Hausse du minerval, multiplié par 5 dans certaines hautes écoles: "Pour le payer, des étudiants doivent rater des cours pour aller bosser"
Dans ces établissements, historiquement conçus comme les piliers de la promotion sociale et du cycle court, les frais d’inscription restaient jusqu’ici particulièrement démocratiques, oscillant le plus souvent entre 175 et 500 euros.
Avec l’alignement sur la nouvelle grille tarifaire et son plafond à 1.194 euros, le calcul est vertigineux : du jour au lendemain, pour un étudiant de haute école propulsé au palier supérieur, le coût d’entrée ne subit pas une simple indexation, mais se voit multiplié par trois, quatre, voire cinq ! "On est bien loin des promesses d’équité. Ce ne sont pas les épaules les plus larges qui trinquent, c’est la classe moyenne et les étudiants précaires. En faisant sauter les verrous financiers des hautes écoles, on casse le dernier ascenseur social." tonne Lenaïk Dumont, présidente de la Fédération des Étudiants Francophones qui porte la voix d’une jeunesse indignée.
Minerval à 1200 euros et risque d'exclusion pour les plus défavorisés: la colère des étudiants grondent et une manifestation nationale se prépareUn système en 4 paliers
Derrière les éléments de langage gouvernementaux vantant une "contribution réajustée" des familles, la hausse du minerval votée par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour cette rentrée 2026 fait l’effet d’une bombe sociale. Au cœur de cette réorganisation, la Fédération introduit un tout nouveau système de tarification progressive découpé en quatre paliers distincts : 0 € pour les boursiers, 374 €, 835 € et jusqu’à 1.194 € pour le tarif plein. Or, ce dernier concerne 60% de la population.
Pour les familles de la classe moyenne, trop "riches" pour prétendre aux bourses mais trop précaires pour encaisser les coups, l’étau se resserre. Et le calcul rigide de l’attribution de ces paliers sur la base d’avertissements extraits de rôle vieux de deux ans n'arrange rien. Il est totalement déconnecté des accidents de la vie récents.
Écoles : des frais abusifs détectés dans 80 % des établissements… Vérifiez si celle de votre enfant fait partie des mauvaises élèvesLe cri de désespoir d'une mère célibataire
"Je ne sais pas comment je vais finir le mois" alerte une maman célibataire dont la fille entame sa deuxième année de droit. "Mon ex-mari gagne trop pour qu’on ait droit à une bourse, et avec ce minerval à plus de 1.100 euros, je me retrouve en grande difficulté."
Elle nous avoue redouter la prochaine rentrée lorsque son second enfant entrera à son tour aux études. "On nous juge aisés sur papier, mais sur le terrain, la moindre facture nous fait basculer dans le rouge."
Avec l’Arizona, l’université coûtera 357 euros de plus : “Ca va décourager les gens"Quand l’épuisement devient la norme
Quand on franchit les portes des amphis, la réalité de ces chiffres prend une tournure humaine poignante. À 20 ans, Aïna est boursière et aidée par le CPAS, elle pose un regard lucide et amer sur la détresse qui l’entoure : "Autour de moi, la réalité est en train de devenir totalement étouffante. Tous mes amis ont du mal à joindre les deux bouts. Ma colocataire doit cumuler deux jobs pour s’en sortir, en travaillant le soir ou même de nuit. Elle est épuisée et n’arrive pas à suivre les cours correctement."
Pour Aïna, le décret paysage et ses critères de finançabilité toujours plus stricts ajoute une seconde pression. "Plusieurs amis ont arrêté leurs études après un an par peur de l’échec ou car ils s’interdisent de faire porter un poids financier aussi lourd à leurs parents."
L'école fait sa rentrée, la grogne des profs aussiLa santé mentale des jeunes fortement touchée
Une détresse que nous a confirmé Maxime Lahou, Directeur du Service des Affaires Étudiantes à la Haute École Louvain en Hainaut qui regroupe 10.000 étudiants. Les chiffres de l’enquête interne qu’ils ont mené sont édifiants. "Aujourd’hui, un jeune sur deux travaille en parallèle de son cursus, et la moitié le fait par stricte nécessité vitale, pour manger, se loger et payer son minerval. Ce qui nous alarme vraiment, c’est la durée du temps de travail qui est de 16 heures en moyenne par semaine. Comment voulez-vous suivre correctement les cours dans ces conditions ?"
Cette pression financière a des répercussions graves sur la santé mentale des jeunes. "Nous avons réinjecté toutes nos économies des dernières années dans notre service social car il est déjà très sollicité, même avant la reprise des cours."
Classement Pisa: l'école francophone, longtemps connue pour être l'une des plus inégalitaires au monde, l'est moins que par le passéDes enseignants démunis
Dans les hautes écoles, l’incompréhension gagne désormais les salles des profs. Une professeure qui forme des futurs instituteurs assiste impuissante aux dégâts provoqués par cette politique : "Nous sommes passés de quatre à deux classes en l’espace d’un an. J’ai des collègues qui vont perdre leur emploi."
En cause, l’augmentation des frais de scolarité additionné à l’allongement des études qui passent de trois à quatre années désormais. "Nos sections attiraient des étudiants aux profils socio-économiques plus fragiles mais avec cette double mesure, les familles ne sont plus capables de suivre", avant de m’expliquer que certains de ses étudiants manquent régulièrement ses cours car ils sont obligés d’accepter des heures de boulot pour subvenir à leurs besoins. "Ces élèves-là décrochent et sont propulsés sur le marché de l’emploi sans diplôme. Nous assistons à un retour en arrière démocratique sans précédent", conclut-elle.
Le cri du cœur d'une jeunesse qui se bat
Face à ce qu’ils vivent comme un bradage de leur avenir et une marche forcée vers l’élitisme, les étudiants préparent la riposte. Sur les campus, le sentiment d’injustice s’est transformé en ferment militant.
"Tout ce qui se passe m’inquiète terriblement pour le futur", conclut Aïna. "Je suis engagée dans le milieu militant et la colère gronde. Des appels à la grève et à la manifestation s’organisent déjà. Ce que je décris, ce n’est pas juste mon histoire : c’est le ras-le-bol général d’une jeunesse qu’on essaye d’éjecter des études supérieures."
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.