoi, étudiante en deuxième année à l’Institut de formation en soins infirmiers à Haguenau (IFSI).

La résidence Alter & Toit est la seule véritable résidence étudiante à Haguenau, avec plus de 80 studios meublés à partir de 450 euros.   Photo Joffray Vasseur

La résidence Alter & Toit est la seule véritable résidence étudiante à Haguenau, avec plus de 80 studios meublés à partir de 450 euros.   Photo Joffray Vasseur

De son côté, la directrice générale du Crous justifie l’absence de résidence étudiante à Haguenau par le faible nombre d’étudiants. Selon l’OTLE, ils sont 1 500 contre 70 000 dans l’Eurométropole de Strasbourg ou 11 000 à Mulhouse.

Une précarité peu visible des structures d’aide

Que ce soit aux Restos du cœur de Haguenau ou au centre communal d’action sociale, le constat est clair, les étudiants sont très peu nombreux à recourir à leur aide. « Il se peut qu’ils n’osent pas venir nous solliciter », pense Catherine Pflumio, directrice des Restos du cœur de Haguenau. Une absence qui peut aussi s’expliquer par la mise en place de repas à 1 euro au lycée Schumann pour les étudiants de l’IUT ou à l’hôpital de Haguenau pour ceux de l’IFSI. « Nous servons environ 16 000 repas par an sur le secteur et nous donnons une subvention de 31 000 euros pour les deux établissements qui servent ces repas », détaille Sophie Roussel.

Ce premier campus alternatif aura surtout permis aux étudiants de se sentir « considérés » par le Crous et la Ville. « On paye plus de 100 euros de contribution de vie étudiante et de campus chaque année et on n’en voit pas trop la couleur dans les actions au quotidien. On espère que ce type d’événement se multipliera », souhaite Tristan Bentz, président de l’Amicale des étudiants de l’IUT. La directrice du Crous assure que l’événement sera reconduit et rappelle que les associations étudiantes peuvent demander des financements pour leurs projets, comme cela a été fait à l’IFSI, avec l’attribution d’une subvention de 12 000 euros pour du soutien psychologique, des journées bien-être et la mise à disposition de protections périodiques.