Huit ans après le décès du cycliste Michael Goolaerts, ses parents obtiennent enfin des réponses sur sa mort
Après huit ans d’enquête, la justice française estime que le cycliste Michael Goolaerts, décédé en 2018, a succombé à un arrêt cardiaque dû à une affection cardiaque préexistante. Un choc fatal survenu lors de la course Paris-Roubaix. Ses parents, Marianne Spruyt et Staf Goolaerts, sont à la fois soulagés de connaître la vérité et en colère.
Grâce Verellen
Source: HLN
22 juillet 2026, 21:44
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Le 8 avril 2018, tous les regards sont braqués vers le tout jeune coureur Michael Goolaerts. Le coéquipier de Wout van Aert est admis en urgence à l’hôpital de Lille à la suite d’une chute qui, finalement, lui sera fatale. Depuis, à chaque fois qu’il y a des nouvelles concernant Michael, la tension chez les Goolaerts est palpable. “Quand Michael était encore là, c’était vraiment la fête ici. À l’époque, les journalistes venaient pour lui”, se souvient sa mère, Marianne.
Au cours de ces huit dernières années, peu de choses ont changé dans sa maison natale à Heist-op-den-Berg. Il y a un peu de désordre, peut-être, mais surtout des maillots de cycliste et des photos de Michael à vélo, en très grand nombre.
Désormais, Marianne et son mari Staf ont le fin mot de l’histoire. “Hier, nous avons reçu un appel d’un journaliste de Sporza qui nous a annoncé que l’enquête était close. Il l’avait lu dans le journal français ‘L’Équipe’. J’ai eu un coup au cœur. Staf a dû prendre le relais au téléphone.”
Un cœur trop grand
Même si ses proches en étaient déjà convaincus depuis longtemps, la justice française a conclu, après huit ans d’enquête, que la cause du décès n’était ni la chute ni un supposé dopage, mais un arrêt cardiaque dû à une cardiomégalie.
“C’est absurde que cela ait même pu être insinué”, s’indigne Staf en référence aux accusations de dopage. “Tous les contrôles antidopage auxquels Michael a été soumis ont été négatifs. On dirait qu’ils essaient de trouver quelque chose, simplement parce qu’ils doivent bien dire quelque chose. La cardiomégalie serait probablement la cause de l’arrêt cardiaque, selon la lettre [du procureur]. Probablement. En réalité, nous n’en savons donc toujours pas plus.”
Concrètement, la cardiomégalie désigne une hypertrophie cardiaque. “À seize ans, il a eu un gros rhume. Nous sommes allés consulter le médecin du sport à Turnhout, qui nous a orientés vers un cardiologue. Ce dernier a constaté cette hypertrophie cardiaque. Mais dans le monde du sport, ce n’est pas une exception. Et ce n’est certainement pas une raison pour ne pas pratiquer le sport de haut niveau. Il a ensuite été suivi par le célèbre professeur Hein Heidbuchel. Ce dernier a d’ailleurs proposé au tribunal de l’aider dans son enquête, mais sa proposition a été refusée.”
“Manque de respect”
Staf Goolaerts a été inspecteur de police pendant 40 ans, d’abord à Anvers, puis à Lier. “En tant qu’ancien policier, je sais un peu comment se déroulent ces procédures judiciaires. Et en Belgique, j’en suis certain: cette enquête n’aurait jamais duré huit ans ici. Le pays aurait été sens dessus dessous, une révolution aurait éclaté!”
Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps? Ils n’en ont aucune idée. “C’est un manque de respect, d’abord parce que cela a duré si longtemps, et ensuite à cause de la manière dont on a dû l’apprendre”, poursuit Marianne. “Je pense qu’ils ne connaissent pas la notion de respect mutuel là-bas. Il s’agit tout de même du décès de notre enfant”
Michael était très apprécié parmi les autres cyclistes. Surtout par Wout van Aert, son coéquipier de l’époque chez Veranda-Willems, qui s’était engagé à remporter Paris-Roubaix pour son ami.
Le 12 avril dernier, même Tadej Pogacar n’a pas pu l’en empêcher sur le Paris-Roubaix. L’image désormais emblématique de Van Aert — qui, rassemblant ses dernières forces, a pointé son index droit vers le ciel (c’est-à-dire vers Michael) — a fait le tour du monde.
“C’était vraiment un beau moment pour se souvenir de Michael”, sourit Staf. “Nous ne voulons pas être sous les feux de la rampe, mais en tant que parents, nous voulons lui rendre hommage du mieux que nous pouvons.”
Et cela leur est parfois même reproché: “Nous avons récemment publié le livre ‘Mercikes’, une biographie de Michael”, raconte Marianne tout en cherchant quelque chose sur son téléphone. “Les bénéfices sont reversés à la Ligue cardiologique belge, mais regardez un peu ce qu’une personne a écrit en ligne! Je vais le lire: ‘C’est comme s’ils voulaient détourner l’attention que Wout mérite grâce à sa victoire à Paris-Roubaix pour parler de leur livre’, a écrit quelqu’un. Je peux l’assurer: quand on lit un truc pareil, c’est tout un monde qui s’écroule.”
Ne jamais oublier
Est-ce que quelque chose a changé pour Marianne et Staf maintenant que l’enquête est terminée? “Rien”, répondent-ils à l’unisson. Marianne montre la porte d’entrée: “La seule chose que nous voulons, c’est que Michael franchisse cette porte demain, mais cela n’arrivera jamais. L’essentiel, c’est de ne jamais l’oublier.”
Vendredi prochain, Michael aurait eu 32 ans. “Inversez ces chiffres, et c’est ce qu’il restera à jamais”, dit Staf, qui nous montre une photo datant de 2011, lorsque Michael avait remporté le championnat provincial à Anvers avec les juniors. “Où en serait-il aujourd’hui en tant que coureur? Aurait-il des enfants? Nous nous posons ces questions tous les jours.”