RFI continue d’explorer les histoires de la nuit en Afrique. L’Afrika Shrine est la salle mythique créé par le musicien Fela Kuti en 1974. Lieu incontournable pour écouter de l’Afrobeat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé est entretenue la mémoire de ce passé. 

De notre correspondante à Lagos,

L’Afrika Shrine est la salle mythique créée par le musicien Fela Kuti en 1974, lieu incontournable pour écouter de l’afro-beat à Lagos. Un espace de divertissement mais aussi militant, où celui surnommé « the Black president » véhiculait ses messages politiques. Dans ce club qui a plusieurs fois déménagé, est entretenue la mémoire de ce passé. Une fois passés les tourniquets en métal de ce hangar en plein air, les volutes de fumée de cannabis envahissent les narines, aussi vite que les notes d’afro-beat, un mélange de highlife, de jazz et de funk mêlé à des rythmes traditionnels yoruba.

Dès son ouverture en 1974, le club a mauvaise réputation : mœurs légères, substances illicites. Situé dans un quartier populaire, Mushin, tout près de la résidence de Fela, Kalakuta Republic. L’Afrika Shrine, c’est un lieu qui ne dort jamais, se souvient Kola Onasanya, percussionniste du groupe Egypt 80 :

« Toutes les nuits étaient toujours géniales parce que tout le monde vient chez Fela tous les jours et c'est là que la plupart des gens terminent leurs nuits et c'est là que les gens commencent leurs matins. Certains gars viennent du club vers 3 ou 4 heures du matin jusqu’à 5 ou 6 heures et à partir de là commencent leur journée ».

À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

Mais le chanteur n’est pas seulement là pour distraire. Il s’affiche constamment, les deux poings, en l’air, combattant. Inspiré des leaders africains comme le Ghanéen Kwame Nkrumah, il affiche ses ambitions politiques. Fela le raconte dans un documentaire en 1982 : « Je vois un avenir avec mon propre parti politique. Le panafricanisme est dans l'esprit de tout le monde maintenant, inconsciemment. Tout le monde sait qu'il doit être africain maintenant ».

En 1979, il crée le Movement of the People (MOP), son propre parti politique. Il tente même de se présenter à l’élection présidentielle. Mais le pouvoir en place l’en empêche. Les militaires au pouvoir n’apprécient guère ses « Yabis », des sessions de moqueries qu’il organise avant ses concerts où il s’en prend à la dictature en place, à la corruption, et aux élites.

Son fils Kunle Kuti, directeur du Kalakuta Museum, décrit l’esprit rebelle de son père : « Il a interprété la plupart de ses chansons au Shrine pour sensibiliser à la mauvaise gouvernance et aussi éclairer les gens sur leurs droits. Je n'ai jamais vu un artiste aussi engagé politiquement que Fela avec ses chansons, peut-être qu'ils ont tous peur de défier le gouvernement. »

En représailles, le Shrine est fermé à plusieurs reprises. Après la mort de Fela, en 1997, la famille Kuti rouvre le lieu sous un nouveau nom : le New Afrika Shrine. Depuis, ses fils Femi et Seun ont pris la relève et y performent chaque semaine.

À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]