100 % création - Hors-studio avec Élodie et Rebecca: du déchet au design climatique d’exception
Nées à Tours, Élodie Michaud et Rebecca Fezard inventent chez hors-studio des biomatériaux à partir de déchets sans filière de recyclage. Entre geste textile, tradition artisanale et innovation, elles transforment rebuts marins, cuir recyclé et matières oubliées en surfaces sensibles qui racontent une autre histoire du design et de la responsabilité.
En 2016, Élodie Michaud et Rebecca Fezard fondent hors-studio, un atelier de recherche et de narration autour de la matière. Elles explorent, expérimentent les potentiels cachés des déchets et imaginent de nouveaux gestes, usages et imaginaires pour l’architecture et le décor.
Leur rencontre a lieu au FabLab de Tours, en 2016. Élodie Michaud travaille sur son projet de fin d’études, Rebecca Fezard expérimente des matériaux avec les machines à commande numérique. « C’était une super belle rencontre, on s’est rendu compte qu’on avait un peu une même approche créative sur la question de la matérialité », se souvient Rebecca. Élodie propose de monter un studio. En quelques mois, le duo installe un espace de coworking, enchaîne les premiers projets et hors-studio naît « assez instinctivement ».
De la crise de sens à la responsabilité des designers
Le basculement vers les déchets ne relève pas d’un simple effet de mode. Au FabLab, elles réalisent que la majorité des matériaux qu’elles manipulent sont issus de la pétrochimie. Une visite de recyclerie agit comme déclencheur : « On s’est rendu compte de la déperdition de matières premières, de matières qui partaient à l’enfouissement alors qu’elles étaient encore complètement viables », raconte Rebecca Fezard.
Élodie parle d’une vraie crise de sens : « Si c’est juste ennoblir des matériaux existants qui vont partir à l’enfouissement, ça ne nous intéresse pas. Quand on est designer, on a vraiment une responsabilité. » Leur réponse : créer leurs propres biomatériaux, à partir de déchets sans filière de valorisation, et inventer un savoir-faire qui allie tradition artisanale et innovation.
Leur premier terrain de jeu : les coquilles de moules, d’huîtres, de Saint‑Jacques, récupérées dans les restaurants. L’expérience ouvre une méthode : partir de poudres, travailler des liants naturels (algues, colles animales, liants issus de la cuisine), croiser recettes open source (via la plateforme Matériuum), grimoires d’artisans d’art, techniques de staff et de stuc. « C’est toutes ces combinaisons qui deviennent notre savoir‑faire et qui nous permettent de créer des recettes sur mesure », poursuit Rebecca.
Designers matière, entre recherche, narration et biomatériaux
Hors-studio ne fabrique pas des matériaux « au mètre carré », insiste Rebecca : « Notre plus‑value, c’est de pouvoir, quand on crée un matériau, lui donner une démarche créative dans l’application derrière. » Leur process : créer une œuvre artistique qui raconte une histoire et montre les potentialités de la matière, pour inspirer architectes et décorateurs.
Une pensée, deux têtes, quatre mains, le duo décrit un ping‑pong permanent, une « télépathie » nourrie par une communication constante : idées, stratégie, finances, matière, tout se discute. « Il n’y a rien qui est décidé l’une sans l’autre. C’est un respect absolu, être sûr en permanence que ça soit OK », insistent-elles.
Ce métier exige « du courage et de la ténacité », souligne Rebecca. Inventer un métier et un savoir‑faire implique de « déplacer des montagnes », de convaincre, de prouver la fiabilité de ces biomatériaux. Élodie ajoute : « Il faut être hyper centré, croire en ses convictions, garder l’instinct créatif. »
Parmi leurs matériaux, deux les fascinent particulièrement. Le byssus, la fibre produite par la moule pour s’accrocher au rocher, « une des fibres les plus puissantes au monde, capable de suivre les mouvements de l’océan, longtemps appelée soie de la mer . Le déchet, quand on le récupère, ça ne ressemble à rien et il y a cet enjeu de l’ennoblissement », explique Rebecca Fezard.
Récompensées par le Prix Dialogue 2025 Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la main, pour leur matériau Leatherstone. Elles ont créé ce matériau à base de cuir recyclé, proche du plâtre dans ses sensations de mise en œuvre : « Il passe par plein d’états, il est chaud, il y a une pâte. » Structurel, imprimable en 3D, doté de propriétés thermiques et acoustiques, il synthétise leur approche : transformer un déchet massif et problématique en matière sensible et durable. « C’est ça qui est formidable », conclut Élodie Michaud.
Abonnez-vous à 100% création
100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.
Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté
Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI